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Politique

Union africaine: L’autonomie stratégique en gestation

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5063 Le 12/07/2017 | Partager
Elle commence par une indépendance financière
Le budget de l’UA repose à 73% sur les apports extérieurs
Le prélèvement d’une taxe de 0,2% sur les importations pour le financer

Comme à l’accoutumée, OCP Policy Center, le think-tank du groupe, s’inscrit dans une logique d’anticipation. Pour la conférence annuelle sur la paix et la sécurité en Afrique, organisée les 10 et 11 juillet à Rabat, il a retenu la problématique de l’autonomie stratégique de l’Union africaine (UA). Le choix de ce thème colle aux nouvelles préoccupations de cette institution, qui veut visiblement gagner en indépendance pour jouer un rôle de premier plan dans le développement économique et le maintien de la paix et la sécurité dans le continent. Le retour du Maroc au sein de cette organisation panafricaine au début de cette année n’est pas étranger à cette revendication d’indépendance. 
Plusieurs orateurs, responsables de différents pays africains ayant fait le déplacement à Rabat pour participer à cette rencontre, censée ouvrir des pistes de réflexion et accélérer la mise en œuvre de cette autonomie stratégique, ont été pertinents. C’est le cas de Mohamed Diane, ministre d’Etat auprès du président, chargé de la Défense nationale de la République de Guinée, qui ne passe pas par quatre chemins. «Le budget de l’Union africaine repose à 73% sur l’apport extérieur. Aucune stratégie d’autonomie politique, économique et sécuritaire ne pourra être viable tant que demeurera cette triste réalité», souligne ce proche d’Alpha Condé, président en exercice de l’UA. 
Pour lui, la proposition sur la table, qui consiste à prélever une taxe de 0,2% sur les importations, «est salutaire. Nous aspirons qu’elle sera appliquée comme les propositions qui seront issues des travaux de cette conférence. En effet, l’applicabilité des décisions est un défi majeur qui se pose à notre continent», a-t-il ajouté. Si ce prélèvement est correctement mis en œuvre, il drainera des montants conséquents pour marquer l’indépendance de l’organisation. Un des autres intervenants a avancé le montant de 1,2 milliard de dollars annuellement. Toutefois, pour l’heure, il faudra s’attaquer à la faisabilité  de cette taxe, la nature des importations éligibles, les mécanismes à appliquer et les organismes chargés de la prélever dans chaque pays.
En outre, selon le ministre guinéen, l’autonomie stratégique de l’UA «pourrait être un véritable vecteur pour le positionnement de l’institution sur la scène internationale. Nous devons y travailler pour poursuivre une paix durable permettant à nos Etats de se concentrer sur le développement économique du continent». Dans les débats, planait le rapport de Paul Kagamé pour réformer l’UA. En tout cas, selon un ancien ministre africain qui a refusé de donner des noms, seuls 11% des pays africains sont disposés à appliquer la taxe de 0,2%. D’autres ont demandé son report à 2020. De même, sa consistance varie d’un pays à l’autre et, dans certains cas, elle est importante. Pour l’Egypte, la taxe génère 120 millions de dollars par an si cette disposition est appliquée. Ce qui donnera à réfléchir à bien des pays. 
Par ailleurs, l’un des intervenants, ayant assisté au dernier sommet de l’UA à Addis-Abeba, relativise cet élan lié à l’autonomie stratégique de l’organisation panafricaine. Pour lui, le chemin à parcourir est encore long, puisqu’au dernier sommet, il n’était question que d’autonomie financière. Pour un ambassadeur auprès de l’UA, «faire de l’autonomie africaine une autonomie stratégique est une première. Cela nécessite qu’elle soit revendiquée par une écrasante majorité». Surtout que le budget de l’UA dépend de partenaires étrangers, préoccupés par leurs intérêts, dit-il. La mise en œuvre de cette décision requiert un financement conséquent. Selon lui, 30% des Etats se sont montrés défaillants ou ont accumulé des arriérés de paiement. 
Le ministre guinéen propose quelques éléments de réflexion. Il s’agit de «penser de nous-mêmes aux critères de développement et de gouvernance comme nos propres plans de développement. Il faudra réaliser l’unité pleine et entière de l’Afrique, de trouver quelle place pour le continent dans la coopération internationale, contre le terrorisme en termes de coordination, d’échange d’expériences, d’informations et surtout de financements». En tant que ministre de la Défense nationale, il «propose de toujours garder à l’esprit dans vos travaux, que le terrorisme est un acte politique. Il cherche à provoquer un effet politique».
 

Quid de la France

Elle est loin la France-Afrique. La politique française dans le continent a évolué, avec des adaptations, en fonction des situations. Pour l’ancien ministre français des Affaires étrangères, «la France gagne à ce que l’indépendance stratégique de l’Afrique se concrétise». Hubert Védrine a cherché à rassurer: «Une Union africaine plus forte est une bonne chose pour Paris», a-t-il dit en substance. En allant au Mali pour participer au sommet G5 sur le Sahel,  Emmanuel Macron a assumé, sans le souhaiter, son rôle de président. Les interventions de la France en Afrique étaient des nécessités, parfois demandées par les pays concernés. L’ancien ministre a toutefois rappelé que le Maroc est redevenu un acteur majeur dans le continent. Comme il a aussi rappelé qu’en Afrique, la France a perdu du terrain. Toutefois, dans les milieux économiques, les opérateurs ne réfléchissent plus l’Afrique en général, mais scrutent chaque pays, avant de s’engager. 
Sur la question des flux migratoires, qui ont «joué le rôle d’insurrections électorales», Hubert Védrine a annoncé la nécessité de se diriger vers une co-gestion avec les pays de départ et de transit.

 

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