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Politique

Union africaine: Essy Amara: «Sans argent, les meilleures idées ne servent à rien»

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5063 Le 12/07/2017 | Partager
L’autonomie financière, pour le maintien de la paix, s’impose d’urgence
L’importance d’introduire de nouveaux modes autres que les contributions étatiques
Les chefs d’Etat étaient plus préoccupés par les luttes de leadership
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Essy Amara, ancien ministre des Affaires étrangères de la Côte d’Ivoire, a, tour à tour, été secrétaire général de l’OUA et assuré l’intérim de l’Union africaine. Il a aussi présidé l’Assemblée générale de l’ONU. Au cours de l’entretien, Essy Amara fait référence au leader africain Aimé Césaire qui disait que «le plus court chemin vers l’avenir passe par le passé», pour rappeler que «c’est l’Afrique qui a donné aux Nations unies toute sa dimension»

- L’Economiste: On parle de l’autonomie financière de l’Union africaine avant d’aller vers son autonomie stratégique. Qu’en pensez-vous?
- Essy Amara: Ce n’est pas nouveau, parce que depuis 2000, j’avais avancé le proverbe de chez nous qui dit que «la main qui donne est toujours au-dessus de celle qui reçoit». En fait, il fallait plus penser aux incidences financières de la décision de créer l’Union africaine. On est passé de 5 organes à plus de 30. Il fallait d’abord réfléchir au mode de financement de l’Union africaine. Pourtant, en tant que secrétaire général, j’avais déjà mis en place un groupe de travail qui réfléchissait sur le financement alternatif aux contributions. Et pour cause, non seulement les contributions n’étaient pas payées, mais nous allions au bord de la difficulté. Il y avait aussi tout ce combat de leadership en Afrique, avec le président Kadhafi qui voulait les Etats-Unis d’Afrique et qui finançait tous les chefs d’Etat. Donc, je me suis retrouvé en contradiction entre plusieurs visions. Cela a plus préoccupé les chefs d’Etat les empêchant de réfléchir vraiment aux incidences financières de la transformation de l’OUA en Union africaine. 

- Et aujourd’hui?
- Je suis content que les gens aient pris conscience, parce que moi, en tant que secrétaire général, j’ai été confronté à de nombreux problèmes, notamment de paix et de sécurité. Quand on arrivait à obtenir un accord entre des belligérants, il fallait mettre en place une zone tampon. Pour cela, il fallait mobiliser les soldats, les équiper, les transporter… Je faisais 7 à 8 voyages entre Addis-Abeba et Bruxelles pour obtenir les fonds. Le temps que cet argent se mette en place, l’accord est cassé, car il a suffi d’un rien pour que les heurts reprennent.

- Cette situation perdure?
- Je pense que oui, parce que jusqu’à présent, tous les mécanismes mis en place, notamment les troupes en alerte, demandent une logistique et beaucoup de moyens. On peut avoir beaucoup de belles idées mais sans moyens de les mettre à exécution, elles ne servent à rien. 
- Il est question d’un prélèvement de 0,2% sur les importations pour financer le budget de l’Union africaine. A votre avis, cette mesure est-elle applicable?
- Tout est applicable et réalisable lorsque nous avons la volonté politique. Le principe est bon en soi. Au niveau de la Cédéao déjà, il y a un début de ce mécanisme. Cela donne beaucoup de soucis à des pays qui sont de gros importateurs. Cela peut poser beaucoup de problèmes si, par exemple, la population marocaine et celle égyptienne réalisent qu’elles dépensent des milliards pour financer quelque chose dont elles ne voient pas les intérêts immédiats. Je pense qu’il faudrait s’entendre sur un barème pour amener tout le monde dans le même bateau. Je ne suis pas un spécialiste des finances, mais cette formule est meilleure pour aménager les entrées de tout le monde. Aimé Césaire disait que «le plus court chemin vers l’avenir passe par le passé». Sans entrer dans les détails, je peux vous dire que c’est l’Afrique qui a donné aux Nations unies toute sa dimension. C’est le combat de l’Afrique aux Nations unies qui a permis d’abord de mettre en valeur la lutte contre l’apartheid et l’accès de beaucoup de pays à l’indépendance. 
Le continent  était craint aux Nations unies. Tout le monde lui courait après. Ce n’est pas comme aujourd’hui lorsqu’un chef d’Etat africain parle à l’Assemblée générale, il n’y a pas plus de 60 personnes pour l’écouter. Au niveau international, dans tous les grands débats, l’Afrique a été l’un des acteurs-clés. Par exemple, le droit de la mer, la notion de zone économique exclusive, sont des concepts venus de ce continent.

Le retour du Maroc à l’UA

C’est tout à fait normal, le Maroc, qu’on le veuille ou non, est un grand fondateur de l’OUA. Il a joué un rôle très important dans tous les combats de l’Afrique, dans tous les forums, et personne ne peut l’ignorer, a souligné l’ancien secrétaire général de l’OUA. Selon lui, Rabat est aujourd’hui une des puissances économiques en Afrique. Pour le retour du Maroc, beaucoup de pays ont applaudi. «Un pays dont je ne citerai pas le nom a été frappé par l’épidémie Ebola. Dans la semaine, le Maroc s’y est déplacé avec des médecins et ses médicaments, pour apporter son aide. Et  ça, personne ne peut l’oublier. En fin de compte, beaucoup de pays élaborent des théories mais en réalité, quand il s’agit vraiment de venir en cas de catastrophe, on ne les voit jamais», martèle Essy Amara. 

 

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