Dossier Spécial

Métiers manuels: snobés, mais très rentables

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5057 Le 04/07/2017 | Partager
Cuisine, services à la personne, paramédical… peuvent rapporter gros
Pourtant, la formation professionnelle est toujours associée à l’échec scolaire
Construire une nouvelle image de marque, un gros défi

Des formations préparant à des métiers manuels ou techniques sont rarement le premier choix des jeunes. Ce n’est qu’après avoir épuisé tous les recours qu’ils commencent à les envisager. L’image de marque de la formation professionnelle n’est, malheureusement, pas suffisamment attrayante. Les parcours professionnels sont toujours associés aux élèves en échec scolaire.

Enorme erreur. Car nombreux sont ceux qui arrivent très tôt à gravir les échelons et à se construire une belle carrière avec un simple bac+2, voire moins. Tandis que d’autres, ayant opté pour d’interminables études sans grands débouchés cherchent toujours un emploi à 26 ou 30 ans.

«L’ambition naturelle et légitime de tout jeune est d’aller vers les formations les plus élitistes. Vers l’enseignement supérieur dit noble,  préparant aux professions libérales, aux diplômes d’ingénieurs, d’architectes…», relève Abdeslam Benahra, président de la Fédération marocaine de l’enseignement professionnel privé (FMEP). «Mais ceux qui découvrent, par exemple, qu’un chef pâtissier peut devenir millionnaire, comprennent qu’il existe tellement d’autres façons de s’épanouir professionnellement», poursuit-il. 

En effet, il existe de nombreuses activités pas très populaires, mais très rémunératrices. La cuisine, la pâtisserie, les services à la personne, tels que l’esthétique, la coiffure ou le spa, le paramédical, la menuiserie, l’aluminium, la climatisation… sont des activités qui peuvent rapporter gros. Le tout est de justifier du savoir-faire et du savoir-être nécessaires. Les plus ambitieux peuvent lancer leur propre business et même postuler pour des marchés publics.

Les lauréats de la formation professionnelle ont la chance de débarquer jeunes sur le marché du travail. Ils cumulent ainsi rapidement de l’expérience, suffisamment pour leur permettre de devenir très tôt middle managers, puis cadres. Ceci est très courant dans le secteur du tourisme, où l’on peut commencer réceptionniste, avec un salaire de 4.000 DH, et finir directeur d’hôtel (jusqu’à 50.000 DH). A condition de travailler sur soi-même, et de perfectionner en permanence ses connaissances et compétences.

Dans l’industrie aussi, il est tout à fait possible de réaliser des parcours brillants en démarrant en bas de l’échelle. «Des bac+2 qui touchent 15.000 DH, j’en connais beaucoup dans le secteur de l’automobile. Certains commencent ouvriers à la chaîne et deviennent directeurs d’usine», avait confié à L’Economiste le directeur de l’Institut de formation aux métiers de l’industrie automobile (IFMIA), Abdelhak Mounir.

Le Maroc dispose depuis 2015 d’une stratégie ambitieuse pour la formation professionnelle, avec pour objectif de former 10 millions de personnes d’ici 2021. Cependant, il faudra fournir plus d’efforts en matière de marketing auprès des jeunes. L’introduction de la découverte des métiers dès le primaire et le lancement du bac pro pourraient participer à reconstruire l’image de marque de la formation professionnelle.

Mais cela reste insuffisant. Il n’existe, par exemple, que peu de passerelles entre la formation professionnelle et l’enseignement supérieur. La validation des acquis professionnels (VAP) ou des acquis de l’expérience (VAE) tarde, aussi, à voir le jour. La VAP permet aux professionnels de candidater pour une formation sans justifier du diplôme requis.

Tandis que la VAE permet de décrocher un diplôme sur la base de l’expérience. En sachant qu’ils auront tout au long de leur carrière la possibilité de décrocher un diplôme supérieur, les jeunes seront plus nombreux à opter pour des parcours professionnels.

Les filières porteuses

De nombreuses spécialités de formation professionnelle sont actuellement porteuses d’opportunités. «Il s’agit notamment de filières orientées vers l’industrie, telles que les automatismes industriels, l’électronique et l’électromécanique, et qui sont demandées dans les nouveaux métiers mondiaux du Maroc», précise Abdeslam Benahra. «Le digital appliqué, comme le web marketing, l’animation de réseaux sociaux et le développement d’applications mobiles, est également très prisé par les entreprises», ajoute-t-il. La vente et le commerce ont, en outre, toujours la cote, selon les professionnels. De même que le paramédical et l’hôtellerie. «Le plus important aujourd’hui est de se pencher sur la qualité de la formation et les soft skills», insiste le président de la FMEP.

                                                                      

Des opportunités alléchantes

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■ Chef cuisinier

Dans les 5 étoiles, le salaire d’un chef cuisinier peut atteindre 100.000 DH par mois. Un chef cuisinier suffisamment formé peut devenir directeur de restauration ou même DG

 

 

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■ Prothésiste:

 Les fabricants de prothèses dentaires les mieux cotés se font beaucoup d’argent. Ils peuvent même gagner leur vie mieux que les dentistes.

 

 

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■ Spécialiste des vitres fumées

Un métier simple, demandant un investissement de départ dérisoire (un film teinté, une raclette, des produits de fixation), et surtout, très rentable. Donner un aspect teinté ou fumé aux vitres d’une voiture est facturé entre 500 et 700 DH. Traiter une seule voiture par jour peut assurer un revenu  mensuel respectable. 

 

 

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■ Esthéticienne

Nombreuses sont les esthéticiennes qui, après avoir gagné en expérience, ont fondé leur propre institut de beauté. Certaines suivent de courtes formations et se spécialisent dans l’épilation à la lumière pulsée, un service très prisé et chèrement facturé.

 

 

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■ Réparateur de smartphones

Certains techniciens se sont spécialisés tôt dans la réparation de smartphones et ordinateurs portables, et se sont construits un nom sur le marché. Aujourd’hui, ils ont créé leur propre entreprise.

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