Habillage_leco
Analyse

L’intégration régionale africaine: «Le retour au protectionnisme peut être fatal»

Par Noureddine EL AISSI | Edition N°:5052 Le 23/06/2017 | Partager
Cela porterait atteinte au commerce mondial et aggraverait le chômage
L’automatisation, une menace pour les emplois dans les pays développés
Près de 45% des jobs dans le monde sont effectués par des robots
said_el_hachimi_052.jpg

Pour Said El Hachimi, conseiller aux relations extérieures à l’OMC, le protectionnisme n’est qu’un remède dans le court terme qui va se traduire dans le futur par des conséquences néfastes sur le commerce mondial (Ph. NEA)

- L’Economiste: Ces dernières années, on remarque un retour au protectionnisme même dans des pays reconnus pour leur défense du libre commerce. Comment peut-on expliquer ce revirement?
- Said El Hachimi:
En fait, il serait intéressant d’examiner ce changement de perception des avantages du commerce et de la mondialisation particulièrement dans les pays avancés où les économies sont assez matures. Il y a un an et demi, il aurait été difficile d’imaginer que le Royaume-Uni divorcerait avec l’Europe et également que plus de 50% de l’électorat français puisse voter au premier tour pour un protectionnisme d’une forme ou d’une autre. En tant qu’organisation internationale, on essaie de comprendre ces différents votes et les changements qu'ils impliquent. Pendant longtemps, l'argumentaire des organismes internationaux a reposé sur l'aspect factuel, ce qui peut être un désavantage quand les débats se placent dans un argumentaire purement émotionnel. Par exemple, le chômage aux USA peut s’expliquer en grande partie par le progrès technique qui a permis l’amélioration de la productivité par le recours à l’automatisation. La production industrielle américaine a triplé entre 1980 et 2015 en utilisant un tiers de moins en termes de main d'œuvre. D’ailleurs, cette tendance va probablement continuer car selon une étude réalisée par McKinsey, l’avancée technologique permet aujourd’hui de réaliser près de 45% des jobs dans le monde par des robots.
- Comment les espaces économiques peuvent affronter et gérer ces changements?
-Tout d’abord, une réflexion collective doit être menée pour appréhender cette nouvelle mondialisation avec ses innovations technologiques qui sont en train de conditionner la vie de tout le monde. Et fermer les frontières n’est pas la réponse idoine pour s’adapter à la nouvelle situation. Le protectionnisme comme remède peut ressembler à un paracétamol qui va donner un certain confort pendant une période très courte, mais ne guérira pas le mal. Après, la situation deviendra désastreuse. Car lorsqu’on ferme les frontières, on va assister à un effet boule de neige avec une série de réactions des autres pays qui vont agir en taxant vos exportations par exemple. Ce qui va conduire à une baisse au niveau du commerce avec une aggravation du chômage, et on se retrouvera face à des problèmes socio-économiques plus complexes qu’auparavant. Le nouveau contexte nous interpelle tous et nous pousse à intégrer ces nouvelles innovations technologiques de façon à pouvoir maîtriser la mondialisation. La nouvelle approche devrait dépasser les mesures traditionnelles limitées aux restrictions qualitatives ou tarifaires.

- Comment se comporte le commerce mondial actuellement?
- Le commerce international évolue mais d’une manière timide. Les prévisions dont on dispose prévoient pour cette année un accroissement autour de 2,5%. Beaucoup de sources de croissance au niveau des pays de l’Asie ou ceux émergents affrontent également des problèmes. Pour les économies matures, le taux de croissance attendu avoisine 0,5%. Ce qui est sûr c'est qu'on s'installe dans une dynamique différente de celle où la croissance de commerce international représentait le double de la croissance annuelle du PIB mondial.

- Et pour la Chine?
- Il y a beaucoup d’analyses qui avancent que le taux de croissance de l’économie de ce pays va se stabiliser à un niveau normal inférieur aux taux enregistrés il y a plus d’une décennie lors de la forte émergence de l’économie chinoise sur le plan du commerce international. A ce titre, il faut noter le choix adopté par ce pays qui a opté de se focaliser sur la demande interne pour devenir le moteur de croissance de son économie au lieu de s’appuyer sur un modèle plutôt basé sur les exportations comme cela a été le cas auparavant.

Où en sont les négociations multilatérales?

En dépit du retard marquant les négociations multilatérales, le responsable de l’OMC reste optimiste. Malgré toutes les difficultés, les négociations sous l'égide de l'OMC ont produit des résultats très importants, rappelle-t-il. Parmi ces réalisations, il cite l’exemple de l'accord sur la facilitation des échanges en 2013 qui vise à améliorer les procédures douanières globalement. Cet accord va aider la micro-entreprise et la PME à profiter du commerce international. En 2015 à Nairobi, les membres de l'OMC ont adopté une décision pour l'élimination des subventions à l'export pour les produits agricoles. En décembre de cette année, nos membres doivent se retrouver à Buenos Aires en Argentine pour essayer de faire avancer davantage ces négociations, conclut-il.

Propos recueillis par
Noureddine EL AISSI

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc