Analyse

L’intégration régionale africaine, une nouvelle piste pour l’export

Par Noureddine EL AISSI | Edition N°:5052 Le 23/06/2017 | Partager
Ce qui va permettre de dépasser le blocage de l’UMA et les limites des ALE
La demande d’adhésion du Maroc à la Cedeao confirme cette orientation vers l’Afrique
Des opportunités restent à saisir avec d’autres groupements régionaux africains en l’occurrence l’Uemoa
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L’intégration régionale couplée à des ALE avec d’autres groupements africains va soutenir l’amélioration de l’accroissement des échanges marocains constatés ces dernières années notamment avec les pays de l’Afrique subsaharienne

Le Maroc, totalement intégré dans son environnement continental. Après son retour à l’UA au début de cette année, le Royaume vient d’obtenir l’accord de principe pour son adhésion à la Cedeao (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) lors du 51e sommet ordinaire de l’organisation tenu dernièrement à Monrovia, au Liberia.

Ce choix d’intégration régional se justifie par le nouveau contexte mondial marqué par le retour du protectionnisme prôné par certains pays occidentaux, à leur tête les USA. Une situation qui risque de compliquer davantage la conclusion du cycle de négociations commerciales multilatérales de Doha. L’adhésion à la Cedeao s’explique également par l’échec du projet de l’UMA dont la concrétisation pourra incontestablement contribuer au développement des pays concernés et l’amélioration des conditions de vie de leur population.

Le Maroc est aussi le premier partenaire économique de l’Union européenne qui draine plus de 60% de ses exportations, mais cet espace traverse aujourd’hui de nombreuses difficultés économiques qui pourraient entacher les relations. Dans ce grand espace économique mondialisé, le Maroc a aussi conclu avec un certain nombre de pays des accords de libre échange notamment avec les USA, mais dont les piètres résultats ne laissent pas vraiment supposer un décollage de l’export vers ces destinations.

«Une analyse de l’évolution de la balance commerciale de l’économie marocaine permet de constater un déficit avec la majorité de ces pays», relève Azzedine Ghoufrane, doyen de la faculté de droit Souissi et titulaire de la Chaire de l’OMC de l’université Mohammed V Rabat. Mais en dépit de ce déficit, le résultat reste globalement positif notamment en termes d’amélioration du climat des affaires et celui des investissements ainsi que des facilitations de commerce, nuance-t-il tout de même.

Après cette expérience des ALE, le Maroc avec sa demande d’adhésion à la Cedeao, opte pour l’intégration régionale au niveau de l’Afrique. Toutes les études empiriques confirment qu’il existe un potentiel de commerce important pour le Maroc avec les pays africains, rappelle le doyen de la faculté Souissi.

Aujourd’hui, dans la conjoncture internationale, l’intégration régionale s’avère importante et constitue un levier pour le développement et la croissance économique, ajoute-t-il. «Au lieu de multiplier les accords bilatéraux, le Maroc a procédé à une économie d’échelle en demandant son adhésion à la Cedeao qui est considéré comme l’un des groupements économiques régionaux du continent les plus importants et les plus intégrés.

L’intégration dans cet espace peut engendrer des effets positifs pour le Maroc vu la proximité des marchés et le préparer à tirer profit des effets potentiels de la mise en place de la future zone de libre-échange continentale. Le Maroc ne manque pas d’atouts pour réussir son pari, celui de permettre à ses exportations de mieux se positionner dans les marchés africains.

En plus d’un réseau d’entreprises et de banques marocaines implantées depuis des années notamment dans les pays de l’Afrique de l’Ouest, les politiques sectorielles pourront constituer un levier pour l’accroissement des exportations du Maroc vers les pays africains. Les engrais, l’agroalimentaire, le textile, l’automobile figurent parmi les secteurs prometteurs sur le marché africain qui se distingue par un accroissement démographique avec une forte urbanisation.

Pour ce faire, beaucoup d’efforts restent à faire pour améliorer la compétitivité et la diversification de l’offre exportable du Maroc. Car pour le moment, les pays de l’Afrique subsaharienne drainent la grande part des exportations du Maroc destinées au continent et qui ont connu une amélioration ces dernières années.

Selon un récent rapport publié par la BAD, la part des importations marocaines en provenance de cette zone a baissé en passant de 5% en 1997 à un peu moins de 1% en 2013. Par contre la part des exportations marocaines s’y est renforcée en passant de près de 3% en 1993 à 6% en 2013.

D’autres opportunités 

Outre la Cedeao, le groupement de l’Uemoa (l’Union économique et monétaire Ouest africaine) présente des potentialités non exploitées par le Maroc, selon une étude (1) réalisée par Kawtar Dkhissi, chercheuse marocaine en France.
Selon ce travail «en 2013, le pourcentage des exportations du Maroc par rapport au potentiel du Bénin, Burkina Faso et le Niger ne dépassent pas 50%, il est en régression par rapport à 1998, avec le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Mali». Dkhissi recommande au Maroc de consolider ses relations avec ce groupement en signant un accord de libre-échange. 

(1) :Il s’agit d’une étude  publiée avec la contribution d’autres chercheurs dans le livre intitulé: Mondialisation, accords commerciaux régionaux et intégration de l’Afrique (éditions l’Harmattan).   

 

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