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Espace universitaire francophone: Retour sur les pas du président

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:5044 Le 13/06/2017 | Partager
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Le président de l’Université Cadi Ayyad à Marrakech, Abdellatif Miraoui, a été élu président de l’AUF en 2013 pour une durée de 4 ans  (Ph. L’Economiste)

Abdellatif Miraoui vient de clôturer ses quatre années de présidence au sein de l’AUF, l’Agence universitaire francophone. Également président de l’Université Cadi Ayyad de Marrakech, il a pu mettre son expérience de gestion d’une grande institution au profit de son propre établissement. Aux côtés du recteur Jean-Paul de Gaudemar, il a imposé comme maîtres mots de son mandat: l’ouverture à l’international. Echange avec un homme convaincu que l’espace universitaire ne peut se cantonner à une seule langue, ni se développer en vase clos.

- L’Economiste: Quel bilan dressez-vous de vos quatre ans de présidence au sein de l’AUF?
- Abdellatif Miraoui:
Nous avons essayé de faire passer l’AUF d’une agence de moyens à une agence de développement universitaire, anticipative et créative de dogmes pour définir ce que devrait être l’université de demain. Il s’agissait avant tout d’introduire le numérique au cœur des formations universitaires francophones. Nous parlons des Moocs, mais aussi de la plateforme IDNEUF, qui permet aux universités de produire et mettre en commun leurs contenus et de les tracer sur la scène internationale. L’Institut de formation sur les outils numériques, créé en 2013 à mon arrivée, joue à ce titre son rôle d’animation et de coordination. Un autre axe important sur le volet formation a été la mise en place des «elabs», de vrais laboratoires qui permettent des manipulations à distance. Sur ce créneau, l’Université Cadi Ayyad est la plus «elabée» de tout l’espace francophone.
- Cette nouvelle vision dans un monde en mutation est-elle à l’origine de ce nouvel espace universitaire francophone, baptisé NEUF?
- Exactement. NEUF, c’est surtout échanger. Nous sommes près de 850 universités qui comptent chacune de nombreux experts. L’Agence ne vit d’ailleurs qu’à travers leur expertise. Chaque université regorge de compétences, de pratiques et d’expériences. Notre rôle est à la fois de profiter de ce gisement extraordinaire et de le mettre en exergue.

- Quelles sont les autres stratégies lancées au bénéfice de la recherche?
- Il était essentiel de favoriser le développement d’équipes de recherches internationales. Les écoles doctorales en sont un exemple, particulièrement dans les sciences humaines et sociales où il y a beaucoup de faiblesses dans les pays du Sud, alors que les pays du Nord ont compris depuis longtemps qu’elles étaient utiles au développement des nations. Ce maillage de petites et grandes équipes de recherche travaille sur des thèmes communs, comme le développement de la question du genre ou l’environnement. Des questions sociétales auxquelles les universités du Sud en particulier ne s’intéressaient pas. Il a alors fallu sensibiliser l’opinion universitaire sur ces sujets, et sur le fait que nous ne sommes pas uniquement là pour donner des diplômes et transmettre du savoir, mais également pour résoudre les problématiques de nos sociétés.

- Quelques mots sur la gouvernance, votre autre priorité.
- En effet, la gouvernance me tenait particulièrement à cœur. Il fallait s’assurer du partage des bonnes expériences en matière de maîtrise des pratiques et des outils de gestion universitaire contemporains. Avoir des tableaux de bord et des instruments qui permettent aux présidents d’universités, aux doyens, aux chefs d’établissements de pouvoir opérer une gestion de manière moderne. Là en particulier, le numérique est d’une grande importance. Avec le recteur de l’AUF, nous avons travaillé l’assurance qualité par l’évaluation. Un système d’auto-évaluation a été mis en place pour aider les universités dans ce sens. Un comité, pris en charge par l’AUF, permet de mobiliser l’université, de l’aider à comprendre ses forces et ses faiblesses et de définir des stratégies régulièrement réévaluées. Un bon moyen de s’asseoir tous ensemble et d’amener cette culture du changement par les forces vives elles-mêmes.

- Comment avez-vous abordé ces quatre ans marqués par les restrictions budgétaires?
- Nous avons vécu la crise économique des grands pays donateurs comme la France et le Québec, mais nous n’avons perdu qu’autour de 10% pendant mon mandat. A mon arrivée, j’ai mis en place une politique de réduction des moyens de gestion, d’optimisation des ressources humaines et des frais généraux. Ce qui nous a permis de gagner près de 20% sur le budget. Nous sommes d’ailleurs une des grandes institutions internationales à mettre plus de 60% directement dans les projets. Vous savez, la plupart des universités du Sud, une fois les salaires payés, possèdent moins de 20% de moyens pour agir. Les universités américaines quant à elles disposent de 60% du budget, voire 70%. Il fallait donc travailler sur cette question pour pouvoir mettre le plus de moyens possibles pour les projets, et non pour le fonctionnement interne. Sans cela, aucun développement n’est possible.
Propos recueillis par
Stéphanie JACOB

 

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