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Economie

Le Centre Aziz Belal critique le mémorandum de la Banque mondiale

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5044 Le 13/06/2017 | Partager
Des économistes demandent la production d’un contre-document
L’incapacité à proposer une alternative au modèle économique existant

Après le rejet par une grande partie du gouvernement, c’est au tour des économistes de monter au créneau pour stigmatiser le mémorandum de la Banque mondiale sur le Maroc en 2017. Ce rapport a fait l’objet d’une table ronde organisée vendredi dernier par le Centre de réflexion Aziz Belal (CERAB) et l’Association des économistes du Maroc (AEM). L’une des conclusions partagées par la majorité des intervenants présents réside dans la nécessité d’organiser une contre-attaque.

Ils proposent de réagir par la production d’un contre-document. Comme le gouvernement n’a pas d’alternative, un travail utile, avec beaucoup de pédagogie, pourrait aider les décideurs politiques à y voir plus clair. Le président de l’AEM, Mustapha Ktiri, déplore «le vide à l’origine de la situation qui les a poussés à jouer le rôle de commentateur au lieu de prendre l’initiative». 

Mohamed Chiguer, président du Cerab, reconnaît que tout n’est pas à jeter aux orties, mais que  «les hypothèses de la Banque mondiale sont erronées, ne reflètent pas la réalité et les recommandations sont biaisées». Pour convaincre, il cite  un élément qui revient comme un leitmotiv dans le discours dominant: l’essoufflement du modèle économique marocain basé essentiellement sur la demande intérieure et les investissements publics.

Or, «le modèle marocain est resté en place par défaut. Le Maroc n’a pas pu bénéficier de la mondialisation à travers le libre-échange, ni son économie se détacher de la campagne agricole. Si l’actuel modèle marocain était voulu par l’Etat, le gouvernement et la Banque mondiale, le pouvoir d’achat aurait été amélioré dans le cadre du dialogue social.

Dans la réalité, c’est l’inverse qui s’est produit, avec le blocage des salaires, la réduction du nombre des postes budgétaires dans la fonction publique, la mise en place du DVD (départs volontaires de 2005),… « Il s’agit plutôt d’une fuite en avant de la Banque mondiale qui a échoué dans la mise en place d’un modèle économique basé sur la demande externe», souligne le président du Cerab. Signalons que tous les partis politiques parlent d’essoufflement du modèle économique, mais aucun n’a fait de propositions concrètes. 

De son côté, le Pr Ahmed Azirar est proche de ce constat et parle d'une «faiblesse déconcertante au point que le document préconise des politiques publiques alors que dans la réalité, elles sont déjà appliquées. C’est le cas de l’accélération du remboursement de la TVA». Par ailleurs, dans le mémorandum, tout le monde en prend pour son compte: le capital de connivence, le système éducatif délabré, le secteur privé court-termiste,… jusqu’aux économistes inexistants, coupables pour leur absence dans la prise de décision. Ahmed Azirar n’a pas dissimulé sa «réaction épidermique: nous devons être les locomotives des idées et non commenter ce qu’écrivent les autres», s’exclame-t-il.

Pour sa part, Najib Akesbi, économiste doublé d’une casquette politique,  connu pour ses déclarations fracassantes, parle carrément «d’escroquerie intellectuelle». Rappelons que la publication du mémorandum a coïncidé avec la préparation de la déclaration gouvernementale. Comprenez que l’équipe aux commandes n’a pas de vision claire sur le programme de développement économique et social. Un vide qui explique le poids pris par le mémorandum.

Régime de change

Un intervenant a remis sur la table la Ligne de précaution financière, qui a un coût pour le budget de l’Etat, même si elle n’a pas été utilisée. Elle a été décidée à un moment où les réserves de change avaient baissé pour atteindre un niveau autour de trois mois. Par contre, elle permet au FMI de s’immiscer dans les affaires du Maroc, a noté cet économiste. Celui-ci a rappelé que sur la flexibilité du dirham, les arguments du mémorandum sont faibles sur le plan scientifique et analytique. Selon lui, «l’article 8 de la loi sur le statut de la Banque centrale est clair: le régime de change est décidé par voie réglementaire, c'est-à-dire le gouvernement. Le wali de Bank Al-Maghrib a profité de la vacance du gouvernement pour annoncer le projet de flexibilité du dirham. Il n’a pas le droit de le faire», a-t-il affirmé.

 

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