Economie

TIR: Les quotas de la discorde

Par Hassan EL ARIF | Edition N°:5043 Le 12/06/2017 | Partager
La répartition des volumes au cœur de la controverse entre l’Espagne et le Maroc
Exclus du «Schengen routier», les opérateurs marocains s’estiment lésés
Le secrétaire d’Etat au Transport à Madrid pour négocier une solution
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Les entreprises marocaines du transport international routier sont pénalisées par les termes de l’accord signé en 2012 entre le Maroc et l’Espagne dont le système de répartition des autorisations est défavorable au Royaume (Ph. L’Economiste)

La grève qu’entendaient mener les routiers marocains en fin de semaine dernière pour mettre la pression sur le gouvernement n’a pas finalement eu lieu. Ils espèrent que le secrétaire d’Etat au Transport, Najib Boulif attendu à Madrid, obtiendra des Espagnols un geste sur les quotas des volumes. Les adhérents de la Fédération du transport (CGEM) tempêtent contre ce qu’ils qualifient de «pénurie des autorisations», ces sésames indispensables pour entrer sur le territoire européen.

La direction du Transport au ministère de tutelle, la Fédération du transport de la CGEM et TangerMed, se sont réunis, jeudi 8 juin,  pour examiner la situation. Les participants ont ensuite été reçus par Najib Boulif, secrétaire d’Etat au Transport, qui a annoncé avoir rendez-vous, ce lundi 12 juin, avec son homologue espagnol à Madrid pour discuter des doléances des opérateurs du TIR.

A l’origine de la colère des professionnels, les «failles» de l’accord signé entre le Maroc et l’Espagne en octobre 2012. La convention prévoit, entre autres, l’échange entre les deux pays d’un quota d’autorisations, 30.000 par an, pour chacune des deux parties, sur la base des flux de l’année précédente. Ces documents, qui fonctionnent comme des visas spécifiques aux véhicules, sont ensuite répartis entre les entreprises de TIR.

Chaque fois qu’un opérateur veut se rendre en Espagne, il doit utiliser une de ces autorisations à usage unique. Et vice-versa. Lorsque le conducteur d’un camion doit se rendre, par exemple, en Allemagne, il devra utiliser trois autorisations pour traverser trois pays. Lorsqu’il doit livrer en Croatie, il devra utiliser autant d’autorisations que de pays traversés. Ces documents sont puisés dans le quota attribué au Maroc.

Par conséquent, les 30.000 autorisations délivrées par la partie espagnole s’épuisent vite et ne correspondent pas en réalité à des opérations de livraison, mais à du transit. D’autant plus qu’il n’y a pas d’accord entre le Maroc et l’UE dans le domaine du TIR.
Dans l’autre sens, le transporteur espagnol lui, n’est pas soumis à toutes ces contraintes pour sillonner l’espace européen. Ce qui fait que les Espagnols mettent beaucoup de temps avant d’épuiser leur quota d’autorisations avec le Maroc. Mais ce n’est pas la seule raison.

L’accord bilatéral accorde à l’Espagne la possibilité d’envoyer au Maroc des remorques isolées par bateau (appelé Ro Ro) et ce, sans autorisation. L’année dernière, 48.000 remorques isolées sont arrivées au Maroc en provenance d’Espagne selon ce mode. Soit plus que le quota de 30.000 autorisations. Une fois en territoire national, elles sont récupérées par des chauffeurs marocains à l’aide d’un tracteur. Un avantage qui ne bénéficie pas à la partie marocaine.

Et c’est là l’une des aberrations  de l’accord bilatéral. Lorsque les commissions mixtes se réunissent, elles constatent que la partie marocaine a épuisé son lot d’autorisations (30.000) à l’inverse de l’Espagne (à peine 4.000). Une asymétrie trompeuse au profit du Royaume.

C’est en partie ce qui explique, la faiblesse de la part de marché des entreprises marocaines dans le transport international routier. Cinq ans après la signature de l’accord, il s’avère que le deal est défavorable pour le Royaume. «Nous demandons officiellement au ministère du Transport de le dénoncer car il nuit aux intérêts du Maroc.

A défaut, nous proposons que la partie espagnole nous accorde un quota d’autorisations dédié au transit», déclare Abdelilah Hifdi, président de la fédération du Transport. Au cours de la dernière réunion du Comité technique relatif à l’accord bilatéral en mars dernier, Espagnols et Marocains ont buté sur les voies à même de permettre de rééquilibrer les échanges entre les deux pays. Les divergences concernent la fixation de contingent des autorisations.

D’où la menace de certains professionnels de bloquer l’entrée des camions espagnols la semaine dernière. Outre la révision de l’accord Maroc-Espagne, les professionnels demandent au gouvernement de négocier un accord unique avec l’UE permettant l’entrée dans cet espace avec une seule autorisation.

Un deal asymétrique

A l’évidence, l’accord Maroc-Espagne dans le domaine du TIR a été mal négocié puisqu’il comporte des failles en faveur de l’une des parties. De plus, il génère des distorsions de concurrence avec les autres pays européens, notamment le Portugal, la France et la Belgique, qui sont liés au Maroc par des accords similaires. Des conventions phagocytées par les transporteurs espagnols qui raflent l’essentiel du volume entre le Maroc et les pays de l’UE.

 

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