Competences & rh

Sociétés cotées: Pas de révolution RSE à l’horizon

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5035 Le 31/05/2017 | Partager
Elles améliorent leur performance, mais leur score reste faible
Vigeo Eiris prime les 15 meilleurs élèves
Gouvernance, toujours en dessous des standards internationaux
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Le score des entreprises faisant publiquement appel à l’épargne reste peu glorieux. En 2016, il a atteint 24/100 (contre 16,15/100 en 2011). En termes d’informations rendues disponibles, par exemple, la performance des sociétés marocaines est bien en dessous de la moyenne mondiale, ainsi que de celle des pays émergents

En matière de RSE, les entreprises marocaines sont encore loin du compte. A vrai dire, il faudrait déjà qu’elles s’acquittent toutes de leurs obligations légales, que ce soit au niveau du code du travail, que peu respectent, ou des redevances fiscales. A titre d’exemple, chaque année, près de 70% des sociétés déclarent un résultat nul ou déficitaire, dont une grosse part de déficitaires «chroniques». Par ailleurs, 2% des entreprises paient 80% de l’IS…

L’agence internationale de rating des performances et des risques de responsabilité sociale, Vigeo Eiris, vient de livrer, pour la quatrième fois depuis 2012, des indicateurs précieux sur la RSE des sociétés cotées. Cette année, l’agence s’est intéressée à la performance des 43 premières capitalisations boursières dans le domaine, dont 15 (contre une dizaine en 2015) ont été récompensées par des trophées Top performers RSE (voir illustration).

L’enquête menée par Vigeo Eiris montre une amélioration notable du score moyen de la cote marocaine, qui est passé de 16,15/100 en 2011 à 24/100 en 2016. Néanmoins, il reste plutôt faible. Il est même légèrement inférieur à la moyenne des pays émergents (25,88/100).

«Certains sujets, alors que les marchés et les autres parties prenantes leur accordent une importance accrue, demeurent insuffisamment pris en compte par les entreprises opérant au Maroc», relève l’agence. Et ils sont nombreux! Il s’agit notamment de l’égalité homme/femme, de la prévention de la corruption, de la médecine du travail, des libertés syndicales et de la négociation collective, des dispositifs de formation et d’évaluation des collaborateurs,… dans le domaine de l’environnement, l’on regrette le peu d’intérêt pour l’élaboration de stratégies environnementales, ou pour des sujets tels que la réduction des émissions polluantes ou à effet de serre, l’économie d’eau, la gestion et le recyclage des déchets, la sélection des fournisseurs…
La RSE n’est, par ailleurs, pas vraiment prise au sérieux.

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Les entreprises cotées ont été évaluées sur la base d’un référentiel de 38 critères et plus de 330 indicateurs. Ces derniers portent sur six domaines: le respect des droits de l’Homme, l’éthique des affaires, la valorisation du capital humain, la gouvernance, l’engagement en faveur des territoires d’activité et la protection de l’environnement. 15 d’entre elles se sont distinguées dans plusieurs domaines, ce qui leur a valu le titre de Top performers RSE 2017. Mais il n’y a cependant pas de classement

Pour la majorité, il s’agit plus d’un outil marketing qui ne donne lieu qu’à des slogans ou des déclarations de bonnes intentions. «Le concept a ici besoin d’évoluer d’une vision compassionnelle, le plus souvent concentrée sur des contributions volontaires à des causes d’intérêt général, vers une approche en termes de reddition de comptes sur la matérialité des risques. Ainsi que sur les engagements et les moyens pris pour les maîtriser, et renforcer les capacités de création de valeur», soulignent, pour leur part, les experts de Vigeo Eiris.

Chaque année, l’agence insiste également sur la nécessité de «progresser» en matière de gouvernance. Sur cet aspect, les sociétés cotées enregistrent un petit score de 14,5/100, contre une moyenne de 29,5/100 pour les pays émergents. La gouvernance des entreprises marocaines ne répond pas aux standards internationaux. C’est surtout le cas sur le plan de l’indépendance et de la diversité des compétences dans les conseils d’administration, et du renforcement des dispositifs d’audit et de contrôle interne (avec l’intégration des risques de responsabilité sociale au périmètre des comités d’audit des conseils d’administration).

Chez les multinationales, la RSE est de plus en plus perçue comme un avantage concurrentiel, à même de séduire clients et investisseurs. A l’instar de L’Oréal qui l’a intégrée à toute sa chaîne de valeur dans le cadre de sa stratégie 2020. Au Maroc, force est de constater que la question est encore secondaire.

L’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) vient de publier un guide sur la RSE et le reporting ESG (Environnement, Social et Gouvernance), en partenariat avec la CGEM et le Conseil économique, social et environnemental (CESE). L’objectif est de promouvoir la culture RSE. Cependant, est-ce suffisant? Certaines entreprises donnent l’exemple, mais elles restent largement minoritaires.

Là où certains excellent

Les meilleurs élèves de la cote marocaine se distinguent particulièrement dans certains domaines. C’est le cas, par exemple, de la prévention du risque de pollution, où deux entreprises ont obtenu un score de 81/100. Trois autres ont reçu une note supérieure à 90/100, comparable aux meilleurs niveaux à l’international, sur l’aspect «définition de la stratégie environnementale». Une seule a excellé en promotion du dialogue social, avec une note de 82/100, tandis qu’une autre a brillé en gestion responsable des plans de restructuration et de réorganisation (81/100). Plusieurs ont réalisé un score de 80/100 en «contribution active au développement économique et social du territoire d’activité», en «contribution à des causes d’intérêt général», et «respect des droits des actionnaires et protection des droits des actionnaires minoritaires».

 

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