Politique

Enquête exclusive: Ce que raconte le temps long de la politique…

Par Nadia SALAH | Edition N°:5033 Le 29/05/2017 | Partager
Vingt ans pour fixer silencieusement un consensus de démocratisation
La Constitution de 2011 avait déjà des racines au début du millénaire
Un «check and balance» spécial Maroc
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Pour l’histoire politique du Maroc, rappelons rapidement que le gouvernement d’alternance avait été voulu par Hassan II, qui s’était heurté à un refus quelques années plutôt. L’idée était d’inclure la plus grande partie des opposants très probablement pour assurer une succession dynastique paisible. Ce qui s’est passé.

Mohammed VI, intronisé en 1999, a gardé le Premier ministre Youssoufi, nommé par son père. Ceci annonçait, mais on ne le savait pas encore, un changement de rapport entre le Roi et le gouvernement.

Début de consensus

En septembre 2002, les élections législatives réunissent un consensus affirmant qu’elles ont été menées de manière honnête et transparente. L’USFP et l’Istiqlal sortent dans un mouchoir de poche, créant une situation inédite. Pas de solution toute faite, ni la Constitution de l’époque, ni les usages nouveaux que visiblement le Souverain voulait installer.

La stratégie fut donc de sortir du jeu par la nomination de Driss Jettou, une personnalité faisant consensus par-dessus les classes sociales et politiques, familière du Palais déjà sous Hassan II. Longtemps après, les enquêtes politiques feront ressortir l’idée qu’il fut le meilleur Premier ministre du Maroc contemporain.

La mémoire fait bon marché de la période qui fut la plus forte des croissances mondiales jamais vues et aussi des mauvais tours joués par la classe politique qui ne lui a pas fourni que ses premiers couteaux.

Pour les deux législatives suivantes, de franches victoires donnent automatiquement la nomination du chef du parti. Mais le système électoral cherche toujours la multiplicité des opinions, ce qui interdit l’existence d’une majorité gouvernementale sans coalition. Ce n’est évidemment pas un hasard.

Les Printemps arabes

Entre-temps, les vagues des Printemps arabes arrivent au Maroc où elles se transforment en une nouvelle Constitution. Les observateurs vigilants auront peut-être remarqué que certains points reprennent des principes énoncés par Mohammed VI en 1999, mais qui n’avaient pas éveillé d’échos importants à l’époque.

Cette nouvelle Constitution et la pression des Printemps arabes, ont raccourci d’une année le mandat d’Abbas El Fassi, qui cède la place au PJD en la personne de Benkirane. Comme l’USFP dix ans plus tôt, l’Istiqlal ne se relèvera pas d’avoir raté la première place en sortant d’un gouvernement dont il avait la tête.

Pourtant on ne peut pas dire, comme certains le font, qu’au Maroc, le pouvoir détruit les électeurs puisque dans une même situation le PJD, lui, replace ses pions en octobre 2016. La victoire électorale donne à penser à quelques membres du PJD, mais aussi du PPS que le temps est venu de briser, à leur avantage,  le «consensus historique marocain», et d’aller, plus ou moins discrètement, à l’assaut du Trône.

La radio RFI trouve la formule pour décrire la chute de Benkirane: «Deux fois victorieux dans les urnes, mais impuissant à l'épreuve de la réalité». Ses amis promettent des protestations dans tout le pays, qui n’iront pas au-delà d’agiter la blogosphère.
Lorsqu’on regarde les enquêtes politiques de L’Economiste sur le temps long d’une vingtaine  d’années, alors une réalité silencieuse mais puissante apparaît nettement.

Les Marocains, avec leur Roi et leurs politiciens, ont recomposé un système qui ressemble à celui des Etats-Unis, avec des contre-pouvoirs en négociation constante, le «check and balance», mais encore sans la primauté du droit.

 

 

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