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Politique

Enquête exclusive: Le trio des ministres qui «vont compter»

Par Jihad RIZK | Edition N°:5033 Le 29/05/2017 | Partager
Dans un mouchoir de poche: Hassad, Akhannouch et Louardi
Mais la moitié des gens n’ont pas répondu
Le ministre de l’Education est porté par le drame de son secteur
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D’une courte tête Mohamed Hassad arrive devant El Houcine Louardi et Aziz Akhannouch, mais la moitié des gens n’ont pas répondu. Pour Hassad, c’est la première fois. Akhannouch et Louardi, eux, sont des habitués du podium

Avant de parler des ministres qui, selon notre enquête, vont compter, il faut souligner que la moitié des gens ne répondent pas. On doit ajouter les 6% de gens affirmant «qu’aucun ministre ne compte». C’est vraiment beaucoup et c’est, dans toute l’enquête, la question qui suscite le plus de refus. Pas d’explication univoque à ce comportement qu’on ne retrouve pas pour les autres questions. Ce sont les jeunes qui refusent le plus de désigner les ministres les plus importants.

En dessous de 35 ans, ils sont pratiquement 2 sur 3 à ne citer personne. Même phénomène chez les femmes, chez les ruraux et aussi dans les couches sociales les moins favorisées. Un fait inattendu: plus la province est loin des centres de pouvoir moins on se prononce sur le poids des ministres, alors que ce sont souvent ces zones qui font le plus confiance à El Othmani. En conséquence, les «champions» ministériels de cette année pèsent moins lourds que ceux d’avant, puisqu’il manque la moitié des sondés.

Mohamed Hassad arrive premier, trois points au-dessus de El Houcine Louardi de la Santé publique et Aziz Akhannouch de l’Agriculture et de la Pêche, deux habitués des podiums depuis qu’ils sont dans un gouvernement.

Pour la première fois, l’Education pèse très lourd

On peut être à peu près sûr  que le drame de l’Education et, pour la première fois, l’espoir de le résoudre, font le score de son ministre. On le sait de trois manières:
D’abord, dans les précédentes enquêtes, les ministres de l’Education ne comptaient pour pas grand-chose, quelle que soit la personnalité. Mohamed Hassad, précédemment patron de l’Odep, de la RAM, wali, plusieurs fois ministre et enfin ministre de l’Intérieur, n’a pas été cité comme «l’un  des trois ministres qui comptent». Même quand il était à la tête de l’Intérieur et que 75% des gens pensaient que l’équipe Benkirane «était sur la bonne voie en matière de sécurité». Et le voilà d’un seul coup devenu un ministre qui compte.
On le sait ensuite parce que par le passé, aucun ministre de l’Education nationale ne franchissait la barre des 6%. Beaucoup d’entre eux n’étaient même pas cités.
On le sait enfin parce que jamais l’Education ne s’est trouvée aussi haut dans les priorités des Marocains: elle est la première avec 70%.  L’Education a pris une importance colossale, entraînant son ministre avec elle. Hassad équilibre bien ses soutiens, sauf chez les femmes, les ruraux et les défavorisés qui font nettement baisser sa moyenne.

Tout le monde répond et sait ce qu’il veut

En un mot comme en cent, les Marocains veulent que le drame de l’Education cesse et que ce soit Hassad qui le fasse cesser.  Akhannouch, président du RNI depuis moins d’un an, et ministre de l’Agriculture pour un troisième mandat, est depuis le début sur le podium. C’est un ministre connu et reconnu depuis le gouvernement Abbas El Fassi. Même soutien constant pour Louardi, le ministre de la Santé publique aux affaires depuis 2012.

Pour la petite histoire, notre enquête de 2012, l’année de l’installation de Benkirane, le ministre qui comptait le plus était un certain… Saâdeddine El Othmani. A l’époque il était aux Affaires étrangères. Par la suite, il ne figurait plus dans les réponses des gens, jusqu’à son retour comme chef de gouvernement. Derrière lui, il y avait Louardi et pas très loin, Ramid et Akhannouch.

L’opinion publique se montre sévère avec les membres du gouvernement, refusant la moindre voix à 15  d’entre  eux. Mais il est intéressant de noter que cette opinion publique sait très bien ce qu’elle veut en classant les dossiers prioritaires. D’abord personne ne s’abstient et tout le monde sait ce qu’il veut. Non seulement cette opinion publique concentre ses suffrages sur trois dossiers (ci-contre encadré) mais elle mobilise ses strates sociales les plus influentes : les A/B et C, les adultes et les urbains. C’est la première fois qu’un tel phénomène se produit dans une de nos enquêtes.

Quant à la Justice (7%), l’Agriculture (6%) et les grands chantiers (6%), ils sont loin derrière. On pourrait presque dire qu’ils sont là «pour mémoire». Le poids de l’éducation et de la santé est tel qu’il ne reste plus de place pour le reste. Face à eux, l’anti-corruption, le tourisme, les droits de l’Homme, le logement, la pauvreté, l’industrie… ne pèsent presque plus rien.

Droit à l’information bafoué

Nous ne divulguerons pas le nom du bureau d’études qui a réalisé le présent travail: des pressions ont été exercées contre cette profession, en dehors de tout cadre légal. Malheureusement l’association professionnelle n’a pas réagi avec assez de force pour défendre le droit des citoyens à être informés. Donc pour protéger le bureau qui a eu le courage de réaliser la présente étude, nous tairons son nom.
 Naturellement, L’Economiste s’est assuré que la qualité du travail n’a pas été entachée par les restrictions que deux gouvernements successifs ont imposées au droit  des gens à l’information.

Priorités bouleversées

Pour 70% des Marocains, l’éducation est devenue la priorité des priorités. Et ce sont les couches les plus favorisées qui pèsent de tout leur poids dans ce choix. Pour la première fois depuis 20 ans, l’enseignement est le premier des soucis au Maroc.
Cette année la santé n’arrive «qu’en» 2e position, mais avec un score similaire de 69%, porté lui aussi par les catégories A/B et C.
Quant à l’emploi, souci numéro 1 des années passées, il fait les frais des changements de priorités : il sort à 30%, auquel on pourrait ajouter un 2% égaré sous l’étiquette «insertion des jeunes».
Soulignons qu’il s’agit de «top of mind», c’est-à-dire  des réponses spontanées, sans proposition de liste à classer.

 

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