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Régions

Pourquoi Al Hoceïma est sur le qui-vive

Par Ali KHARROUBI | Edition N°:5027 Le 19/05/2017 | Partager
Les forces de l'ordre présentes partout dans la ville
Elles sont déroutées par une marche «flashmob», sans lieu de départ ni itinéraire connu
Indignation, cherté de la vie, absence de soins, et de travail... des causes qui rassemblent
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Tout paraissait normal, pourtant rien ne l’était. Très belle journée printanière jeudi dernier à Al Hoceïma. En ville jusqu’à 15 heures, tout était  calme, les commerçants exerçaient leur activité dans la quiétude totale et au port les pêcheurs écoulaient tranquillement leurs prises. Même la plage Quemados affichait complet, des baigneurs profitant du soleil pour piquer un plongeon et se prélasser.

A partir de 15h30, les commerces ont baissé leur rideau et un début de rassemblement commençait à se former suite à l'appel pour une marche de protestation et d'indignation. A 16h10 on en voyait les prémices, sur la place publique, tellement il est «facile» de rassembler une foule en colère, en proie à la pauvreté, au chômage et à l'indignation. Des tensions palpables dont les échos se sont répercutés jusqu'au conseil de gouvernement qui s’est tenu jeudi.

Un premier exercice difficile pour le nouveau ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, qui a clairement mis en garde ces «leaders de l'ombre» contre les manoeuvres politiciennes. Mais qui a aussi invité les départements concernés à accélérer les plans d'urgence pour sortir Al Hoceïma de son marasme (voir aussi De Bonnes Sources).

A l'heure où nous mettions sous presse, la ville était truffée de policiers et de contingents des forces de l'ordre en prévision d'une éventuelle embardée de la population. Les services de l’ordre montrent leur présence en ville, trois barrages de contrôle se trouvent entre Ajdir et l’entrée d'Al Hoceïma, histoire de dissuader les velléités de violence.

C’est aux alentours du commissariat principal que les forces de l'ordre sont le plus visibles: une vingtaine d’estafettes sont stationnées et des dizaines de policiers discutent sur le trottoir d’en face. Pour certains, ils sont fraîchement débarqués d'autres villes, en renfort. «Tout dépendra de l’ampleur de la marche de protestation organisée à partir de 18 heures», précise une source policière. Et si les services de l’ordre sont sur le qui-vive, c'est parce que les «leaders» de la mouvance populaire avaient tenté un coup de Trafalgar: Ils n'ont pas communiqué sur le lieu de départ de cette marche, ni sur son itinéraire.

Pourquoi ça va mal

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Dès 15h30, tous les commerces ont fermé et ont répondu favorablement à l'appel lancé par les manifestants: une grève générale pour protester contre les accusations lancées par les partis politiques qui forment le gouvernement, qualifiant les manifestants d'Al Hoceïma de séparatistes (Ph. AK)

La population semble être d'accord avec les raisons qui poussent à cette marche, ainsi que l'indique une poignée de commerçants:«Il s'agit d'une marche d’indignation contre les déclarations accusatrices des partis politiques qui forment le gouvernement et qui nous ont qualifiés de séparatistes, de pions et de faiseurs de troubles», protestent-ils.

Les jeunes sont en colère car le taux de chômage dans la province est inquiétant, idem pour la cherté de la vie: «à Al Hoceïma un litre de gasoil est plus cher qu’à Oujda de 40 centimes et presque un dirham de plus que Casablanca», rétorque un taxieur qui explique que ses recettes quotidiennes ne lui permettent pas de subvenir à tous les besoins de sa famille. «Avec de tels prix, il est impossible de rendre la région attractive pour nos concitoyens des autres régions du Royaume», explique de son côté un restaurateur de poissons au port.

De son côté, Mouhcine, activiste de la mouvance populaire, souligne que la région, avec son triste record du taux de cancéreux sur le plan national, ne dispose pas d’un hôpital spécialisé. De même plusieurs spécialités médicales n’existent pas et il faut se déplacer soit à Fès ou à Oujda pour se faire soigner. A ses revendications sociales s’ajoutent des attentes en matière d’emploi.

La zone industrielle de la ville et les promesses pour lancer des chantiers à impact direct sur l’employabilité tardent à se manifester. Pour le moment des travaux d’élargissement de l’entrée de la ville et la mise à niveau de certains quartiers sont lancés. Ils sont appréciés dans leur globalité, mais restent trop loin des attentes des citoyens.

Quelques chiffres

Ménages: 79.326 (2014)
■Population: 399.654 (2014)
■ Taux de pauvreté 7% (2007)
■ Taux de vulnérabilité 12,8% (2007)
■ Indice de la sévérité de  la pauvreté 0,3% (2007)  
(source HCP)

De notre correspondant,
Ali KHARROUBI

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