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Analyse

Diplomatie culturelle: Le soft-power encore sous-exploité

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5027 Le 19/05/2017 | Partager
Les actions menées restent éparpillées et manquent de cohérence
Prédominance de la conception folklorisante dans la présentation du patrimoine
L’Ires propose des pistes pour inverser la tendance
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Sur une dizaine d’années, la moyenne du budget accordé à la culture au Maroc est le plus faible au Maghreb. Il s’est limité à 47,7 millions de dollars, soit 0,2% du budget général de l’Etat, contre plus de 186 millions en Algérie et 142 millions en Egypte

«Ce lieu est fait pour les peintres… le beau y abonde». Le choix de cette citation tirée du carnet de voyage d’Eugène Delacroix en tant que slogan de la nouvelle campagne de promotion touristique du Maroc traduit la force d’attraction de la culture. Ce type de soft-power est largement utilisé par d’autres pays, particulièrement les Etats-Unis, pour renforcer leur influence dans le monde.

Aujourd’hui, «la puissance d’un Etat sur l’échiquier international ne se mesure plus uniquement à la force de son économie, de son pouvoir politique et stratégique, mais repose également sur sa capacité de séduction et sur l’influence de ses idées et de sa culture», selon un rapport publié récemment par l’Institut royal des études stratégiques. Jusqu’à aujourd’hui, l’énorme potentiel culturel du Maroc est encore sous-exploité au niveau diplomatique.

Certes, plusieurs initiatives ont été lancées durant les dernières années. En témoigne l’engouement international que suscitent des festivals comme celui des Gnawas à Essaouira, celui des Musiques sacrées à Fès ou encore Mawazine à Rabat. Parallèlement, la Fondation nationale des musées s’est aussi greffée sur cette dynamique, en initiant des événements ayant donné un rayonnement international au Royaume.

C’est le cas notamment de l’exposition du Maroc médiéval, organisée à Paris l’année dernière. Idem pour celle sur les Splendeurs de l’écriture, tenue il y a quelques mois à l’Institut du monde arabe. Cependant, ces actions restent éparpillées, en manque de cohérence la mettant au service d’une vision globale d’influence. Un constat relevé par le rapport de l’Ires, qui précise que «le bilan des actions menées met en évidence plusieurs insuffisances».

Ce document a identifié une série de défaillances qui plombent la dynamique de la diplomatie culturelle. D’un côté, «le budget accordé à la culture au Maroc est le plus faible au Maghreb sur une dizaine d’années», selon ce document. Autre problème pointé: «la domination de la vision communautaire, axée sur les besoins et les attentes des ressortissants marocains à l’étranger, alors qu’il s’agit de s’adresser à l’autre».

A cela s’ajoute «la prédominance de la conception folklorisante dans la présentation du patrimoine national». Aujourd’hui, Rabat est appelé à inverser la tendance. Le Roi a déjà donné le ton dans le message adressé à la 1re conférence des ambassadeurs, tenue en août 2013. L’objectif est d’aboutir à une diplomatie intégrée, dynamique et anticipative. Ceci est d’autant plus important que le Maroc est en phase de redéfinir son rôle régional et international.

En Afrique, le soft-power marocain s’est basé sur le leadership religieux du Commandeur des croyants et l’offre de formation des imams sollicitée par plusieurs pays subsahariens. L’exploitation des atouts culturels dans le cadre d’une vision diplomatique globale semble incontournable à l’ère du numérique. Pour résorber le gap, l’Ires propose de s’inspirer de certaines expériences ayant fait leurs preuves.

En tête, le modèle américain, qui fait «la promotion d’une culture idéologique», avec des concepts comme l’American Dream ou encore l’American way of life. La Turquie a emprunté le même chemin en misant sur des productions artistiques, notamment des feuilletons, mettant en avant «la grandeur de l’empire ottoman».

Pour revigorer le soft-power marocain et le mettre au service des intérêts diplomatiques du pays, l’Ires propose de «s’inscrire dans une démarche progressive». Celle-ci doit commencer par «l’adoption de mesures d’habilitation du champ culturel en interne». Les industries culturelles, encore balbutiantes, sont appelées à relever le défi de la compétitivité. L’idée est de préparer les conditions favorisant l’exportation de la culture marocaine.

Pour assurer une plus grande influence, le rapport de cet institut met l’accent sur l’importance «d’initier des projets internationaux. Il ne suffit plus de s’arrimer aux événements conçus ailleurs». Cet effort, devant être mené par différents intervenants, dont le département de la Culture, les artistes, les opérateurs privés et les ONG doit être appuyé par le réseau diplomatique. Cela passe par «le renforcement des missions de conseiller culturel auprès des ambassades».

Pour l’instant, ce rôle est «généralement confié à un diplomate ayant des compétences générales, souvent en charge d’autres dossiers», est-il indiqué. L’arme de l’intelligence économique peut aussi être mise à contribution. Surtout qu’il est décisif de «s’informer continuellement sur les pays et les populations ciblés».

Assurer la cohérence

La mise en harmonie des initiatives lancées par les différents intervenants est l’un des principaux enjeux de la diplomatie culturelle du Maroc. Face à ce dysfonctionnement, l’Ires appelle à la mise en place d’une instance dédiée. Elle sera «chargée de la cohérence globale». L’idée est de «pallier la dispersion et enclencher un processus de synergies entre les parties concernées». Ce rapport plaide aussi pour la création d’un Observatoire de la diplomatie culturelle, pour suivre les évolutions que connaît ce domaine, «marqué par des transformations majeures».

 

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