Habillage_leco
Tribune

Système de santé: L’urgence d’une thérapie de choc

Par Abdelhafid OUALALOU | Edition N°:5026 Le | Partager

Abdelhafid Oualalou est acteur politique et associatif et vice-président de l’IMRI (Institut marocain des Relations internationales) et du Centre d’études et de recherches Aziz Belal (CERAB) (Ph. A.O.)  

En présentant son programme gouvernemental le 14 avril dernier, le chef de gouvernement, Saâdeddine El Othmani, avait insisté sur des réformes sociales tant attendues. La santé avec la facilitation de l'accès aux soins de bonne qualité et la généralisation de la couverture médicale figuraient parmi ses priorités tout en s'inscrivant dans la continuité des politiques déjà engagées par la tutelle depuis 2012.

Le 19 avril, la Banque mondiale avait présenté à la nouvelle équipe au pouvoir son dernier rapport sur la situation économique et sociale du Maroc pour conclure que notre pays accuse un retard un demi-siècle par rapport à l'Europe, surtout dans les domaines de l’Education et de la Santé.

Face à ce diagnostic alarmant, une nouvelle stratégie nationale de santé est indispensable. Une politique sanitaire qui sera le fruit d'une large concertation nationale avec tous les intervenants et professionnels de la santé et tenant compte des recommandations du dernier colloque national tenu à Marrakech en juillet 2013.

Un des grands défis qui se pose pour le Maroc en matière de santé publique est celui de résoudre le déficit chronique des ressources humaines. Selon des estimations officielles, le pays compte 9.000 médecins, 500 pharmaciens, 10.000 paramédicaux et techniciens spécialisés de santé pour une population de plus de 35 millions d'habitants. Trop peu!!

Des chiffres qui expliquent notamment la fermeture des dizaines de centres de santé et de dispensaires dans le rural et les régions des montagnes par manque d’encadrement médical, de médicaments et d’ambulances mais aussi par manque de motivations de ces professionnels par des indemnités et des logements dans ces régions lointaines. Dans cet effort national, les communes et régions doivent contribuer et s’impliquer dans un partenariat public-privé.

Instaurer le service civil sanitaire?

systeme_sante_026.jpg

Un des grands défis qui se pose pour le Maroc en matière de santé publique est celui de résoudre le déficit chronique des ressources humaines (Ph. L’Economiste)

Il serait utile de revenir à l'idée d'instaurer un service civil sanitaire pour nos jeunes diplômés en médecine, pharmacie et chirurgie dentaire et aussi pour les infirmiers et techniciens de santé pendant deux ans en les affectant dans les régions non médicalisées tout en leur offrant des moyens de travail, des indemnités mensuelles, ainsi qu’une couverture médicale obligatoire. Ce système ne peut réussir sans la concertation et l'adhésion active des intéressés et leurs représentants. Aussi on peut envisager le recrutement sur contrat de 5.000 praticiens médecins et infirmiers pendant deux ans pour un budget supplémentaire de 1 milliard de DH comme prévu pour l’éducation nationale durant l’année 2017. En outre, pour réduire le déficit des ressources humaines et faciliter l’accès aux soins surtout en milieu rural, une formation médicale et paramédicale adaptée à nos besoins et accélérée durant les cinq prochaines années pourrait être mise en œuvre de la manière suivante:
 - Formation de 5.000 médecins par an dans les 5 Facultés de médecine:
A Rabat, Casa, Fès, Oujda et Marrakech, une médecine centrée sur la prévention sanitaire et les soins primaires de base, une médecine de proximité, de famille et ciblée sur le monde rural. En plus, la formation médicale dans les structures privées doit être maîtrisée, contrôlée par l'Etat pour garantir une formation de qualité et des diplômés reconnus officiellement qui seront délivrés par des structures agréées par l'Etat.
- Recrutement de 150 pharmaciens par an pour développer la pharmacie hospitalière et pour une gestion maîtrisée des médicaments et dispositifs médicaux en milieu hospitalier qui seront affectés dans les 12 Régions sanitaires.
- Formation de 4.000 infirmiers et infirmières et techniciens par an dans les écoles de formation des études de santé du ministère de la Santé et aussi dans les autres écoles spécialisées du secteur privé agréées par l'Etat.
- Création de près de 4.000 postes budgétaires par an pour ces nouvelles formations médicales et paramédicales au lieu des 1.500 réservés au ministère de la Santé pour 2017.
- Encouragement des investissements privés par des facilités fiscales pour les cliniques, cliniques dentaires, pharmacies rurales pour leurs installations dans les zones défavorisées sous le contrôle du ministre de la Santé dans le cadre de la carte sanitaire qui définit les besoins de création. Le but étant de réduire les disparités sociales et géographiques en matière des offres de soins tout en veillant au contrôle médical dans le cadre du partenariat public-privé.

Des soins pour tous

La généralisation de la couverture médicale à toute la population d’ici 2020 d’une manière progressive est une nécessité pour faciliter l’accès aux soins pour tous. Il est urgent d’accélérer la mise en œuvre de cette couverture aux indépendants et professions libérales et de revoir la gouvernance du Ramed et de l’AMO et aussi du système mutualiste. Le tout pour une complémentarité et une convergence des programmes et objectifs entre les secteurs public/privé et mutualiste, en plein développement et qui sera encadré par le nouveau code de la mutualité.

L’hôpital public soutenu par le privé

Aujourd’hui, il ne s’agit pas de privatiser la santé ou de voir une médecine à deux vitesses, une pour les pauvres et «ramedistes» et une autre pour les mutualistes et patients aux revenus moyens. L’objectif est de mettre en place une politique de santé basée sur l’hôpital public d’abord et soutenue par le privé et le secteur mutualiste sous la responsabilité du ministère de la Santé afin de dépasser les grands déficits de ressources humaines essentiellement dans le monde rural et quartiers pauvres des grandes villes.
Pour y parvenir, il est impératif d’augmenter le budget du ministère de la Santé, à raison de 1 point par an pour atteindre 12% du budget national (5,4% actuellement), comme le recommande l’OMS depuis des années.

 

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc