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Economie

Dans les années 60, la Suisse avait choisi le big-bang

Par Abashi SHAMAMBA | Edition N°:5026 Le 18/05/2017 | Partager
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Carlos Lenz est économiste à la Banque nationale suisse. Il est intervenu aux 2es journées internationales de macroéconomie et de finance organisées les 15 et 16 mai par l’université Cadi Ayyad et l’université de Bâle en collaboration avec Bank Al-Maghrib.
 
- L’Economiste: L’abandon du cours-plancher du franc suisse par rapport à l’euro a-t-il été digéré par vos entreprises? A l’époque, elles avaient violemment réagi craignant pour leur compétitivité.
- Carlos Lenz:
Deux ans après et au vu des résultats, je pense que la suppression du cours-plancher du franc vis-à-vis de la devise européenne a été bien assimilée par les industriels et les entreprises. Peut-être pas encore à 100%, mais on est sur une bonne trajectoire.
- Pourtant la Banque nationale suisse (BNS) avait toutes les peines à convaincre du bien-fondé de sa décision.
- On a essayé d’expliquer que la politique du taux de change-plancher n’était plus soutenable. Je suis convaincu que nous avons fait le bon choix. Selon nos projections, nous avions prévu un trimestre de croissance négative et après, la situation redeviendrait normale.
A la Banque nationale suisse, nous avons toujours tenu un langage de vérité en disant aux entreprises qu’il y avait un prix à payer afin de consolider notre compétitivité. Avec le recul, les résultats nous ont confortés. Dans le trimestre qui avait suivi la fin du taux plancher du franc suisse par rapport à l’euro, le taux de chômage avait légèrement augmenté de 0,3 point à 3,3%. L’économie suisse a certes payé un prix, mais si l’on fait la balance avantages/coûts, les avantages l’emportent largement.
 - La Suisse a quitté sans transition, le régime de change fixe préconisé à Bretton Woods bien avant son abandon officiel en 1973. Comment avez-vous géré ce big-bang? Au Maroc, les autorités parlent de 15 ans pour aller au régime flottant intégral.
- Au milieu des années soixante, la Suisse s’était rendu compte que le régime de change fixe n’était pas adapté à son économie car les pressions inflationnistes se diffusaient un peu partout dans le monde. Il fallait aussi instituer le contrôle des capitaux. Ces facteurs n’étaient pas soutenables, et la Suisse en a tiré la conclusion. Quand elle a le choix entre stabilité et inflation, la Suisse a toujours choisi la stabilité.
 
- Si demain, Trump relançait une guerre des monnaies comme il l’avait promis durant sa campagne, comment réagirait la Suisse?
- En 2011, lorsqu’elle avait abandonné le taux de change plancher du franc par rapport à l’euro, la Banque centrale suisse a démontré qu’elle savait faire face à des situations exceptionnelles. Elle a des leviers d’action à disposition si nécessaire, dont les taux d’intérêt négatifs.
 
- Quitte à pénaliser les épargnants…
- C’est vrai, les taux négatifs ne sont pas populaires dans l’opinion, mais les gens doivent comprendre qu’il s’agit d’un mal nécessaire. Par ailleurs, en intégrant l’inflation, ces taux sont plus proches de zéro que dans le territoire négatif. C’est un élément dû à l’évolution macroéconomique générale et pas seulement à la politique monétaire. Nous avons expérimenté les taux négatifs dans un contexte économique difficile en Europe. Si la croissance reprend de manière solide, je pense que les taux réels vont s’ajuster. La situation actuelle est exceptionnelle et temporaire. Je pense que les gens comprennent que si l’on n’avait pas des taux négatifs, l’appréciation du franc serait encore plus préjudiciable pour eux et pour l’économie.
 Propos recueillis par Abashi SHAMAMBA

 

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