Entreprises

Ces mutations qui chamboulent le travail

Par Jean Modeste KOUAME | Edition N°:5024 Le 16/05/2017 | Partager
Le Maroc aborde sa transformation avec beaucoup d’incertitudes
Quelques solutions: Renforcer la formation des enseignants, plus d’incubateurs…
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Youssef Saadni, directeur d’études économiques à la CDG: «Nous assistons à une mutation des relations de travail avec de plus en plus de travail indépendant (freelance, Uber, télétravail…) via des plateformes Internet» (Ph. CJD)

La transformation des modèles classiques de travail est de plus en plus palpable avec l’émergence de nouveaux modèles de travail: freelance, ubérisation, télétravail... La 11e édition de la journée nationale de l’entreprise, organisée par le CJD (Centre des jeunes dirigeants d’entreprises) à Rabat, a été l’occasion de débattre de la thématique: «Transformation des modèles de travail et les défis pour demain».

D’entrée de jeu, les multiples causes du chômage ont été décortiquées. «La faiblesse du taux d’emploi au Maroc s’explique en partie par les limites du modèle industriel», soutient Youssef Saadni, directeur d’études économiques à la CDG. Pour Saadni, deux grandes mutations du travail se sont opérées au XXe siècle et une 3e est en cours: l’industrialisation, la tertiarisation (la montée des services) et la numérisation.

Le Maroc a raté les deux premières transformations structurelles et entre dans la troisième avec plein d’incertitudes. Au début du XXe siècle, le processus d’industrialisation dans les pays européens a accompagné l’urbanisation et permis d’absorber l’exode rural. La part des emplois industriels est passée de 10% à 30-35 voire 40% dans la plupart de ces pays, en plus de 2 générations.

Cette évolution n’a pas été observée au Maroc. Les emplois industriels représentent à peine 11% (soit près de 600.000 salariés). «Le Maroc n’a pas d’emplois manuels à offrir aux ruraux. Une grande partie des gardiens de voitures sont en fait des ouvriers en mal d’usine», signale Youssef Saadni.

Dans les années 70-80, la part des emplois industriels a commencé à baisser dans les pays industrialisés, grâce aux gains de productivité, l’externalisation des fonctions comme la gestion des ressources humaines, comptabilité, marketing, l’ingénierie… (Processus de tertiarisation), combiné au changement des goûts des consommateurs. La montée de la tertiarisation s’est caractérisée par l’émergence des emplois de bureau, la montée des services à l’entreprise et aux personnes.

La part des cadres dans l’économie a explosé, parallèlement à la montée des qualifications. La tertiarisation dans les pays développés s’est basée sur l’émergence de services à l’entreprise, qui représente environ 20% de l’emploi, contre 2-3% au Maroc. S’y ajoute la montée des services aux particuliers (santé, divertissement, l’éducation…).

Dans les pays développés, ces services représentent 10% des emplois, contre 0,8% au Maroc. Depuis les années 90, la numérisation bat son plein. Elle est en pleine accélération. Cette transformation structurelle est accompagnée par 2 phénomènes: l’automatisation des emplois de service avec l’intelligence artificielle, la robotique, l’Internet des objets… ainsi que la plateformisation.

Les mutations par lesquelles nous passons nous amènent à plus de mobilité, de vitesse, une meilleure qualité et précision, la réduction du temps pour la réalisation des tâches, plus de connexion… «La semaine de 5 jours va disparaître. On travaillera plus vite, beaucoup et avec moins de personnes», explique Hassan Charraf, membre du CJD.

Dans les années à venir, l’éducation sera une arme pour être complémentaire à la machine. Avec le nombre important de diplômés chômeurs, les panelistes préconisent plus d’incubateurs, le renforcement de la qualité des enseignants, la promotion des formations courtes et de meilleure qualité…

 

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