Analyse

Filière laitière: Comment négocier le développement durable?

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5023 Le 15/05/2017 | Partager
L’activité confrontée à la contrainte hydrique dans plusieurs zones
Pour produire un litre de lait il faut compter 1,2 m3 d’eau
Un colloque international examine les réajustements possibles
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C’est ahurissant. La production d’un litre de lait nécessite un apport d’eau de l’ordre de 1.000 litres selon les zones. Pour un steak d’un kilo de bœuf, il faut compter plus de 13.000 litres d’eau

Une grande percée et des entraves d’ordre  structurel. Ce sont les signes distinctifs de la filière laitière marocaine. En termes d'avancées, la production laitière affiche une hausse de 38% sur les six dernières années. Et sa part industrialisée a réalisé un saut de 45% sur la même période, estime la Fédération interprofessionnelle du lait (Fimalait).

«Des performances qui ont permis de faire passer la consommation  en lait et produits laitiers de 54 à 72 litres de lait/habitant/an», se félicite le DG de Fimalait, Abderrahman Benlekhal. Néanmoins, la filière reste confrontée à des contraintes qui risquent d’estomper son dynamisme. A commencer par celle liée aux ressources en eau. Pour produire un litre de lait, il faut plus de 1.000 litres d’eau. Ce volume intègre bien évidemment la production des fourrages et autre aliment de bétail.

Dans des zones semi-arides, ce volume passe à 1,4 m3 d’eau par litre de lait et pas moins de 8 m3 pour un kilo de viande bovine. Toutefois, certains chercheurs nuancent. A leurs yeux, l’élevage bovin valorise surtout la ressource pluviale sans impact déterminant sur la nappe phréatique. De plus, certaines matières premières, grosses consommatrices d’eau, notamment le maïs et le soja, sont, pour l’essentiel, importées. Le grand défi tient donc à l’impératif du développement durable.

Ou comment la filière laitière pourrait-elle s’ériger en vecteur de développement sans impacter l’environnement? Car, la contribution de l’élevage bovin aux émissions de gaz à effets de serre n’est pas aussi négligeable non plus. L’autre contrainte de taille tient au déséquilibre de la filière, en raison de la combinaison de divers facteurs: surproduction saisonnière, stagnation de la consommation et concurrence extérieure liée aux accords de libre-échange.

C’est sur cette toile de fond qu’un débat scientifique a été organisé les 10 et 11 mai à Rabat. Il fait suite à une première édition tenue à Rennes (France) en 2014. L’originalité tient à l’implication auprès des professionnels d’organismes de recherche scientifique, tels l’Inra, l’IAV-Hassan II, le Centre international de recherche agronomique de Montpellier (Cirad) et la FAO. Treize pays, dont huit africains, étaient également présents. 

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Après la vitesse de croisière qu’à connue l’import des génisses laitières avec le lancement du plan Maroc Vert, la tendance s’est infléchie sur les 4 dernières années

Pour le DG de Fimalait, «la rencontre vise à impliquer davantage les pays africains dans le processus du développement de l’élevage laitier». Car, le Maroc dispose d’une grande expérience dans la politique laitière et l’organisation professionnelle du secteur. Surtout que la filière s’est développée dans des conditions hydriques difficiles, est-il expliqué. «Nous sommes capables de contribuer au transfert du savoir-faire et de partager les expériences entre l’Europe et l’Afrique dans le cadre de la coopération Sud-Sud», souligne Benlekhal.

En effet, les acquis sont considérables malgré les contraintes et conjonctures défavorables: surproduction et fluctuation des produits laitiers sur le marché international, sécheresse, apparition de certaines épizooties… C’est le résultat des contrats-programmes conclus entre l’Etat et les professionnels dont la pierre angulaire réside dans l’organisation.

Les premières coopératives dans le secteur agricole ont été créées au sein de cette filière, ce qui a permis de mettre en place des structures autour des activités de base. Des centres de collecte du lait, des coopératives et associations de prestations de services aux producteurs ont permis d’intégrer la filière de l’amont à l’aval. Ce qui n’a pas été possible pour la filière des viandes rouges. Celle-ci reste toujours plombée par l’insalubrité de l’abattage et l’anarchie des marchés aux bestiaux. 

Avec le lancement du plan Maroc Vert, le modèle a été renforcé par une série de mesures d’appui, en particulier l’encouragement de grandes fermes et la modernisation des facteurs de production (cheptel laitier de qualité, équipement en matériel d’exploitation). Sans oublier les programmes de mise à niveau professionnelle des producteurs.

Aujourd’hui, la filière assure 460.000 emplois permanents le long de la chaîne de valeur et génère un chiffre d’affaires d'environ 13 milliards de DH dont la moitié est injectée dans le monde rural.

 

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