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Développer Safi autrement

Par Jamal Eddine HERRADI | Edition N°:5020 Le 10/05/2017 | Partager
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Pour Abdelkader Zraih, président de la Fondation Safi, l’avenir de Safi et sa région est entre les mains de leurs citoyens qu’il invite à s’associer à la nouvelle dynamique de développement engagée au cours des cinq dernières années (Ph. J.E.H.)

Créer une université et un centre d’études stratégiques africains, réconcilier Safi avec son environnement régional… La Fondation Safi a du pain sur la planche. Son président, Abdelkader Zraih, a toutefois des idées de projets à mettre en oeuvre pour le développement de sa ville.

- L’Economiste: Quelle est la stratégie adoptée par la Fondation Safi pour le développement de cette ville?
- Abdelkader Zraih:
Développer une nouvelle vision de Safi tant sur sa place dans la nouvelle région qu’à l’échelle nationale.
Cette ville nous interpelle avec son histoire et tous les changements qu’elle a vécus depuis 1980, surtout la régression sur le plan économique après la fermeture de la majorité des conserveries. Il y avait à Safi pas moins de 73 usines qui produisaient, non seulement des conserves de sardines, mais également de tomates et d’autres produits agricoles.
Ce changement a participé à l’instauration d’un sentiment de marginalisation de la ville qui a engendré une radicalisation que l’on n’attendait pas. Il ne faut pas oublier qu’il y avait 13 détenus à Guantanamo qui sont tous originaires de Safi auxquels il faut ajouter l’auteur de l’attentat de l’Argana à Marrakech.
Les conserveries situées dans la partie sud de la ville étaient des industries que l’on peut appeler «industries de proximité» et y travailler ne demandait aucune spécialisation ni une formation particulière.
Les jeunes femmes arrivaient le matin devant une usine et étaient embauchées sur le champ pour un salaire hebdomadaire de 200 DH. C’était dans les années 60. Cette industrie de proximité a cessé. Et cela a donné naissance à une radicalisation islamiste rendue possible également après la «démission» des centrales syndicales et des partis politiques. La ville a donc vu se développer un point noir dans sa partie sud telle une gangrène en l’absence de projets socioéconomiques ou structurants.

- Estimez-vous que l’on a réagi tardivement face à cet état de fait?
-Oui, effectivement. C’est à ce moment-là qu’il fallait réfléchir aux conséquences et mettre en place un projet sociétal qui convienne et vienne en aide à ces populations surtout que la plupart sont venues de la campagne et s’étaient installées dans cette partie de la ville. Mais cela s’est développé même à la partie nord de la ville.
Safi s’est retrouvée avec pratiquement une seule activité, celle de la céramique. Mais l’on oublie que cette ville a toujours eu un lien étroit avec la mer.
C’est en tenant compte de cette relation qu’il fallait mener une réflexion de fond pour changer cette culture et réaménager la ville autrement. Plus que cela, la création de la région Abda-Doukkala n’a pas aidé à l’instauration de ce projet sociétal. Cela parce que Safi a toujours été rattachée à Marrakech et constituait en quelque sorte un débouché pour cette ville avec laquelle elle avait une connexion culturelle, politique et surtout économique et humaine.
Le retour, aujourd’hui, de Safi dans le giron de Marrakech va lui donner la possibilité d’une sérieuse relance socioéconomique. Mais pour ce faire, il faut développer et travailler sur une vision et une stratégie d’intégration à forte valeur ajoutée.

- Quelle sera votre contribution dans l’élaboration de cette vision?
- Le rôle de la Fondation Safi dans cette démarche, vu sa méthodologie de travail basée sur un pôle scientifique impliquant l’université, est de se pencher sur ce grand projet de développement de manière rationnelle.
En d’autres termes, nous devons être en mesure d’apporter des projets qui seront mis à la disposition des acteurs politiques, économiques, sociaux… Mais, auparavant, nous allons mener une première réflexion dans le but de définir, d’abord, ce que nous voulons pour Safi.
Nous estimons que cette ville est le pôle industriel de toute la région Marrakech. Elle dispose de deux grands ports, d’une centrale thermique, en plus des industries chimiques qui y sont installées. Ce sont là des atouts qui peuvent directement contribuer au développement de toute cette région, notamment sur le plan fiscal vu les recettes générées par ces activités.
Le grand port va aussi permettre de développer un hub pour l’offshoring et le commerce à destination des provinces du sud et des pays de l’Afrique subsaharienne. En plus d’une activité touristique par le biais des grands bateaux de croisière. La province de Safi dispose de 63 km2 de belles plages. Notre idée est de développer sur cet espace une ville verte.
Nous travaillons également, vu la nouvelle politique du Maroc en Afrique, sur l’idée d’une université et d’un centre d’études stratégiques africains qui seraient installés à Safi. Nous pensons également à un musée et une bibliothèque principalement dédiés à l’Afrique.
Un campus africain qui ne manquera pas de donner un nouveau souffle, non seulement à Safi, mais à toute la région.

Propos recueillis par Jamal Eddine HERRADI

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