Régions

Fès/Eclairage: El Azami paie la facture de Chabat

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5016 Le 04/05/2017 | Partager
Près de 253 millions de DH d’arriérés pour la Radeef
Un projet de convention rédigée en français rejeté
Le Plan d’actions communales pas encore prêt
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La Radeef a comptabilisé quelque 253 millions de DH d’arriérés communaux entre 2008 et 2016. Sans pouvoir justifier cette consommation, et contre toute attente, le maire PJD Driss El Azami El Idrissi a décidé de payer la facture de son prédécesseur Hamid Chabat. Mais, en aura-t-il les moyens? (Ph. YSA)

Ce qu’il faudra retenir de la session du conseil communal de Fès du mois de mai: les élus n’adoptent plus de conventions rédigées en français. C’est ce qui est arrivé au projet d’amendement du «cahier des clauses techniques particulières d’équipement en éclairage public».

Ecrite dans la langue de Molière, la convention de la Régie autonome de distribution d’eau et d’électricité de Fès (Radeef) a été tout simplement «rejetée» par la mairie de Fès, dirigée par la majorité absolue du maire PJD Driss El Azami El Idrissi. «Il faut la traduire en arabe et l’inscrire à l’ordre du jour de la session du mois d’octobre», a proposé Jaouad Hamdoun, président du groupe d’élus istiqlaliens.

C’était lors des travaux de l’assemblée communale, tenue le 2 mai dernier. L’objection du Parti de l’Istiqlal (PI) est retenue par l’équipe d’El Azami pour nombre d’arguments. D’abord le PI et le PJD partagent la même idéologie, du moins sur la question de l’arabisation.

Ensuite, étant donné que la Radeef dépend du ministère de l’Intérieur, lequel avait corrigé le maire de Fès sur la question de la mixité en février dernier, celui-ci s’impatientait pour renvoyer l’ascenseur au département de Abdelouafi Laftit. Maintenant, c’est chose faite. La Radeef doit rédiger les 42 pages de son cahier des charges en arabe. Autrement, son accord ne sera pas validé. Sur un autre registre, les «largesses» des élus devraient réjouir les services financiers de cet établissement.

En effet, la Régie n’a plus la capacité de s’endetter vu ses engagements ainsi que les contraintes du recouvrement des arriérés des administrations et des collectivités locales qui s’élèvent à plus de 650 millions de DH, soit près de la moitié de l’investissement prévisionnel du programme quinquennal 2015-2019 (1,4 milliard de DH). Cependant, afin de surmonter cette difficulté, les conseillers communaux sont appelés à la rescousse.

Ces derniers ont décidé de s’acquitter de près de 253 millions de DH d’arriérés. C’est ce qu’aurait consommer la commune de Fès, en eau et électricité, entre 2008 et 2016. Sans avoir les moyens de justifier et de contrôler cette consommation, le maire El Azami payera la facture de son prédécesseur, Hamid Chabat. Il le fera sur 12 ans, à compter de 2018, et à raison de 21 millions de DH/an. Mais, serait-il capable d’honorer cet engagement?

«Pas sûr», répondent des experts de la gouvernance locale. «Car, déjà les dépenses de la Ville sont très élevées et les ressources très limitées… aussi, l’actuel maire s’engage sur un remboursement jusqu’en 2029, alors que son mandat s’achève en 2021», ajoutent-ils. Aussi, comment la commune pourrait-elle dégager un excédent, financer les projets d’équipement, créer de la richesse, encourager l’investissement et fructifier les recettes, si elle se base, dans sa gestion, sur le paiement des dettes, arriérés et autres?

D’autre part, le maire veut «coincer» les délégataires afin d’optimiser les dépenses. A ce titre, El Azami a choisi un bureau d’audit pour évaluer les investissements réalisés (ou pas) par City bus. «Nous voulons savoir si la société qui gère le transport urbain s’est conformée au cahier des charges la liant avec la commune. Notre but étant d’améliorer la qualité de ce service», explique-t-il. Pour ce qui est du secteur du ramassage des ordures ménagères, Ozone Environnement et Services entend procéder à un changement d’engins de collecte, afin d’assurer une commodité de transfert des déchets vers la décharge.

En ce sens, le maire exige un investissement similaire pour le matériel introduit avec celui retiré. (Sic!) «Quel est le rapport entre la commodité et le prix du matériel?» s’interroge un élu de l’opposition. Et de conclure: «Une camionnette de collecte coûte beaucoup moins cher qu’un camion benne. Toutefois, celle-ci sera utile pour débarrasser les ruelles de la médina des ordures, ruelles qui sont inaccessibles par de gros engins».

D’anciens projets «maquillés»

LE nouveau Plan d’actions communales (PAC) de la mairie de Fès a été présenté, mardi dernier, lors de la session du mois de mai. Tant attendue, la feuille de route du maire PJD, Driss El Azami El Idrissi, contient toutefois des projets comme celui de la restauration de Kissariat El Kifah et la réhabilitation de maisons menaçant ruine ou encore un tramway ou un téléphérique, soit des projets anciens «maquillés» en guise de vision communale 2016-2021. En ce sens, El Azami précise «qu’il s’agit de tous les projets exécutés, en cours ou programmés». Notons enfin que le conseil communal a relégué le vote de son PAC au mois d’octobre. «Ceci, afin de le peaufiner, discuter ou introduire d’autres projets», souligne le maire.

De notre correspondant,
Youness SAAD ALAMI

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