Culture

Magistral Binebine à la galerie Abla Ababou

Par Aïda BOUAZZA | Edition N°:5014 Le 02/05/2017 | Partager
Le nouvel espace d’art a ouvert ses portes à Rabat
L’exposition inaugurale de l’artiste et écrivain se poursuit jusqu’au 27 août
Sculpture, peinture et dessin mais aussi littérature avec «Le fou du roi»
mahi_bin_bin_014.jpg

Le vernissage de l’exposition «Mémoire en mouvements» était l’occasion pour l’écrivain de signer son dernier ouvrage «Le fou du roi» (Ph. Bziouat)

Il n’avait plus exposé individuellement à Rabat depuis 1997 lorsqu’il présentait ses œuvres à Bab Rouah. Et c’est à la Galerie Abla Ababou que Mahi Binebine, l’un des plus grands noms de l’art marocain, a signé son grand retour. Un double évènement, car l’exposition de l’artiste inaugure un nouvel espace dédié à la création signée Abla Ababou, journaliste, romancière et passionnée d’art.

«Bien que mon parcours puisse sembler spécial, il reste très logique. Le fait d’avoir été journaliste et connu et  pénétré les ateliers d’artistes ont fait que j’ai attrapé le virus. C’était un rêve, une passion», explique Abla Ababou qui avait déjà ouvert une galerie d’art en 2010 avec le designer Jamil Bennani.

Nichée en plein quartier Souissi, avenue Mehdi Benbarka, cette galerie vient renforcer l’image de «Rabat ville lumière, capitale marocaine de la culture». Avec une architecture épurée, une lumière muséale et près de 5 mètres de hauteur de plafond, l’endroit de plus de 200 mètres carrés se prête à toutes les manifestations culturelles.

Artistes, acteurs du monde culturel, personnalités politiques et collectionneurs ont fait le déplacement pour découvrir la Galerie Abla Ababou qui en plus d’accueillir l’exposition «Mémoire en mouvements», a également abrité une signature du dernier ouvrage de Mahi Binebine. «Le fou du roi», un récit truffé d’anecdotes qui plonge le lecteur dans l’intimité de feu le roi Hassan II et dans les alcôves du pouvoir.

Intitulée «Mémoire en mouvements», l’exposition de Mahi Binebine est à découvrir jusqu’au 27 août. Les œuvres monumentales de l’artiste, dont un quadriptyque de 8 mètres de long sur 2 mètres 60, ainsi que plusieurs sculptures, font écho à son dernier ouvrage. «Le fou du roi se veut comme une réconciliation. J’y ai donné la parole à mon père avec lequel je me suis fâché pendant plus de 15 ans. Ce livre autobiographique raconte son histoire en tant que bouffon du roi pendant 35 ans, et celle de mon frère qui avait participé à la tentative du coup d’Etat de Skhirat à la suite de laquelle il a passé 18 ans au bagne de Tazmamart», précise l’écrivain qui confie avoir souvent pris le parti de son frère.

homme-valise_014.jpg

Les visiteurs ont également eu l’occasion d’admirer la sculpture «Migrant» présentant un «homme-valise» mais aussi le nouveau travail sur papier de Mahi Binebine réalisé avec du goudron et de la peinture à l’huile, présenté pour la première fois (Ph. Bziouat)

Bien que l’on retrouve de moins en moins la thématique de l’enfermement, celle-ci demeure encore fortement présente au sein de son œuvre, moins sombre et invitant plus de couleurs, mais dénonçant toujours l’enfermement et l’absence de liberté. La tragédie humaine qui a fait sa signature se lit à travers les silhouettes en partance, les corps recroquevillés sur eux-mêmes, les échines courbées et les hommes piétinés.

Ce dernier livre se veut comme une délivrance, une réconciliation pour l’écrivain. «Je me sens en paix maintenant. Mes travaux à venir seront plus apaisés, moins violents, moins oppressants. Ça y est, j’ai tourné la page. Il ne faut pas la déchirer. Juste la tourner. C’est notre histoire, il ne faut pas l’occulter», note Mahi Binebine.

L’artiste qui travaille beaucoup avec la cire d’abeille et des pigments qui donnent un effet de transparence, explore aussi de nouvelles techniques en travaillant sur du papier avec du goudron et de la peinture à huile, un nouveau travail montré pour la première fois à la Galerie Abla Ababou. Il présente également trois œuvres avec une nouvelle technique expérimentale qui consiste à découper ses personnages au laser, et dans lesquelles il intègre un subtil jeu de lumière.

Les œuvres de l’immense artiste qui n’est plus à présenter, qui a exposé à Paris, Sao Paolo, Londres, Moscou, Beyrouth… font partie de collections publiques internationales notamment celle du Guggenheim Museum à New York ou de la Deutsche Bank. Elles ont également intégré des collections nationales comme le musée de Bank Al-Maghrib, la CDG, Attijariwafa bank… Depuis 2002, il vit et travaille à Marrakech. Son atelier se trouve à Tahanaout.

Dans le cadre de sa programmation, la galerie accueillera des artistes marocains mais aussi étrangers. La scène émergente aura également sa place au sein de cet espace qui au-delà de proposer des expositions de peintures, sculptures, photographies, vidéos installations et design abritera des conférences, des projections de films et signatures de livres. Avec un esprit concept store, un espace sera uniquement dédié à l’objet d’art.

 

 

Retrouvez dans la même rubrique

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc