Economie

Cour des comptes/Fès: La santé de 2 millions de personnes menacée

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5010 Le 25/04/2017 | Partager
Jusqu’à 7 mois d’attente pour recevoir les malades au CHR
A défaut de plans de financement, les projets reportés d’année en année
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Délais trop longs, insuffisance du personnel, absence de stratégie… Le centre hospitalier régional de Fès-Boulemane baigne dans les carences (Ph YSA) (Les visages ont été modifiés)

La Cour des comptes a ouvert le dossier médical du malade «Fès-Boulemane» en s’intéressant au centre hospitalier régional (CHR). Ce service géré de manière autonome, relevant du ministère de la Santé est constitué de deux hôpitaux et d’un centre régional de transfusion sanguine, et qui dessert une population de près de 2 millions d’habitants selon le recensement général de la population et de l’habitat de 2014.

Doté de ressources financières propres, le CHR de Fès-Boulemane souffre de carences en matière de planification stratégique et de programmation. Sur cet aspect, la Cour a relevé l’absence des projets d’établissements hospitaliers (PEH) dûment approuvés et des budgets programmes y afférents au niveau de tous les centres hospitaliers contrôlés.

En effet, le projet d’établissement hospitalier tel que défini à l’article huit du décret n°2.06.656 du 13 avril 2007 relatif à l’organisation hospitalière est un outil de gestion stratégique qui définit aussi bien les objectifs généraux de l’établissement en matière médicale, paramédicale et de formation, ainsi qu’en matière de gestion, de système d’information, et des moyens permettant leur réalisation.

A sa lumière, il est établi un budget programme pluriannuel fixant les objectifs à atteindre, les moyens alloués et les résultats escomptés. Cependant, en l’absence de ce document stratégique, le CHR de Fès-Boulemane a établi deux programmes d’action pour les périodes 2008 à 2012 et 2013 à 2016. Ces deux programmes, et à défaut de plans de financement des projets et d’indicateurs de mesure des effets attendus, sont reconduits d’année en année sans une concrétisation réelle.

Il a été constaté qu’on n’a pas mis en œuvre les structures de concertation et d’appui qui constituent des éléments importants dans le système de gouvernance hospitalière au niveau de tous les centres hospitaliers, objets du contrôle. Et ce, du fait que certaines parmi ces structures n’ont pas été instituées, ou qu’elles étaient créées tardivement, ou bien à cause de l’irrégularité de leurs réunions et du manque de suivi de leurs décisions adoptées.

«Il convient de noter que ces structures ont été créées en vertu du décret relatif à l’organisation hospitalière susmentionné, et que leurs attributions, leur organisation et leurs modes de fonctionnement ont été définis par l’arrêté du ministre de la Santé n°456/11 du 06 juillet 2010», souligne le rapport.

En outre, au niveau de l’hôpital Ibn Al Khattib de Fès (connu sous le nom de l’hôpital Cocar), l’examen du fonctionnement de l’application de gestion des rendez-vous (Mawiidi) a révélé des lacunes de sécurité liées à l’absence d’octroi d’habilitation et de définition de leurs niveaux. En effet il a relevé des opérations de modification des listes de rendez-vous par retrait des noms de certains patients et leurs remplacements par d’autres.

Cette application souffre, en outre, de l’absence d’interfaçage avec l’application de facturation «dimbaf», ainsi que de l’absence de confirmation systématique des examens effectués, en plus d’insuffisances en matière d’édition des situations récapitulatives des rendez-vous donnés et des prestations réalisées. D’autre part, concernant les délais au niveau du même hôpital, certaines spécialités telles que la chirurgie générale, l’endocrinologie ou la dermatologie enregistrent des délais de rendez-vous moyens de quatre à sept mois.

Pour rappel, l’hôpital Ibn Al Khattib ne regorge pas que des problèmes de gestion de délais. Cet établissement avait été envahi par les rats en mai 2004 (cf. L’Economiste Edition N° 1772 Le 20/05/2004). De même, au niveau de l’hôpital Ibn Al Baitar, outre les délais de rendez-vous longs (six mois pour la rhumatologie et quatre mois pour la neurologie), la Cour des comptes a constaté l’absence d’une base de données des rendez-vous pour la période 2010-2014. Cette dernière n’a été constituée qu’en juin 2015.

Les départs à la retraite ne sont pas remplacés

Les enquêteurs de la Cour des comptes ont constaté une insuffisance au niveau du personnel paramédical. «Ce qui ne permet pas aux établissements hospitaliers contrôlés de répondre aux normes définies par arrêté du ministère de la Santé dans ce domaine», expliquent-ils. A noter que ledit arrêté préconise qu’un infirmier diplômé d’état et un assistant doivent être mis à disposition pour chaque dizaine de patients hospitalisés. A titre d’exemple, ce taux se situe, au niveau du CHR de Fès, entre 10 et 20 malades par infirmier pendant la journée, et entre 20 et 60 malades pendant la nuit. «Il est à signaler que cette insuffisance est due aux départs à la retraite par limite d’âge ou par anticipation, mais également au changement de statut d’un grand nombre d’infirmiers au profit du statut d’administrateurs.

 

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