Economie

Cour des comptes: A Meknès, même les vétérinaires fuient les abattoirs!

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5010 Le 25/04/2017 | Partager
Des conditions de salubrité indignes de la ville qui abrite le SIAM
Lorsque des chambres froides existent, comme à El Hajeb, elles ne sont pas exploitées
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Les abattoirs de Sefrou, Meknès et El Hajeb ne respectent pas les normes d’hygiène, ni la chaîne de froid, ni le bon transport. Ils s'apparentent plus à des établissements d'abattage clandestin (Ph. L'Economiste)

S’intéresser à la gestion des abattoirs était une mission assez originale pour la Cour régionale des comptes de la région de Fès-Meknès. Celle-ci a réalisé, en 2015, des missions de contrôle portant notamment sur les abattoirs communaux de Meknès, El Hajeb et Sefrou. Sans surprise, plusieurs insuffisances ont été soulevées en matière du respect des spécifications et des normes de sécurité sanitaire et des règles d’hygiène.

Puisqu’une bonne partie des abattoirs communaux souffrent d’une gestion anarchique. Encore, faudrait-il souligner que l’abattage clandestin domine au niveau de plusieurs communes. En tout cas, les abattoirs de Meknès, Sefrou et El Hajeb sont gérés directement par les collectivités territoriales.

«Il s’agit d’anciennes constructions avec des salles d’abattage, des écuries, des halls de vente, des salles de saisies, des dépôts, des locaux de nettoyage et marinage des tripes, un parc pour l’entretien et des pavillons», décrivent les enquêteurs dans leur rapport. Et d’attester «l’absence de mesures permettant d’organiser le travail et de clarifier les responsabilités, ce qui influence négativement la qualité des prestations et les opérations de recouvrement des taxes d’abattage».

En plus de la non-affectation des ressources humaines suffisantes à leur gestion. «L’état actuel des abattoirs ne répond plus aux normes reconnues à l’échelon international», souligne le rapport. En détail, les remarques les plus accablantes se réfèrent à l’inadéquation des emplacements de ces bâtiments, généralement situés dans des zones résidentielles, causant ainsi des préjudices liés aux rejets liquides et solides et aux odeurs nauséabondes, l’absence d’un dispositif adéquat de traitement des rejets liquides et solides de l’abattage, qui, sans être traités, se déversent directement dans le réseau d’assainissement et les lieux publics, ou encore le non-respect des normes sanitaires et d’hygiène de la salle d’abattage, prévues à l’article 32 du décret n°2.10.473. A Meknès, à titre d’exemple, les enquêteurs évoquent une «vétusté avancée» des bâtiments et des équipements de l’abattoir communal.

Techniquement, ces bâtiments ne sont pas protégés contre l’intrusion des étrangers, des fuites et des interruptions fréquentes de l’eau. On y a soulevé la détérioration du réseau d’assainissement, ainsi que la non maîtrise de la consommation de l’eau et de l’électricité. Voilà pour ce résumé l’état des infrastructures.
S’agissant des opérations d’abattage, les anomalies sont nombreuses.

Outre la non-tenue de dossiers administratifs relatifs aux chevillards, l’on a remarqué l’absence d’examen ante-mortem, et des moyens de destruction des viandes et abats impropres à la consommation. Aussi, les ouvriers de ces abattoirs ne profitent d’aucun contrôle et suivi médical. D’autre part, les animaux ne sont pas identifiés. A telle enseigne qu’au niveau de l’abattoir de Meknès, l’on a soulevé une abstention du médecin vétérinaire d’inspecter les viandes préparées, pourtant indispensable à la garantie de leur salubrité. Ceci à cause de l’absence de conditions convenables à l’exercice de l’examen par le médecin vétérinaire, due à l’anarchie observée au niveau de l’abattoir lors de l’examen «post mortem», et la pression exercée par les chevillards sur le vétérinaire.

De même, des insuffisances ont été soulevées au niveau des conditions sanitaires et d’hygiène, dont l’absence de programme d’autocontrôle relatif à la situation générale d’hygiène, de lutte contre les rongeurs ou autres facteurs polluants extérieurs, et de local servant à déposer les produits d’hygiène, séparés des lieux de circulation et de stockage des viandes. Il a été constaté aussi que la découpe de la viande par certains grossistes, se fait en l’absence d’agrément sanitaire. Ces derniers procèdent par la même occasion au désossage, et au jet des restes dans une aire à l’intérieur de l’abattoir ainsi qu’au transport des viandes dans des sacs impropres.

Par ailleurs, si l’abattoir de Meknès ne respecte pas les conditions convenables de réfrigération et de ressuyage des viandes, dans celui d’El Hajeb, on n’exploite pas la seule chambre froide, sous prétexte qu’elle n’est pas équipée de générateur électrique, d’où la livraison directe aux bouchers. Pareil pour Sefrou, où les deux chambres froides, pour entreposer les viandes et les ressuyer, ne fonctionnent pas convenablement, du fait qu’elles ne sont pas séparées des lieux non réfrigérés, et ne sont pas équipées d’un appareil étalonné, qui mesure de manière continue la température et l’humidité réelles…

Transport des viandes et taxes

Si le service de transport des viandes à Meknès est exploité au terme d’un contrat de concession non actualisé (conclu en 1996), au niveau des abattoirs d’El Hajeb et Sefrou, ce service n’est pas assuré. Les bouchers utilisent ainsi des moyens personnels qui ne répondent pas aux conditions d’hygiène et de réfrigération. Enfin, pour ce qui est de la récupération des taxes d’abattage, chaque commune fait sa loi. A Sefrou, le rapport soulève l’absence de mesures qui visent l’amélioration des recettes de l’abattoir et la non-soumission du quittancier relatif aux taxes d’abattage au contrôle règlementaire, outre l’insuffisance de la tenue du registre de contrôle relatif aux taxes d’abattage. A Meknès, on ne se soucie pas du recouvrement de certains droits et taxes d’occupation des locaux exploités dans le marinage des tripes. Idem pour la taxe sur les produits saisis impropres à la consommation, et la taxe d’abattage exceptionnel (hors horaires normaux).

 

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