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Economie

Le mémorandum choc de la Banque mondiale: Pour traiter l’école, il faudra un miracle!

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5008 Le 21/04/2017 | Partager
Corruption et détournements de fonds, causes de la débâcle du système!
Notre école, parmi les plus inégalitaires au monde
La mixité sociale en voie de disparition
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Les élèves marocains pourraient améliorer leur score dans l’enquête internationale TIMSS de 53 points, pour le même montant de dépense publique par élève, si la gestion du budget s’améliorait, selon le FMI. Le Fonds insiste surtout sur une meilleure allocation des dépenses et un moindre détournement de fonds publics  

Des jeunes peu qualifiés et contraints d’enchaîner les petits boulots, souvent précaires. Voilà à quoi ressemble le quotidien d’une large frange de la jeunesse marocaine. Les 2/3 des jeunes de 20 ans au Maroc (près de 400.000, sur un total de 600.000) n’ont pas obtenu le baccalauréat, selon la Banque mondiale. Ils sont ainsi condamnés à rester sous-qualifiés et sans réelle chance d’accéder à des emplois de qualité.

Sur les 200.000 autres ayant obtenu le bac, seulement 50.000 pourront intégrer des formations leur procurant des opportunités qui répondent à leurs attentes. Par ailleurs, uniquement 10.000, soit 2% de la tranche des 20 ans, décrocheront des diplômes très qualifiants leur ouvrant grandes les portes du marché du travail. Triste constat. Pour la Banque mondiale, le Maroc a besoin d’un véritable «miracle éducatif»!

Cette jeunesse doit son malheur à un tissu économique faiblement créateur d’emplois, mais également à un système éducatif très peu qualifiant et fortement inégalitaire. En effet, d’après l’institution, le système éducatif marocain fait partie des plus inégalitaires au monde. Les résultats des enquêtes PIRLS et TIMSS évaluant les acquis des élèves en lecture et en sciences le montrent clairement.

Le groupe des 10% les plus performants obtiennent des scores 2,5 fois plus importants que ceux des 10% les moins bons, alors que la moyenne internationale se situe à 1,5. L’institution parle d’une «véritable fracture scolaire» au Maroc. «Les jeunes Marocains vivent désormais dans des mondes éducatifs parallèles et délimités par la capacité financière de leur famille», fustige-t-elle. L’école, au lieu d’être un ascenseur social, tend à «reproduire les inégalités, en fonction de l’origine socio-économique des parents». A titre d’exemple, «les chances d’un fils d’ouvrier de devenir employeur non agricole sont seulement de 1,9%».  

Les classes moyennes à aisées sont de plus en plus nombreuses à inscrire leurs enfants dans des systèmes privés jugés plus performants. A Casablanca, par exemple, la part des élèves scolarisés dans le privé frise les 25%, selon l’Education nationale. Or, tous les pays ayant réussi à relever le niveau de leur capital humain, tels que la Corée du Sud, Singapour ou la Finlande, se sont appuyés sur un primaire de qualité pour tous, presque à 100% public. Equité et qualité vont ainsi de pair pour redresser la barre. Le Maroc n’a pas encore réussi à intégrer et à combiner ces deux ingrédients, et il continue de le payer très cher.

Les facteurs de déchéance

Les causes ayant mené à la déchéance du système d’enseignement ont fait couler beaucoup d’encre. Pour le FMI, la corruption, le manque d’éthique et le détournement de fonds publics se placent en première position des déterminants de l’inefficience du système, notamment en matière de dépenses. Une conclusion inattendue (ou presque), mais qui fait mal! Viennent ensuite la formation et les rémunérations des enseignants.

La Banque mondiale, pour sa part, relève trois facteurs majeurs qui interviennent de manière «matricielle», et qu’il faudrait traiter «à la racine». Autrement, toute réforme serait tout simplement inopérante. Il s’agit de la qualité des enseignements, de la gouvernance et de l’environnement social des élèves. Si ces trois aspects sont résolus, tout autre obstacle serait tout à fait surmontable.

Les deux premiers sont intimement liés aux enseignants. Dans les pays les plus performants, l’on recrute des profils parmi les meilleurs lauréats de l’enseignement supérieur (les 5% meilleurs en Corée du Sud, 10% en Finlande). Les candidats sont choisis en fonction de leurs compétences académiques, ainsi que sur la base de leurs aptitudes psychologiques et comportementales. Avant leur confirmation, ils suivent une période d’essai et se soumettent à une évaluation rigoureuse. Ils sont ensuite encadrés pendant plusieurs années et jouissent d’un plan de développement professionnel tout au long de leur carrière. Leur salaire est attractif et leur statut social est valorisé.

Au Maroc, le processus contraste avec toutes les bonnes pratiques! L’on embauche les enseignants parmi les vagues de licenciés de l’université, dont la formation souffre de plusieurs lacunes, ou parmi les diplômés chômeurs, qui choisissent l’enseignement par défaut et non par vocation. Beaucoup sont intégrés sans formation préalable, tandis que d’autres suivent une formation en mode «cocotte minute» dans les Centres régionaux de l’Education nationale (CRMEF).

Leur évaluation fait également défaut. Le métier, moyennement rémunéré et peu valorisé, n’attire certainement pas les meilleurs. Durant l’enquête de la Banque mondiale, la majorité des enseignants rencontrés n’ont pas suivi de formation durant les dix dernières années! Peu compétents, les profs ont du mal à appliquer les différentes réformes concoctées par l’Education nationale. Toutefois, ce n’est pas là leur seul défaut. La majorité est démotivée.

Face au manque de soutien et d’encouragement, même les plus engagés finissent par baisser les bras. Les conséquences en sont désastreuses: indifférence face aux élèves en difficulté, absentéisme, mauvaise gestion du temps en classe, absence de communication avec les parents, recours à la violence verbale et physique, marchandisation des notes,… et la liste est encore longue.

L’environnement social des élèves est également déterminant. Les enfants issus de milieux démunis ne pratiquent pas d’activités parascolaires, ne sont pas suffisamment exposés aux langues étrangères et à la culture. Ils ne bénéficient que rarement de cours de soutien, de transport ou de santé scolaire… Cela se répercute, in fine, sur leur estime et leur confiance en soi.

«Les effets sont d’autant plus pénalisants qu’ils sont partagés par une grande proportion d’élèves au sein d’une même classe. Le recul de la mixité sociale dans l’école publique crée des effets de pairs, qui se traduisent par des influences négatives parmi les enfants en difficulté», souligne le mémorandum de la Banque mondiale. Dans une école accueillant une majorité d’élèves issus de milieux difficiles, les enfants ont moins d’exemples de réussite et de sources d’inspiration.
Transcender toutes ces contraintes relèverait, effectivement, du miracle. Cependant, d’autres pays y sont arrivés. Pourquoi pas nous?

30 ans pour atteindre  le niveau de la Turquie

La mise à niveau du système d’enseignement au Maroc ne s’opèrera pas du jour au lendemain. Les experts de la Banque mondiale ont fait le calcul. Les pays ayant réussi à progresser dans le classement des enquêtes internationales évaluant le niveau des élèves (TIMSS, PIRLS, PISA), ont amélioré, chaque année, leurs scores de 4 points. Si le Maroc s’inscrit dans une dynamique de réforme similaire, il lui faudra 30 ans pour à peine atteindre le niveau actuel de la Turquie.

 

 

 

 

 

 

 

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