Economie

Le mémorandum choc de la Banque mondiale: Mais où est donc passé l'investissement privé?

Par Franck FAGNON | Edition N°:5008 Le 21/04/2017 | Partager
31% du PIB investi par an depuis 2000
Mais les opérateurs privés contribuent faiblement à cet effort
Taux d'emploi des 25-35 ans: 48% au Maroc contre 65% en moyenne dans les économies émergentes
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Malgré un effort d'investissement colossal, le Maroc enregistre une croissance relativement faible pour opérer un décollage économique. Le mauvais ciblage des investissements entre autres, constitue l'une des tares de l'économie. Excepté la Chine, le Maroc investit plus qu'à leur époque les pays qui ont accompli des miracles économiques. L'effort d'investissement du pays génère peu de gains de productivité

L'effort d'investissement du Maroc depuis les années 2000 est colossal, en moyenne 31% du PIB et est comparable à celui des pays qui ont accompli des miracles économiques. Mais contrairement à ces derniers, le résultat final est en dessous des espérances. «Les gains de croissance obtenus dans les années 2000 sont relativement modestes au regard de l'accélération du rythme d'accumulation du capital», constate la Banque mondiale.

Avec des taux d'investissement sensiblement inférieurs à celui du Maroc, des pays comme la Turquie ou la Colombie ont enregistré une croissance similaire. Ceux qui fournissent le même effort que le Royaume voit leur économie progresser plus vite. «Le modèle de croissance marocain est gourmand en capital et génère peu de gains de productivité.

Malgré les réformes structurelles engagées, l'économie ne parvient pas à gagner significativement en efficience», déduisent les rédacteurs du rapport. L'inadéquation entre l'effort d'investissement et la croissance du PIB se justifie en partie par le niveau de développement du pays. Le Maroc investit massivement dans des infrastructures qui ont vocation à produire des résultats sur le long terme. D'un autre côté, il faudrait que le secteur privé prenne le relais pour rentabiliser les investissements publics. Or, nous ne sommes pas forcément dans cette dynamique.

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Le PIB par habitant de la Corée du Sud s'est fortement décalé de celui au Maroc alors qu'il était proche dans les années 1960. Les deux économies ne jouent plus dans la même catégorie. A la sortie de la guerre au milieu des années 1950, la Corée du Sud a massivement investi dans les exportations et l'éducation pour se reconstruire. Les résultats sont probants

Ceci dit, l'on peut reprocher aux différents gouvernements la pertinence du choix et la priorité accordée à certains investissements. Les choix ne sont toutefois  pas les meilleurs et l'Etat reconnaît en partie ses défauts: nous allons continuer à investir, mais mieux. Un travail en cours avec la Banque mondiale (Public Investment Management) est censé permettre d'améliorer le choix et le ciblage de l'investissement.

Moins de la moitié de la population en âge de travailler

contribue effectivement à la création de richesse.

Le Maroc pourrait tirer des leçons du modèle sud-coréen. Alors que le PIB par habitant dans les deux pays s'équivalaient dans les années 1960, les deux économies ne jouent plus dans la même catégorie soixante ans plus tard. A plus de 27.000 dollars, le PIB par tête en Corée du Sud représente dix fois le PIB de chaque Marocain. La différence entre les deux économies vient en partie des choix opérés. A la sortie de la guerre, la Corée du Sud a massivement investi dans les exportations et l'éducation pour se reconstruire.

Aujourd'hui, c'est l'une des économies les plus innovantes avec des fleurons tels que Samsung. Le pays figure régulièrement en tête de peloton dans le classement PISA qui mesure la qualité du système éducatif. Le Maroc y fera son apparition en 2018, mais dans d'autres classements, il est loin d'être bien loti notamment dans le TIMSS qui évalue la maîtrise des sciences et des mathématiques. Là encore, des pays comme Singapour ou encore la Corée du Sud dominent le classement. La faible efficacité du système éducatif a des conséquences sur les individus eux-mêmes mais compromet aussi la croissance économique à long terme.

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Le Marocain est moins riche que le Jordanien et le Tunisien en raison d'un capital immatériel plus faible. Celui-ci représente 65% de la richesse du Maroc et a baissé de 5 points par rapport au début des années 2000. Il faudra stopper cette tendance baissière pour converger vers la richesse des pays plus avancés

Cela se voit aujourd'hui. La capacité d'adaptation des mentalités au rythme frénétique du changement économique est limitée. L'inefficacité du système éducatif aboutit à l'émergence des Neet's notamment. Par ailleurs, il fournit des profils peu adaptés aux besoins du marché. Il y a des poches d'excellence dans le système, mais les lauréats n'arrivent pas à s'insérer en raison de la difficulté de l'économie à se réformer rapidement. Moins de la moitié de la population en âge de travailler contribue effectivement à la création de richesse.

Le taux d'emploi se limite à 43%. Les jeunes surtout ont du mal à trouver leur place. Le taux d'emploi des 25 à 35 ans se situe à 48% contre 65% en moyenne dans les économies émergentes. «La croissance marocaine est pénalisée par la difficulté de l'économie à mobiliser les ressources disponibles, en particulier les jeunes et les femmes, et à réallouer le travail rapidement entre secteurs à des fins d'efficience», analyse la Banque mondiale.

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