Politique

Programme du gouvernement: Le débat parlementaire démarre lundi

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5008 Le 21/04/2017 | Partager
Beaucoup d'intentions mais pas encore le vif du sujet
Réponse et vote de confiance mercredi à la Chambre des représentants
Les syndicats affûtent leurs armes

Saâdeddine El Othmani a assuré son exercice constitutionnel de présentation du programme gouvernemental  dans un exposé de plus de 2 heures. Le chef de gouvernement joue sur du velours, appuyé en cela par une majorité de six partis avec 240  sièges sur les 395 que compte la Chambre des représentants (PJD, RNI-UC, MP, USFP et le PPS).

A moins d’un coup de théâtre de dernière minute, le vote de confiance de la Chambre des représentants, prévu mercredi prochain, après un débat lundi chez les députés et mardi chez les conseillers, sera obtenu. Les contestataires dans les rangs du PJD, plus actifs sur les réseaux sociaux que dans la réalité, sont rentrés dans les rangs.  Le seul parti qui pourrait tenir tête au chef du gouvernement reste le PAM.

Le chef de son groupe parlementaire à la Chambre des conseillers, Aziz Benazouz, manifeste une profonde déception: «le programme gouvernemental manque de plans d’action et de mesures pratiques pour relever les défis  qu’affronte le pays, particulièrement sur les volets économique et social». Ses craintes?  Que Saâdeddine El Othmani reproduise les mêmes erreurs que le précédent chef de gouvernement «en maintenant l’austérité, augmentant l’endettement et affaiblissant les secteurs sociaux». L’autre formation en dehors de la majorité, l’Istiqlal, est neutralisée puisque son Conseil national a opté pour le soutien du gouvernement.

La déception est également perceptible chez les centrales syndicales (à l’exception de l’UNMT du PJD) avec cependant peu de marges de manœuvre si ce n'est d'appeler à descendre dans la rue si le dialogue social s'enlise. De toutes manières, la constitution n’a pas prévu de vote de confiance à la Chambre des conseillers, un droit réservé aux seuls députés. Pour les centrales, des trous sont d'ores et déjà perceptibles dans la déclaration gouvernementale.

Le secrétaire général de la FDT Abdelhamid Fatihi a relevé l’absence du pouvoir d’achat dans le programme. «Il n’y a ni augmentation des salaires, ni réduction de l’IR ou des charges sociales, surtout lorsqu’on sait que le pouvoir d’achat a été malmené au cours des 5 dernières années», affirme un autre syndicaliste. Pour ce dernier, l’exposé d’El Othmani est plein de bonnes intentions mais sans contenu. «Il y a un manque flagrant de  chiffres crédibles, particulièrement dans le domaine social, comme lorsque le chef de gouvernement annonce que la couverture sociale est actuellement de 60% et qu'il compte la porter à 90%», dit-il.

De son côté, le groupe parlementaire de la CGEM n’a pas encore arrêté sa position même si l'un de ses membres, Abdelilah Hifdi, affirme rester sur une impression positive.  «C’est le cas de l’annonce de la refonte du Code de travail, du démarrage des discussions sur la loi sur la grève, les délais de paiements,…autant de dossiers qui montrent que le chef du gouvernement a pris en compte les propositions de la CGEM» confie à L'Economiste Hifdi qui souhaite la redynamisation de la plateforme patronat-gouvernement, avec 5 commissions, développée au cours de la première période de Benkirane et vite abandonnée. 

Le comité de coordination du groupe CGEM doit en principe arrêter une position définitive dans une réunion ce vendredi. Supervisée par la présidente, Miriem Bensalah-Chaqroun, cette rencontre devra constituer la matière première de l’intervention du groupe parlementaire du patronat à la Chambre des conseillers.

■ Un taux de chômage à 8,5%
Sans préciser comment y arriver, le chef de gouvernement a fixé un cap: réduire le taux de chômage à 8,5% contre 9,5% actuellement. El Othmani fait un vœu mais sans dire comment il parviendra à atteindre ce cap.
D'autres indicateurs portent, à l'horizon 2021, sur: un taux de croissance entre 4,5 et 5,5%,  un déficit budgétaire à 3% , et un endettement inférieur à 60% (contre 64% actuellement) et une inflation moins de 2%.

■ Doing Business
Le gouvernement compte «augmenter le niveau de compétitivité de l’économie et poursuivre l’amélioration du climat des affaires. Le but est d’entrer dans le groupe des 50 premières économies internationales au niveau du Doing Business à l’horizon 2021». Rien que cela. Afin d’y parvenir, il prévoit  d’accélérer la transformation structurelle de l’économie, via plusieurs leviers. Outre l’agriculture, un focus sera fait sur l’industrie pour atteindre les objectifs fixés sur le plan de l’accélération industrielle à l’horizon 2020.
■ Des aides pour les PME/TPE
Une incitation financière pour les nouvelles entreprises industrielles et les PME investissant dans les nouveaux secteurs est prévue ainsi qu'un soutien en faveur des TPE . Le but est d’augmenter leurs capacités de compétitivité, à travers l’accompagnement de 20.000 entreprises dont 500 leaders. Idem pour l’accompagnement de 100.000 auto-entrepreneurs, l'idée étant de les sortir de l'informel.

■ Réforme de l'investissement
Le gouvernement compte mettre en œuvre le plan de réforme de l’investissement qui prévoit l’octroi de l’exonération totale pendant les cinq premières années aux entreprises industrielles nouvellement constituées. Le statut de zone franche sera accordé aux grandes industries exportatrices hors des zones franches, comme le statut d’exportateur indirect étendu aux sous-traitants. Au niveau des services, El Othmani promet de «placer le secteur du tourisme au centre de l’équation du développement économique» et pour les TI  d'accélérer  une stratégie qui avait été particulièrement critiquée par la Cour des comptes, à savoir Maroc numérique 2020.

■ Santé de base: Généralisation de l’accès
Sur le plan du développement humain, le gouvernement cible des indicateurs à l’horizon 2021. C’est le cas de la réduction de l’analphabétisme qui devra passer à 20% contre 30 actuellement.  L’accès aux services de santé de base est de 60%. El Othmani donne l’impression de rêver lorsqu’il affirme qu’il veut le porter à 100%. Idem pour la réduction du taux de décès des enfants qui est actuellement de 27‰ et que le gouvernement veut porter à 20‰.

■ Un plan pour le monde rural
Le développement rural a la cote. Le gouvernement compte mettre en œuvre le programme de réduction des inégalités sociales et spatiales. Une affaire de 50 milliards de DH pour la période entre 2017 et 2022. Pour l’heure, il s’agira d’élaborer un plan national de réalisation du programme, basé sur le partenariat entre les différents ministères et les établissements concernés.

■ Bonne gouvernance
Le gouvernement compte mettre en œuvre la stratégie nationale de lutte contre la corruption élaborée par l’exécutif sortant. El Othmani veut améliorer le classement du Maroc dans l’indice de perception de la corruption. Comment y arrivera-t-il là où son prédecesseur a lamentablement échoué?

■ Finances publiques
Pour le chef du gouvernement, la réforme des finances publiques et la rationalisation des dépenses passent par la mise en œuvre de la loi organique des finances, entrée en vigueur depuis l’année dernière. Sur l'éternel chantier de la réforme fiscale, El Othmani compte poursuivre «l'amélioration du recouvrement, la simplification des procédures,  l’élargissement de l’assiette fiscale, le civisme et la lutte contre la fraude». Charité bien ordonnée commence par soi-même, encore faut-il que les ministères, les établissements publics et les collectivités territoriales s'engagent à respecter les délais de paiement!

Décompensation: Courage, courage... politique

L’autre dossier qui soulève les passions et provoque des peurs dans les milieux politiques est incontestablement la décompensation des autres produits subventionnés que sont la farine, le sucre et le gaz butane. Une réforme qui aura besoin d'une bonne dose de courage politique. Pour l’heure, le gouvernement rappelle qu’aucun scénario n’est arrêté. «L’argent dégagé de cette opération sera réorienté vers le renforcement des secteurs sociaux» soutient El Othmani. Dans cette opération, il est relayé par Mustapha El Khalfi, qui inaugure là son grand retour de porte-parole du gouvernement et qui considère que «le but de cette décompensation est d’augmenter le financement des politiques sociales et pérenniser le Fonds de solidarité social».  Même si ce dispositif de désengagement de l’Etat va soulager les finances publiques, il inquiète  les centrales syndicales. «C’est une bombe à retardement, même pour la classe moyenne. Surtout qu’il n’y a pas d’alternative à cette décompensation», avertit le patron de la FDT qui est également membre du bureau politique de l’USFP... formation faisant partie du gouvernement!

 

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