Dossier Spécial

Que faut-il changer à l’enseignement de l’économie

Par Abashi SHAMAMBA | Edition N°:5007 Le 20/04/2017 | Partager

■ Pr Rachid Mrabet, directeur de l’Ecole doctorale de l’ISCAE
L’économie, c’est à la fois un type d’activité humaine (production, échange et consommation) et une science dont l’objet est cette activité (la science économique). La discipline économie ne dit pas ce qu’il faut penser, mais comment on doit le faire de manière scientifique et raisonnable. Elle part des questions essentielles de l’économie contemporaine – le chômage, la prospérité, l’environnement… – et mobilise des outils pour comprendre.
Ce qui est vrai c’est qu’il y a un décalage entre  le contenu des cours de sciences économiques et le monde de l’économie réelle. Sans vouloir le justifier, on peut évoquer deux raisons pour l’expliquer. D’abord, le réel n’est pas toujours accessible et les données économiques et statistiques manquent, ce qui empêche les enseignants de dispenser un enseignement (théorique et) pratique. De même, les enseignants du domaine ne sont pas sollicités pour participer aux études qui se font sur notre économie. Cela aurait certainement contribué à améliorer leurs compétences et la qualité des enseignements qu’ils dispensent. Cela étant dit, l’enseignement des sciences économiques est appelé à devenir de plus en plus pluridisciplinaire. Certaines matières devraient être introduites comme l’épistémologie, qui est l’étude de la construction du savoir, ainsi que l’histoire de la pensée économique, qui doit retrouver ses lettres de noblesse d’antan. Comme le dit Philippe Aghion, professeur au Collège de France et président de l’Association française de science économique (AFSE), les choses devraient évoluer puisque les économistes devraient s’intéresser à des domaines de plus en plus variés, comme le bonheur, le crime ou les inégalités…

■ Pr Mohamed Berrada: C’est plus complexe. D’abord c’est l’ensemble de notre système éducatif depuis le préscolaire qui est appelé à être réformé. Quant à l’enseignement de l’économie, il faut remarquer que la pensée économique est en perpétuel mouvement devant les changements rapides qui affectent notre environnement et nos  étudiants perdent parfois leurs repères.
A titre d’exemple, la théorie quantitative de la monnaie nous enseigne que le taux d’intérêt est lié à la masse monétaire. Dans les faits aujourd’hui, jamais la masse monétaire n’a été aussi élevée et les taux d’intérêt aussi bas.
La pensée économique a subi, au fil des décennies, un mouvement de balancier. D’abord, après la Deuxième Guerre mondiale, la politique keynésienne, avec les Trente Glorieuses. Ensuite, en 1976, avec Milton Friedman, le père du monétarisme et prix Nobel d’économie, pour son approche néolibérale. Il  inspire les politiques de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan. Mais face à la répétition des crises financières et aux excès de la mondialisation, des voix dissonantes se font entendre, comme celles de l’Indien Amartya Sen,  Joseph Stiglitz ou Paul Krugman qui remettent à jour les thèses keynésiennes. Pour cela, on leur attribue le prix Nobel.
Aujourd’hui, la crise mondiale, l’intervention publique qu’elle a rendue nécessaire et la montée en puissance des pays émergents donnent une forte légitimité à ces nouveaux courants. Mais le modèle économique qu’ils proposent n’est pas encore achevé et leur influence politique reste faible.

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc