Dossier Spécial

Science économique: Keynes redevient tendance

Par Abashi SHAMAMBA | Edition N°:5007 Le 20/04/2017 | Partager
Le logiciel du keynésianisme inspire à nouveau des politiques
A l’université, le module de macroéconomie lui consacre une large part

Plus de soixante-dix ans après sa disparition, John Maynard Keynes est en train de redevenir «tendance» dans les discours des politiques, mais aussi dans les amphis des facultés d’économie.  Signe des temps, son ouvrage majeur «Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie», publié en 1936, a été réédité début mars chez Payot dans sa traduction française originelle. Au Maroc, cet ouvrage de lecture agréable et simple est disponible dans les rares bonnes librairies à Casablanca. Comptez au moins 343 DH.

Les thèses de l’économiste britannique, qui avaient inspiré les politiques économiques des pays développés au cours des «Trente Glorieuses» avant d’être balayées par la vague libérale du début des années 1980, refont surface dans le logiciel des gouvernements. Qu’est-ce qui a donc changé?  Les effets négatifs de la globalisation, répond le Pr Mohamed Berrada (voir aussi entretien en page XXIII). En 1933, Keynes n’a pas appelé seulement à la nécessité de protections tarifaires pour la reprise économique, mais à celle d’une autosuffisance nationale.

De fait, on est ici aux limites de l’autarcie qu’on assimilerait aujourd’hui aux mouvements de souveraineté… en vogue en Europe, à l’instar du Brexit, relève l’ancien ministre des Finances.
Le célèbre économiste britannique a aussi concentré son attention sur les mouvements de capitaux dont la liberté de circulation prive, selon lui, les nations de leur liberté de choix sociaux. En réalité, il faut le dire, poursuit Mohamed Berrada, «le libre-échange est la cause de bien des inégalités entre pays et au sein même des pays développés dont les États-Unis, mais aussi du chômage et de la destruction des droits économiques et sociaux». C’est en partie le creusement de ces inégalités qui réhabilite aujourd’hui le keynésianisme.

Le protectionnisme est au cœur des interrogations des politiques et des experts un peu partout dans le monde, et Trump en  fait une arme pour redonner de l’emploi aux Américains. Un mouvement de patriotisme économique semble émerger un peu partout. Il  serait utile qu’un tel débat puisse avoir lieu aussi dans notre pays.

Extrait de la préface de la traduction de 1939

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«Nous avons donné à ce livre le nom de Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie; et le troisième point sur lequel nous pouvons appeler l’attention est notre conception de la monnaie et des prix. L’analyse suivante montre comment nous avons fini par échapper aux confusions de la théorie quantitative, qui nous avait autrefois induit en erreur. Nous considérons que le niveau général des prix et les prix individuels sont déterminés d’une façon strictement identique, c’est-à-dire qu’ils dépendent de l’offre et de la demande. L’état de la technique, le niveau des salaires, l’importance de l’outillage et de la main-d’œuvre inemployés ainsi que la situation des marchés et de la concurrence déterminent les conditions de l’offre pour les produits individuels comme pour l’ensemble des produits».

 

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