Dossier Spécial

Doctorat: Le tabou des frais d’inscription tombe

Par Noureddine EL AISSI | Edition N°:5007 Le 20/04/2017 | Partager
Mohammed V à Rabat et Cadi Ayyad à Marrakech les appliquent aux fonctionnaires
10.000 DH pour le doctorat et 20.000 DH pour le master
Le tribunal administratif de Rabat a annulé la décision de l’université
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A l'Université Mohammed V de Rabat, les jeunes étudiants titulaires de masters de recherche sont actuellement minoritaires parmi les doctorants. Les fonctionnaires retournent à la faculté avec peut-être l'arrière-pensée d'une promotion au bout (Ph. Bziouat)

Pour poursuivre leurs études supérieures à l’université, les fonctionnaires doivent mettre la main à la poche pour s'acquitter de frais d’inscription aux montants consistants. Ce sont les universités de Rabat et de Marrakech qui ont ouvert le bal depuis cette rentrée universitaire. Les tarifs varient en fonction du diplôme.

Ainsi, dans le cas de l’Université Mohammed V de Rabat, le montant des frais d’inscription annuels pour une licence s’élève à 4.000 DH et passent à 20.000 pour le master alors que pour le doctorat, ils sont de 10.000 DH. Cette décision a suscité le mécontentement de certains fonctionnaires doctorants qui n’ont pas hésité à multiplier les sit-in de protestation devant le siège de la présidence à Agdal.

Excédé par cette décision arbitraire, l'un d'eux a fait recours à la justice en attaquant l’université devant le tribunal administratif de première instance de Rabat. Il s’agit d’un fonctionnaire que la faculté des lettres de Rabat a refusé d’inscrire faute du paiement de frais d'inscription s'élevant à 10.000 DH.

Selon le plaignant, deux jugements ont été prononcés. Le premier, le 10 mars dernier, portant sur l’arrêt de la décision de l’université et le second, une semaine après, pour son annulation, précise-t-il. Parmi les arguments avancés par le plaignant, l’inscription pour la poursuite des études dans l’enseignement public est un droit consacré par la Constitution. Il rappelle également que les frais d’inscription devraient être adoptés et fixés par le Parlement à travers une loi. Convaincue du fondement de sa décision, la présidence  de l’université de Rabat envisage de faire appel au jugement du tribunal administratif de première instance.

De son côté, Said Amzazi, président de l’Université Mohammed V-Rabat explique que «cette disposition a été prise par le conseil de l’université conformément aux dispositions de la loi 01-00, portant organisation de l’enseignement supérieur». Il rappelle que cette décision s’inscrit dans l’esprit de l’article 4 de cette loi qui consacre l’autonomie administrative et financière de l’université en tant qu’établissement public.

Et également de l’article 18 qui liste les différentes recettes qui alimentent le budget de l’université. «Notre vocation première est de fournir une formation de qualité aux nouveaux bacheliers pour leur donner la chance d’intégrer le marché de l’emploi et construire leur avenir comme cela a été déjà réalisé avec les étudiants fonctionnaires», tient à préciser Amzazi. Ce dernier signale que les moyens humains et financiers de l’université ne permettent pas d’accompagner la formation des fonctionnaires.

La subvention de l’Etat accordée aux universités se fait en fonction du nombre d'étudiants, non compris les fonctionnaires, et de la nature de la filière, indique-t-il. Cette dotation annuelle varie de 3.500 DH pour un étudiant en lettres jusqu’à 20.000 DH pour celui en médecine. Une dotation qui reste loin du coût réel supporté par l'université, notamment pour les étudiants dans les filières scientifiques et techniques. «Au niveau de notre établissement, le coût de formation total d’un doctorant avoisine les 50.000 DH par an», fait observer, à son tour, Abdellatif Miraoui, président de l'Université Cadi Ayyad de Marrakech.

En plus du coût, les conditions de travail des fonctionnaires ne leur permettent pas de suivre correctement leurs études dont le volume horaire dépasse 20 heures par semaine pour le master sans oublier l’importance des travaux pratiques pour les filières scientifiques, est-il ajouté auprès de l'Université Mohammed V. Pour pallier cette situation, «nous avons décidé de mettre en place, pour les étudiants fonctionnaires, un temps aménagé de 17 à 20 h chaque jour et le samedi matin de 9h à midi», précise-t-il.

Ces formations sont assurées par le même corps professoral réservé aux étudiants. Une grande partie des frais d’inscription vont donc servir au paiement des heures supplémentaires aux professeurs mobilisés. Pour le président de l’université de Rabat, il s’agit d’une prestation de service fournie par l’université à une population particulière qui est celle des fonctionnaires qui souhaitent, à travers ces études, améliorer leur carrière professionnelle, explique Amzazi. Selon ce dernier, à l’exception d’un groupe de contestataires, la majorité des fonctionnaires ont accepté le principe de paiement avec près de 3.000 inscrits dans le cycle de licence et près d’une cinquantaine en master et une centaine en doctorat.

 "Les faire payer pour les pousser à soutenir"

«L’instauration des frais d’inscription va aggraver le déficit en chercheurs dont souffre le Maroc», avancent les contestataires. Ces derniers signalent aussi qu’au niveau du cycle du doctorat, on parle d’encadrement et non de formation. Avec la réforme du doctorat de 2008, en plus des activités de recherche, les doctorants doivent aussi participer à des formations complémentaires obligatoires d’un volume horaire total de 200 heures, rappelle Mourad El Belkacemi, doyen à la faculté des sciences de Rabat. Pour soutenir leur thèse, la tendance chez les fonctionnaires est de la réaliser entre 5 et 6 ans alors que le délai réglementaire est de 3 ans (en plus de deux ans à titre exceptionnel). «En réclamant un paiement, nous allons les pousser à soutenir le plus tôt possible», espère le Pr Amzazi, président de l’université.

 

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