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Assurances/Bensalah: «Les taux bas, un risque sérieux pour l’épargne»

Par Mohamed BENABID | Edition N°:5006 Le 19/04/2017 | Partager
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Mohamed Hassan Bensalah: «L’objectif est de mettre en place une nouvelle norme de solvabilité basée sur les risques selon des standards internationaux sans pour autant compromettre la structure d’investissement des compagnies» (Ph. L'Economiste)

Le secteur des assurances tient ses rendez-vous annuels à partir d’aujourd’hui avec en perspective plusieurs dossiers chauds. La bonne tenue de l’exercice 2016 ne cache pas la persistance de  fragilités. Alors que le marché s’apprête à négocier un nouveau round de solvabilité (cf. notre édition du 17 avril 2017), la sinistralité automobile tout comme le contexte de taux bas, sont une source de préoccupation pour Mohamed Hassan Bensalah, président de la Fédération marocaine des sociétés d’assurance et de réassurance (FMSAR). Les ressorts pour consolider la dynamique de croissance ne manquent pas pour autant. Entretien.

- L’Economiste: Comment évaluez-vous la santé du secteur sur le plan technique et financier?
- Mohamed Hassan Bensalah:
Le secteur se porte plutôt bien. A fin 2016, nous avons enregistré une croissance remarquable des primes émises de l’ordre de 15,4%, tirée essentiellement par l’assurance vie. Concrètement, cette croissance se traduit par l’évolution du taux de pénétration et de ce fait l’amélioration de la couverture de la population.
Les résultats demeurent globalement solides avec cependant quelques fragilités qui proviennent essentiellement de la forte augmentation de la sinistralité en automobile et la baisse des taux d’intérêt qui exerce une pression sur les résultats financiers des compagnies.
- Compte-tenu des impératifs de Solvency, avez-vous remarqué des changements dans les politiques d'investissements des compagnies?
- Il est trop tôt pour que les compagnies opèrent des changements dans leurs politiques d’investissement. Le projet Solvency que nous appelons au Maroc SBR «solvabilité basée sur les risques» ne fait que démarrer.
Nous avons tenu quelques réunions avec le président de l’ACAPS pour échanger autour de la philosophie de cette nouvelle norme qui devra entrer en vigueur progressivement après plusieurs mois de travail et d’études d’impact. L’objectif est de mettre en place une nouvelle norme de solvabilité basée sur les risques selon des standards internationaux sans pour autant compromettre la structure d’investissement des compagnies qui je le rappelle joue un rôle de locomotive pour le financement de l’économie nationale.

- Comment le secteur s'adapte-t-il à un contexte de taux d'intérêt bas?
- Il s’agit selon moi d’un sujet qui pourrait impacter de manière sévère le rendement des contrats d’épargne et de retraite, ce qui fait peser un risque sérieux sur la mobilisation de l’épargne longue et sur l’avenir des retraites de manière générale.
Pour l’instant, nous n’avons pas atteint les niveaux enregistrés sur certains marchés européens, américains ou asiatiques, mais il faut rester très vigilant.
La diversification de l’investissement notamment dans des valeurs de rendement au niveau de la bourse de Casablanca peut aider à compenser une partie de la baisse des taux. Toutefois une exposition trop forte sur cette classe d’actif peut mettre en difficulté l’entreprise d’assurance qui a un impératif de rendement vis-à-vis de son client, ne serait-ce que par la garantie du capital.
 
- Croyez-vous à des possibilités de croissance par acquisitions dans le secteur?
- La question n’est pas d’y croire ou pas, mais de savoir s’il existe des compagnies à vendre. A ma connaissance, aucun acteur n’est aujourd’hui dans cette logique. Tous les acteurs sont pleinement engagés dans une dynamique de croissance et de développement.

- Quel est l'état de préparation du marché sur les nouvelles niches comme la micro-assurance ou l'assurance Takaful?
- Le marché compte aujourd’hui quelques expériences significatives en micro-assurance essentiellement en matière d’assurance agricole, d'assistance santé et en assurance décès en couverture des prêts octroyés par les associations de micro-crédit.
Sur l’assurance Takaful, même si le marché a commencé à préparer son offre, le cadre réglementaire n’est pas encore abouti, ce qui retarde les choses.
 
- La digitalisation semble un chantier majeur pour les services financiers. Comment évaluez-vous le rythme d'avancement des métiers de l'assurance au Maroc?
- Vous serez surpris de voir à quel point les compagnies d’assurance au Maroc sont investies dans le digital. Elles ont toutes initié de grands projets de transformation digitale et le mouvement devrait s’accélérer dans les mois à venir.
Nous ne sommes plus uniquement dans des réflexions qui ne concernent que la vente de l’assurance sur Internet mais nous allons bien au-delà. L’idée est de mettre en place également un certain nombre de solutions pour nos intermédiaires d’assurance afin de leur faciliter la distribution, pour nos collaborateurs qui sont sur le terrain afin d’améliorer leur productivité en leur simplifiant l’accès à l’information et pour nos partenaires tels que les experts afin de pouvoir travailler en mode collaboratif «on line».
Le digital est aujourd’hui une source d'opportunités et d’accélération du taux de pénétration de l’assurance dans notre pays et plus globalement dans les marchés africains.

Propos recueillis par M.B

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