Evénement

9e Assises de l’Agriculture: Le Maroc confirme ses ambitions

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5005 Le 18/04/2017 | Partager
Un modèle africain à exporter, selon Alpha Condé
Le président de l’UA mobilise le continent
Akhannouch lance la bataille de «l’or bleu»
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Aziz Akhannouch a lancé hier la bataille de la rationalisation des ressources hydriques. Le ministre de l’Agriculture mise sur l’instauration d’une nouvelle économie agricole basée sur la durabilité (Ph. YSA)

Après une année d'absence, les assises de l’agriculture reviennent avec une thématique d’une importance extrême: «l’eau ou l’or bleu». L’objectif est de sensibiliser et de mobiliser opérateurs agricoles, décideurs et opinion publique sur l’impératif d’une gestion hydrique efficiente et respectueuse des impératifs environnementaux.

En effet, la 9e édition de la rencontre internationale est une occasion de faire le point sur l’état d’avancement du plan Maroc Vert lancé en 2008. L’événement qui s’est tenu, hier, sous la direction d’Alpha Condé, président de la Guinée mais aussi celui de l'Union africaine a permis de réunir plusieurs pays du continent afin d’établir une vision commune du développement. La vingtaine de ministres de l’Agriculture qui ont répondu à l’appel d’Aziz Akhannouch pourront ainsi débattre de la sécurité alimentaire et l’eau comme denrée rare et dont la consommation s’est multipliée par 3 durant les dix dernières années.

Hôte de marque de cette édition, le président guinéen a saisi le rendez-vous de Meknès pour féliciter le retour du Royaume dans sa famille africaine. «Un retour du Royaume "par consensus" dans l’Union dont il est l’un des membres fondateurs», fait remarquer Condé. Ce dernier a appelé «les pays africains à s’intégrer, faire confiance à eux-mêmes et couper le cordon ombilical avec la France».

Des propos qui ont failli fâcher la diplomatie française car tenus au moment même où Jean-François Girault, ambassadeur de France au Maroc, allait signer l’une des conventions phares de ces assises. Il n'a d'ailleurs pas manqué de s'adresser subrepticement à Aziz Akhannouch, avant de procéder à la conclusion du partenariat. Un écart de langage à prendre avec parcimonie, parce qu'il s'agissait plus de redonner confiance aux Etats, et rassembler les décideurs africains, que de porter préjudice.

Imperturbable, Condé a continué sur sa lancée, vantant les efforts du Maroc   pour le renforcement de la coopération Sud-Sud, dans le développement durable de l’Agriculture et la lutte pour la sécurité alimentaire en Afrique et à travers le monde. Allusion est faite à l'Initiative pour l'Adaptation de l'Agriculture Africaine au changement climatique, dite "Initiative Triple A", lancée par le Souverain lors de la COP22. Son ambition est de réduire la vulnérabilité de l’agriculture du continent face aux changements climatiques.

Il faut pour cela adopter une approche par projet, avec un financement public-privé plus important, plus efficace et plus efficient. La mise en place d’un mécanisme d'un fonds climat pour promouvoir la résilience de l’agriculture, un accès facilité des projets africains aux fonds climat, et un monitoring des fonds effectivement déboursés pour l’adaptation africaine, ne sont pas en reste. Enfin, pour compléter le dispositif et faciliter l’émergence d’un écosystème agricole durable, le Maroc plaide pour un ensemble de mesures d’accompagnement: la mise à niveau du cadre réglementaire, la généralisation de la formation, le développement de la recherche et de l’innovation, ainsi que la mise à niveau institutionnelle.

Ce dernier point en particulier est essentiel. Car un écosystème agricole viable et durable ne saurait émerger que sous l’impulsion d’institutions de gestion de l’eau régies par des mécanismes de bonne gouvernance. C’est ce qui expliquerait pourquoi l’actuel exécutif marocain comprend au moins quatre départements en charge de la gestion de l’eau. En tout cas, le renforcement de la R&D est vivement recommandé dans le cadre de «l’Initiative triple A».

C’est un facteur important, selon le ministre de l’Agriculture de compétitivité et de durabilité pour cette nouvelle économie agricole qui se dessine. Enfin, la coopération est encouragée d’abord entre les pays partageant des bassins hydrographiques communs, mais aussi au niveau régional ou mondial pour diffuser best practices et innovations.

Production de céréales: Un nouveau record

Comme à l’accoutumée, les assises de l’agriculture représentent l’occasion de faire des annonces: La campagne agricole 2016-2017 a bénéficié d’une pluviométrie favorable et des températures modérées, ce qui a permis de réaliser des ventes record des semences certifiées, en hausse de 52% par rapport à la campagne précédente. «Aussi, les premières prévisions indiquent une récolte céréalière record autour de 102 millions de quintaux, ce qui représentera une hausse de 203% comparativement à la campagne précédente et en dépassement des objectifs ciblés par le plan Maroc Vert», a affirmé Akhannouch.
Le ministre a ajouté par ailleurs que «plus de 300.000 exploitations agricoles ont été créées grâce au PMV. Ce qui a permis d’atteindre 1,8 million d’exploitations à ce jour. Avant l’opérationnalisation du PMV, 4,9 tracteurs étaient enregistrés pour chaque 1.000 hectares contre plus de 8 actuellement», a-t-il précisé. 700.000 ha de systèmes agricoles ont été transformés en exploitations de haute valeur ajoutée (arbres fruitiers) et 20% des terres bour non exploitées (zone de culture sèche) ont pu être transformées.

                                                                           

Deux nouveaux contrats-programmes et des milliards de dirhams

C'est l’une des premières sorties des nouveaux ministres de l’exécutif d’El Othmani, tels Mohamed Boussaïd, Mbarka Bouaida, Rokaya Darhem, etc. C’était, hier, lors de la signature de deux nouveaux contrats-programmes, fait marquant de ces 9e assises de l’agriculture. Le premier, doté d’une enveloppe globale de 12 milliards de DH dont 4 milliards de fonds publics, vise à développer le secteur de l’agro-industrie au Maroc en accélérant l’intégration entre l’amont productif et l’aval de la transformation. Le 2e contrat-programme est relatif à la sauvegarde de la plaine de Saïss.

D’un coût global de 4,8 milliards de DH, ce projet sera financé notamment grâce à un prêt de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (120 millions d’euros). Le projet bénéficiera d’un appui financier du Fonds Vert pour le climat sous forme de don s’élevant à 31,5 millions d’euros. Son exécution s’étale sur 4 ans (2017-2022). Aussi prévus, le développement et l'adaptation de l’irrigation aux changements climatiques à l’aval du barrage Kaddoussa, dans la province d’Errachidia.

D’un coût global de 836 millions de DH, ce projet consistera en l’aménagement, d’ici 2020, d’un réseau d’adduction et de distribution d’eau à l’aval du barrage Kaddoussa en vue de sécuriser le développement agricole, à partir des eaux de surface mobilisées par le barrage en substitution aux eaux de la nappe, d’un périmètre de 5.000 ha, composé d’oasis et d’extensions hors oasis. Ce projet sera réalisé avec le concours de l’Agence française de développement qui contribuera à hauteur de 40 millions d’euros. Il bénéficiera également du soutien du Fonds Vert pour le climat d’un montant de 20 millions d’euros.

 

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