Analyse

Assurance auto: Le régulateur réclame plus de compétition

Par Franck FAGNON | Edition N°:5004 Le 17/04/2017 | Partager
La libéralisation des prix n’a pas eu l’effet escompté sur la RC
L’Acaps va revoir les critères de tarification
Ouverture du marché: Pas de place pour un nouvel acteur généraliste
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Les tarifs de la RC sont les mêmes d’un assureur à un autre. Il est anormal qu’il n’y ait pas assez de concurrence sur ce poste qui représente 41% des primes non-vie et 24% du chiffre d’affaires des compagnies

Les primes d’assurance non-vie ont dépassé pour la première fois la barre de 20 milliards de DH en 2016 en hausse de 4,8% sur un an. A elle seule, la branche automobile représente la moitié des revenus de ce segment et près de 30% des primes totales (y compris l’assurance vie). C’est l’une des branches les plus rentables pour les assureurs notamment en raison de l’absence de compétition sur la responsabilité civile (RC).

Les primes RC se sont chiffrées à 8,5 milliards de DH en 2016, soit 86% du chiffre d’affaires automobile. «La libéralisation des prix n’a pas eu l’effet escompté sur la responsabilité civile auto», regrette Hassan Boubrik, président de l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale. Autant les assureurs se livrent une compétition acharnée sur les garanties annexes, autant sur la RC, qui est obligatoire et constitue le poste le plus lourd dans la prime auto, les compagnies ne se bousculent pas.

La source de cet immobilisme est en partie réglementaire. Les prix sont libres, mais les critères de tarification ne le sont pas. Cela limite les marges de manœuvre et l’innovation. «Nous devons aller plus loin dans la déréglementation en libéralisant les critères de tarification. Il n’est pas raisonnable de les maintenir en l’état», signale Boubrik. L’Acaps va entamer des discussions avec les opérateurs. Aujourd’hui, la puissance fiscale et le carburant constituent les principaux critères de construction des prix. «Ce n’est pas vraiment valorisant», observe le régulateur.

Si les règles ne bougent pas, les mutations dans le secteur notamment digital vont conduire inévitablement les assureurs à revoir leur position. «L’assurance automobile sera l’une des polices les plus touchées par la révolution numérique», prévient Boubrik. Une connaissance plus fine du client et de l’usage du véhicule grâce à la Data va façonner les modèles de tarification. Le digital rendra désuet les modèles en vigueur aujourd’hui. «Tôt ou tard, nous allons assister à un renforcement de la concurrence sur l’automobile», prévoit Boubrik.

Cependant, la concurrence ne viendra pas d’autres acteurs, peut-être plus dynamiques sur les services digitaux. L’autorité des assurances écarte la multiplication des acteurs dans le secteur. Tout nouvel acteur doit démontrer la valeur ajoutée qu’il apporte par rapport au marché. «Sur le segment non-vie par exemple, nous ne voyons pas l’intérêt d’ouvrir le marché à un acteur généraliste qui ferait exactement la même chose que les autres», indique Boubrik. Par ailleurs, les changements sur le plan prudentiel devraient être coûteux en fonds propres, ce qui pourrait provoquer une consolidation dans le secteur et mettre la barre haute pour d’éventuels prétendants.

Le régulateur va incessamment démarrer les négociations avec les compagnies sur les modalités de calcul de la solvabilité basée sur les risques. «Ce que nous allons demander aux compagnies milite plutôt pour une consolidation qu’une atomisation du marché», estime le président de l’Acaps.

Transport public de voyageurs, un éternel délit de faciès

L'assurance auto fait de l'ombre aux autres branches du segment non-vie. Le focus des opérateurs sur ce créneau s'explique en partie par la faible rentabilité des polices d'assurances telles que les accidents de travail ou encore la maladie. Elles ne génèrent pas la rentabilité espérée ce qui décourage les compagnies à y investir. Le Maroc figure parmi les pays où il y a le plus d'accidents de travail. Il y a encore un travail important de sensibilisation à mener auprès des entreprises. Ceci dit, il n'est pas question que les opérateurs se préoccupent essentiellement des branches "juteuses". "C'est une situation qui va devoir changer", avertit le régulateur.

Même à l'intérieur de la branche auto, les grands acteurs du marché sont peu enclins à développer le transport public de voyageurs. Seules la CAT et la Matu interviennent sur ce créneau. Elles ont émis ensemble 726 millions de DH de primes en 2016. La situation de la Matu est par ailleurs extrêmement fragile. Soumise à un plan de redressement, elle est sensée revenir à l'équilibre en 2021. La faiblesse des tarifs, une gouvernance inadaptée et une mauvaise gestion ont précipité les difficultés de la compagnie. Le plan de restructuration en cours prévoit une augmentation des tarifs dont une hausse de 10% a déjà été réalisée.

Des évolutions au sein de la gouvernance sont aussi programmées avec la mise en place d’un conseil de surveillance et d’un directoire et l’ouverture  du Conseil à des indépendants. Ces changements sont conditionnés à la révision des statuts de l'entreprise. "Nous souhaitons que la Matu se développe et sorte du plan de redressement. Nous constatons néanmoins des écarts négatifs par rapport au plan. Si des actions concrètes concernant la gouvernance et la gestion de l’entreprise ne sont pas prises assez rapidement, nous allons devoir soumettre le dossier à la commission de discipline conformément à la loi», prévient Boubrik.

Par ailleurs, «c'est une erreur de considérer que l'assurance de transport de voyageur doit être déficitaire. C'est une branche comme une autre et à un moment les tarifs doivent refléter le niveau de risque", commente Boubrik. L'analyse est aussi un appel aux autres acteurs du marché à s'intéresser au transport public de voyageurs. "Je ne vois pas pourquoi cette assurance ne serait pas commercialisée par l'ensemble du marché", s'interroge le régulateur. La multiplication des acteurs sur ce segment devrait permettre de soulager la Matu et de lui ouvrir de nouvelles perspectives. Rester focalisé sur le transport public de voyageurs seul pourrait ne pas être viable à long terme.

 

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