Chronique

La Chine, le pragmatisme entre le change et les échanges

Par Mohammed GERMOUNI | Edition N°:5003 Le 14/04/2017 | Partager

Mohammed Germouni a exercé dans la banque, dans la haute administration et dans l’enseignement à l’université au Maroc et à l’étranger. Il a publié notamment deux ouvrages, un premier sur les questions d’engineering et de technologie à Rabat, un second sur le protectorat français au Maroc, avec un nouveau regard, aux éditions L’Harmattan à Paris (Ph. MG)

Il n’est nul besoin de rappeler l’histoire des deux dernières décennies notamment qui atteste du fait que la question monétaire en particulier a constamment été un des principaux terrains de discorde sino-américaine. Le taux de change du renminbi en dollar, fixé par les autorités chinoises, a été constamment jugé anormalement bas par les USA, et il serait même, selon eux, à l’origine du creusement de leur déficit commercial au fil des ans.

L’explication serait en partie recevable, si un tel déficit n’était cependant devenu plutôt structurel et même  permanent.

Lente convertibilité

A défaut d’un véritable système  monétaire international, comme l’avait écrit un éminent chercheur français, le Pr De Bernis, la conjoncture de l’économie américaine continuera d’exercer une influence déterminante ne serait-ce que par sa capacité de se nourrir de capitaux du reste du monde, dont ceux de la Chine notamment. Déjà la grande  récession économique par exemple, intervenue quelque dix ans auparavant, avait mis à mal le fragile équilibre du système ainsi que des rapports entre deux grands partenaires commerciaux, et n’avait pas manqué déjà d’instiller notamment une forte dose de défiance chinoise dans la solidité  relative du dollar et du marché  américains.

Ayant été mise à contribution afin d’atténuer le choc des turbulences financières américaines cycliques, la Chine est de plus en plus appelée à revoir sa politique de libre-échange et d’abord celle des changes. Placer l’essentiel de ses revenus d’exportation en dollar américain, en demeurant dépendante des USA, ou opter pour une ou deux devises  fortes de remplacement en vue de répartir les risques, la Chine a préféré entamer la carte de la lente convertibilité  de sa propre monnaie, le renminbi, devenant ainsi encore plus dépendante des évolutions du marché mondial. Près des quatre cinquièmes des réserves de la Banque centrale de Chine étaient encore placées en dollars américains, durant la dernière période, représentant environ le huitième du Produit intérieur brut des USA, en moyenne, par exemple.

Si le mouvement est demeuré lent et prudent, l’objectif  à long terme reste une devise convertible. L’option ainsi prise, avec ses aléas et risques de divers ordres, avait été confirmée également par exemple par un ancien et longtemps chef de la division-Chine au Fonds monétaire international, E. Prassad, un observateur relativement  qualifié s’il en est.

Un tel cheminement est un processus technique long et ardu, aux conséquences économiques et surtout politiques  nombreuses et délicates. Un statut probable de future place financière internationale de référence pour Shanghai  n’en est pas moins concevable dans les prochaines années. Ceci met l’accent sur le besoin d’une importante technicité financière, tant en experts-comptables, en «risk» managers et autres professionnels nécessaires au fonctionnement courant des marchés qu’un enseignement spécialisé essaie de pourvoir.

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Puissance nucléaire, un des cinq membres du Conseil de  sécurité de l’ONU, la Chine talonne depuis quelques années les USA. Et cela avec un PIB  de 11.000 milliards de dollars, de 40%  inférieur en moyenne, mais avec une population quatre fois supérieure

Enfin, un vaste mouvement de diversification des avoirs financiers a été enclenché depuis de longues années et a pris la forme d’acquisition d’importants actifs dans diverses régions du monde, allant d’achats massifs de matières premières et de sources d’énergie à toute une panoplie d’investissements  dans plusieurs secteurs. Pour l’année 2016, par exemple, les montants des  acquisitions  à travers le monde ont pu être de l’ordre de 94  milliards de dollars effectuées par des entreprises  chinoises privées, non sans échecs et annulations comme par le passé.

Les complexes ajustements internes

Mais au-delà des questions de volatilité, de pertes de change, de spéculation qu’une monnaie internationale affronte couramment, les risques les plus sérieux pour la Chine concerneront notamment les conséquences inévitables des nécessaires et difficiles ajustements de son industrie et de ses exportations sur le revenu et le niveau d’emploi résultant d’une  convertibilité longtemps purement et simplement occultée.

Dans les faits, si cela devait se concrétiser, d’importants arbitrages sociopolitiques également, car les choix actuels à effectuer sont relativement complexes et auront nécessairement des incidences directes et également indirectes sur l’avenir non seulement des Chinois mais d’une bonne partie  de la planète. Ainsi, par exemple, autoriser des droits de propriété sur des terres agricoles jusqu’ici collectives, pourrait en l’espace de quelques années permettre de combler le large fossé entre les revenus des ruraux et ceux des citadins de cette grande nation.  Autrement dit, une véritable révolution  en perspective dans les conditions de vie d’une grande partie de la population de ce pays, un choix éminemment  politique et d’ordre interne.

S’il est encore tôt pour mesurer l’impact réel des mesures chinoises de développement de la demande locale pour remplacer une partie des exportations habituelles, il est néanmoins incontestable que sans l’effet stabilisateur de la politique financière des autorités chinoises des dernières années, un relatif atterrissage en douceur de l’économie mondiale eut été tout simplement inimaginable.

 

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