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Politique

Ali Belhaj: «Benkirane et El Othmani ont le même logiciel idéologique»

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:4999 Le | Partager
Le nouveau gouvernement doit admettre l’existence d’une crise économique
Rétablir la provision pour investissement, progressivité de l’impôt… une batterie de mesures à lancer
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Pour Ali Belhaj, membre du bureau politique du PAM, Saâdeddine El Othmani et Abdelilah Benkirane «disposent du même logiciel idéologique. Ils partagent une vision conservatrice de la société» (Ph. L’Economiste)

La relance économique doit être la priorité du nouveau gouvernement, selon Ali Belhaj. Pour ce membre du bureau politique du PAM, principale force de l’opposition avec 102 sièges, la prise de conscience des enjeux économiques par la nouvelle équipe sera décisive. L’objectif est de rompre avec l’approche du gouvernement précédent, qui a délaissé les questions économiques au profit des sujets de politique politicienne.

-  L’Economiste: Malgré les promesses d'un gouvernement ramassé, la nouvelle équipe comporte 39 portefeuilles. Avons-nous besoin d'autant de ministres?
- Ali Belhaj:
Nous avons eu la promesse d’un gouvernement de combat, une équipe resserrée, et on se retrouve avec un nombre plus important de ministres. Le nombre important de secrétaires d’Etat, dont les missions et le rôle manquent de clarté et de précision, rajoute à la confusion gouvernementale. A l’heure où nous avions besoin d’un gouvernement d’action, regroupant plusieurs portefeuilles autour de grands pôles, la nouvelle architecture envoie un mauvais signal quant à la cohérence de l’action publique. J’aurais souhaité y voir un véritable renouvellement, une architecture plus innovante, un appel à l’imagination, mais sur le fond il n’y a pas de configuration nouvelle. Nous sommes dans la continuité. Cependant, j’espère que ce gouvernement va réussir car il y va de l’avenir du pays.

- Comment expliquez-vous la marginalisation des sujets de fond du débat politique?
- C’est le grand mal de la politique marocaine! En période électorale, on se partage les investitures au lieu de débattre des programmes et des choix de projets de société. Lors des dernières élections, la classe politique est tombée dans l’invective et dans le jeu des petites phrases assassines, au lieu de confronter des projets. Durant les tractations gouvernementales, les partis se partagent les postes, sans même définir ce qui est censé les rassembler, sans même évoquer les grandes lignes d’une vision et d’un projet pour le Maroc. La finalité est donc d’être au gouvernement, et non de définir et mettre en œuvre un programme gouvernemental.

- Quels sont les dossiers prioritaires pour le nouveau gouvernement?
- La priorité c’est l’économie. Le gouvernement doit présenter un plan de relance aux opérateurs économiques pour sortir de la crise dans laquelle le pays est plongé. Le bilan économique du précédent gouvernement est désastreux. Jamais le taux de chômage, notamment des jeunes, n’a été aussi important et jamais le pouvoir d’achat des ménages n’a été aussi bas. L’entreprise a beaucoup souffert. Aujourd’hui, on attend du gouvernement qu’il déploie des mesures pour encourager les opérateurs et créer un cadre propice à l’investissement privé, notamment celui des petites et moyennes entreprises.

- Quelles sont les actions à mener pour redonner confiance aux investisseurs et aux opérateurs économiques?
- Avant de décliner des mesures, nous attendons du gouvernement une prise de conscience sur le plan économique. Contrairement au précédent, qui était dans le déni de la réalité, celui-ci doit reconnaître l’existence d’une crise économique, et ériger la relance en priorité absolue. Il doit envoyer un message fort et rassurant aux entreprises, en s’emparant des questions économiques qui étaient délaissées au profit de la politique politicienne. Sur le plan pratique, une batterie de mesures doit être mise en œuvre pour agir en faveur des entreprises et de la croissance. Il s’agit de rétablir la provision pour investissement, telle qu’elle existait avant, mettre en place la progressivité de l’impôt, adopter la fiscalité de groupe, revenir à la régionalisation de l’impôt ou encore exonérer de TVA tout investissement.

- Le nouveau gouvernement comporte 9 femmes, essentiellement dans des postes de secrétaire d'Etat. La parité semble encore loin...
- Encore une fois on confine la seule femme ministre de plein droit au département de la Femme et de la Famille! Les 8 autres se sont vues confier des secrétariats d’Etat, dont le rôle demeure très flou. On considère donc qu’une femme n’est toujours pas apte à gérer un département complet, et doit se contenter des miettes d’un ministre. On a manqué une autre occasion pour avancer sur le terrain de la parité et du renouvellement de l’équipe gouvernementale.

- El Othmani se démarque par son style différent de celui de Benkirane. Cela va-t-il se traduire par un changement de l'approche de gestion?
- J’ose imaginer que venant du même parti politique, et partageant une histoire politique commune, Benkirane et El Othmani disposent du même «logiciel idéologique». Il s’agit d’une vision conservatrice de la société. Maintenant le style est différent. L’approche de gestion d’El Othmani semble plus modérée, moins conflictuelle, comme il l’a prouvé lors des tractations gouvernementales.
Propos recueillis par Mohamed Ali MRABI

 

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