Politique

Cour constitutionnelle: Le Pr Saïd Ihrai, un président pour deux postes

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:4997 Le 06/04/2017 | Partager
Il est toujours à la tête de la CNDP
Un juriste qui a encadré la thèse du Souverain

D’une présidence à l’autre. Le Pr. Saïd Ihrai enchaîne les postes de commis de l’Etat. Le président de la Commission nationale de protection des données personnelles (CNDP) vient d’être solennellement nommé à la tête de la Cour constitutionnelle. La cérémonie s’est tenue le 4 avril au palais royal de Casablanca (voir page précédante).
«J’ai le sentiment d’avoir réussi une première mission et d’entamer une nouvelle plus intéressante et plus difficile. Nous ne sommes plus dans la protection de la vie privée mais dans la protection des équilibres des institutions constitutionnelles», confie-t-il à L’Economiste.

En attendant, il assure la permanence à la CNDP «en vertu de la continuité du service public». Ce cumul de fonctions persistera «jusqu’à ce qu’un nouveau président soit désigné par Sa Majesté». Ces propos laissent deviner une formation de juriste. Natif de la région de Midelt, le Pr Ihrai a été très tôt séduit par le droit international. Son doctorat obtenu en 1983 à Paris porte sur «La politique étrangère du Maroc». C’est en étant recteur de l’université de Rabat que «j’ai eu l’honneur d’encadrer» au côté du Pr. Maurice Torelli la thèse du Souverain, à l’époque prince héritier. Soutenue en octobre 1993 à l’université Sophia Antipolis à Nice, la thèse portait sur «La coopération entre l’UE et les pays du Maghreb».

Une cause à défendre

Même à la Cour constitutionnelle, le président garde sa passion première. «Il y a une interaction entre le droit interne et international», relève le successeur de Mohamed Achargui. Ses proches collaborateurs le décrivent comme «affable», «cordial», «ouvert»...

Lahousseine Anis, Secrétaire général de la CNDP, évoque «un président souriant, diplomate et avec un grand sens de l’écoute». Avoir le sens de l’Etat, c’est être également «sourcilleux sur les dépenses budgétaires». Surtout lorsqu’on a la Cour des comptes comme voisine. Souad El Kouhen vient d’avoir écho de la nouvelle «qu’elle ne sait pas vraiment comment accueillir». L’unique femme membre de la Commission de contrôle «regrette voir partir» un président «avec qui nous avons réalisé un travail important et qui nous espérons continuer» avec son successeur.

Le Pr Ihrai laisse derrière lui des chantiers et surtout une cause à défendre. Le projet de loi sur le droit d’accès à l’information, adopté en juillet 2016 par la chambre des représentants. Il rend la CNDP garante de ce droit fondamental. Le débat sur la constitutionnalité de ce projet de loi est toujours d’actualité. La CNDP était pour le durcissement des sanctions en cas de rétention de l’information par l’administration. Son avis n’a pas été suivi par des élus aux positions douteuses et un gouvernement liberticide.

Ce débat va-t-il atterrir à la Cour constitutionnelle? En attendant une éventuelle saisine, son président assure vouloir «mettre en place les nouveaux statuts». L’ancien Conseil constitutionnel est devenu une Cour depuis la promulgation de sa loi organique au Bulletin officiel du 4 septembre 2014. Face à des élans rétrogrades, la nouvelle instance a tout intérêt à défendre fermement les droits fondamentaux. Il en va de sa crédibilité. Son président change finalement de ring mais pas de combat.

 

 

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