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Société

Albert Mallet, guest-star de l’ESJC

Par Reda BENOMAR | Edition N°:4991 Le 29/03/2017 | Partager
Le co-fondateur de Marianne raconte «sa ligne éditoriale» aux étudiants
L’ex-conseiller ministériel et militant politique prodigue ses conseils
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 La rencontre avec Mallet se clôture par une séance photo à laquelle prennent part avec enthousiasme les journalistes en herbe
(Ph. Al Nasser)

On entend dire, un peu partout dans le monde, que le «journalisme est mort» ou encore le sempiternel «c’était mieux avant». Mais peu connaissent la difficulté d’exercer dans les métiers de l’information et leur face cachée. L’Ecole supérieure de journalisme et de communication (ESJC) du groupe Eco-Médias, éditeur des quotidiens L’Economiste et Assabah et propriétaire d’Atlantic Radio, a accueilli un invité de choix la semaine dernière. Albert Mallet, psychologue clinicien, militant de la cause palestino-israélienne, journaliste émérite et ex-directeur général de Marianne, est venu à la rencontre des étudiants de l’ESJC.

Mallet commence par rappeler qu’il a un parcours atypique. «Ma formation n’a jamais été une formation de journaliste», confie-t-il. Né au Maroc, il travaillera de nombreuses années avec des enfants à besoins spécifiques. Une expérience qui le marquera profondément et qui sera suivie, quelques années après, par une pige de 4 ans dans un cabinet ministériel, auprès de Jean-Pierre Chevènement. Entre-temps, il a une opportunité dans le monde des médias, qui l’a toujours «passionné». Sa reconversion dans le journalisme sera fortuite. Jean François Kahn, que Mallet qualifie de dernier mohican de la presse française, a naturellement pensé à lui quand il a voulu créer un journal. Centriste révolutionnaire, selon l’expression de Kahn, la ligne éditoriale de Marianne sied à merveille à l’idéologie de Mallet, lui qui a créé la radio militante pour le dialogue judéo-arabe, Shalom.

Jonglant habilement entre anecdotes imagées et conseils avisés, l’excellent orateur captive son jeune auditoire. Albert Mallet ne tarit pas d’éloges sur le métier de journaliste, mais n’oublie pas de mettre en garde les étudiants. «Le journalisme est un métier très difficile et il faut vraiment l’aimer. En France, 10% des journalistes sont des gens de valeur, tous les autres ont un problème identitaire avec ce métier. Beaucoup auraient voulu faire de la politique, mais n’ont pas réussi, beaucoup voulaient devenir riches mais ne le sont pas devenus», explique-t-il. «Ce qui est difficile aussi, c’est le regard de l’autre. Quand vous écrivez votre papier, il y a le regard du rédacteur en chef, des autres journalistes, des lecteurs.

Il faut assumer», conclut Mallet.
Revenant sur la genèse de Marianne, il se remémore les débuts difficiles du magazine. Débutant avec un budget «dérisoire» de 10 millions d’euros, quand il fallait en compter pas moins de 100 millions pour se lancer, Mallet revient sur la première Une du journal, celle qu’il ne fallait pas rater pour que Marianne ait une chance de «survivre». «Jean François Kahn m’a dit : il faut une Une qui cartonne», explique-t-il aux élèves de l’ESJC. «Nous avons pris Serge Dassault, et nous avons mis sa photo dans une casserole, en titrant «Dassault empereur de la corruption». L’empreinte iconoclaste et provocatrice de Marianne était née. Le journal, souvent qualifié de gauche, sera attaqué en justice à de nombreuses reprises et souvent boudé par les publicitaires.  Les avocats de Dassault entament évidemment une procédure judiciaire afin d’essayer de blanchir leur client. «Ils nous ont dit que nous étions finis, qu’il n’y aurait plus une page de publicité dans le journal.

Nous avions mal estimé le rapport de force», confie Mallet, enjoué. «Le modèle économique de la presse est basé sur la publicité. Cela veut dire qu’on peut vous asphyxier, si vous n’avez pas de publicité vous ne pouvez pas survivre. Le seul journal qui s’en sort sans entrée publicitaire, c’est le Canard enchaîné, qui vit de ses ventes (+500.000 exemplaires/jour)», conclut-il. Parlant à bâton rompu de Poutine, Trump, de la campagne présidentielle française qu’il juge dénuée de «débat démocratique»,…il regrette, en passant, les dérives de la presse française.

Selon lui, elle traverse une grave crise, son indépendance n’étant plus ce qu’elle était. «Les médias appartiennent à des hommes riches. Le Point appartient à François Pinault, Libération, BFM TV et L’Express à Patrick Drahi, Le Monde à Xavier Niel, Matthieu Pigasse et Pierre Bergé,…ce qui fait qu’il n’y a plus d’indépendance réelle». Vincent Bolloré a par exemple interdit qu’on passe des documents sur des «amis» à lui. Des documents précieux qui finissent au placard, s’indigne Mallet.

Toujours aussi investi…

Depuis une dizaine d’années, il accompagne des entreprises françaises dans leurs projets d’investissements au Maroc. C’est par le biais de ce sexagénaire au visage respirant la tranquillité d’une mission bien accomplie, aux allures de banquier suisse, que le groupe français Caisse d’épargne est rentré au Maroc. Fondateur du Forum de Paris et acteur essentiel de la Fondation Alliances, Mallet reste investi dans plusieurs projets au Maroc, tel le tramway de Rabat, ou encore le coaching d’hommes d’affaires tel que le directeur d’Alstom Maroc.

 

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