Analyse

PSA Maroc: La moitié de l'écosystème déjà réservée

Par Amin RBOUB | Edition N°:4990 Le 28/03/2017 | Partager
Plus de 50% du parc fournisseurs déjà alloué
SGTM, chef de file de la partie construction, bâtiment et infrastructures de la future usine
Il faut un 3e constructeur pour arriver à 1 million de véhicules
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En plein chantier, le site PSA est intégralement terrassé. La future usine reçoit les premières coulées de béton (Ph. Bziouat)

«2017 sera l'année par excellence des constructions et du bâtiment. D'ici la fin de l'année, nous comptons passer à la pose et à  la mise en place des process inustriels. Juste après, nous procéderons aux différents tests et ferons tourner les machines en 2018. Après, tout deviendra confidentiel jusqu'au démarrage de l'usine début 2019»... En exclusivité, Rémy Cabon, DG PSA Maroc, confie à L'Economiste l'état d'avancement du chantier de l'usine de Peugeot-Citroën dans la zone franche de Kénitra. Pour être plus précis, il schématise les prochaines étapes (bâtiment, process, usinage, recrutement, tests, démarrage...)

Cette sortie du patron de PSA Maroc intervient au lendemain de la réunion du comité stratégique du projet industriel PSA. C'est la 3e réunion officielle de ce comité paritaire entre l'Etat marocain et PSA (après celles de juillet et octobre 2016) coprésidée par Jean-Christophe  Quémard, directeur de la région Moyen-Orient-Afrique du constructeur français, et My Hafid  Elalamy, ministre de l'Industrie et du Commerce. Le comité stratégique est un rendez-vous d'une extrême importance qui réunit de hauts cadres de PSA et des représentants du ministère marocain de l'Industrie, des représentants de l'Intérieur, les offices, les industriels à travers l'Amica... Ce sont des réunions périodiques de coordination entre l'ensemble des acteurs et ce, en présence de l'aménageur-développeur de la zone franche, l'Onhym, l'ONEE, l'ONCF... Au terme de cette rencontre du comité stratégique, le bilan d'étape aura été jugé satisfaisant.  «Tout se déroule comme prévu et conformément au planning initial», confirme Monsieur PSA Maroc.

Selon Rémy Cabon, le comité stratégique a un double objectif:  il permet d'abord de vérifier la bonne exécution des activités de chacune des parties, le respect des engagements de l'ensemble des acteurs engagés, des délais de livraison (Etat et constructeur)... Ensuite, le comité examine les options de partenariat, de synergies possibles et fait le point sur les fournisseurs qui ont déjà décidé de s'installer, ou encore  ceux qui sont en négociation... «Nous sommes vraiment dans une logique de partenariat efficace et de mobilisation remarquable de l'ensemble des parties», confirme Cabon. Par ailleurs, il y a deux semaines, le ministre de l'Industrie s'est rendu sur le site de PSA à Automotive Free Zone (AFZ) de Kénitra, exactement dans la commune rurale de Ameur Seflia. L'objectif de cette sortie  était de s'enquérir de l'état d'avancement du chantier de PSA. Mais aussi et surtout donner le premier coup de pioche d'un gros équipementier dans la zone fournisseurs, qui est de 40 ha juste en face de l'usine Peugeot Citroën. Il s'agit  du coup d'envoi des travaux de construction de la joint-venture entre le groupe japonais AGC et l'entreprise marocaine Induver (fournisseur de vitrage accrédité par PSA).

Autre nouveauté, PSA vient de décider de se rapprocher davantage de ses clients et de ses marchés. «Nous sommes en train de passer d'une situation où le pilotage de la région s'effectuait essentiellement depuis le siège à Paris, à un rapprochement des régions. Au Maghreb et en Afrique  du Nord en général, l'essentiel du pilotage sera opéré à partir de Casablanca», annonce Cabon.  Mais de là à dire «qu'un QG de pilotage sera basé à Casablanca, c'est un peu prématuré», tient à préciser le représentant du constructeur français. C'est une volonté du groupe PSA dans l'ensemble des régions, aussi bien en Amérique latine, l'Asie-Pacifique, la Chine, ainsi que dans les pays du Golfe, à Dubaï ou encore en Afrique, nous confirme, depuis le siège à Paris, Valérie Bensoussan, Communication manager de la direction Moyen-Orient & Afrique.

Un Italien, un Chinois, un Allemand...

Sur le périmètre du chantier de construction à Kénitra, PSA a retenu toute une stratégie qui repose sur l'option de lot unique ou encore le tous corps d'état. Autrement dit, il a été décidé de confier à une seule et unique entreprise la réalisation de l'ensemble de l'usine. D'ailleurs, PSA a signé un contrat avec le groupe marocain SGTM en tant que chef de file de la composante construction/bâtiment. Le périmètre du contrat passé avec la SGTM intègre tous les aspects liés à la construction et aux infrastructures. En revanche, sur les aspects techniques complexes liés aux process industriels, PSA passera des appels d'offres pour chacun des ateliers et des étapes de construction de l'usine.

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En exclusivité, les équipes de L'Economiste ont fait une immersion dans la zone franche de Kénitra, localité d'Ameur Seflia, qui accueille l'usine PSA (Ph. Bziouat)

Pour la partie emboutissage par exemple, il s'agit d'installer une ligne de presses. «Nous avons déjà passé l'appel d'offres de ce marché. Nous sommes d'ailleurs en train de travailler avec un fournisseur italien», révèle Cabon sans vouloir en dire plus. Pour la partie peinture, un fournisseur allemand a été retenu. C'est ce même fournisseur qui devra livrer l'atelier de peinture. En revanche, pour l'assemblage des moteurs, c'est un groupe chinois qui a eu le marché. Quant aux activités de ferrage et montage, les consultations se poursuivent encore. Difficile d'avoir les noms de ces groupes retenus. «Notre démarche à PSA consiste à laisser aux fournisseurs l'opportunité de communiquer lorsqu'ils  le jugent opportun», tient à préciser Rémy Cabon.
Valeur aujourd'hui, PSA parle de 5 gros fournisseurs  qui  ont réservé plus de 50% de la superficie globale du parc en face de l'usine.  Cette zone là, qui s'étend sur quelque 40 ha, devra accueillir l'écosystème direct de PSA.  Le constructeur est en train d'étudier plusieurs offres de fournisseurs qui souhaitent s'implanter dans le même périmètre de Atlantic Free Zone.

Bien évidemment, il y a d'autres fournisseurs qui préfèrent s'installer à proximité, mais pas forcément dans le même parc de Atlantic Free Zone. Cette zone, c'est la CDG, via sa filiale MedZ également maître d'ouvrage délégué, qui la gère. Pour l'heure, «nous avons des consultations  avancées avec certains fournisseurs. D'autres ont décidé de s'implanter, mais pas forcément dans le même parc des fournisseurs  de AFZ». Finalement, la logique consiste à concilier entre les besoins d'approvisionnement de PSA et la stratégie d'implantation de chacune des entreprises accréditées en tant que fournisseur.

Une quarantaine de sites de fournisseurs!

En tout et pour tout, PSA table sur une quarantaine de sites de fournisseurs/équipementiers au Maroc. Parmi eux, des sites qui sont déjà existants. Rien que l'annonce de l'arrivée du constructeur au Maroc avait  permis de développer un dense tissu d'industriels et de fournisseurs. La décision de s'implanter  au Maroc a aussi permis la création d'une vingtaine de Greenfields. C'est-à-dire de nouvelles usines qui se greffent sur le périmètre de PSA. Mais cela ne veut pas dire qu'elles devront fournir exclusivement PSA. Ces nouveaux entrants diversifient leurs débouchés à la fois au Maroc et à l'export. «Au-delà de notre propre usine, l'un de nos objectifs est la coordination et l'accompagnement de tous nos fournisseurs», précise Monsieur PSA Maroc.

Pour optimiser le déploiement d'un écosystème automobile aux standards du constructeur français, il y a un certain nombre de prérequis. Selon Cabon, il faut impérativement un environnement favorable avec du terrain, de l'énergie, de la connectivité et de la main-d'oeuvre qualifiée. Après, en fonction des activités, il y a des exigences en termes de technicité, de logistique, de ressources...  Grosso modo, les pièces qui ne sont pas encore disponibles au Maroc sont celles qui demandent des investissements lourds. Du coup, les fournisseurs attitrés de PSA ont besoin d'avoir suffisamment de visibilité sur les volumes pour prendre des décisions d'implantation au Maroc.

Sur ce point précis, l'arrivée d'un 3e constructeur sera déterminante  pour optimiser l'exhaustivité de l'écosystème automobile. Les opportunités d'installation d'un groupe international de pneumatique restent  tributaires de l'effet volume, de la taille critique et donc  l'implantation  d'un 3e constructeur. Car il faut au minimum produire l'équivalent de 1 million de voitures par an pour rentabiliser l'investissement d'un producteur de pneus. Pour l'heure, l'arrivée d'une usine de pneumatique est une préoccupation de tout le monde. L'Etat marocain et les constructeurs (Renault et PSA) font tout pour convaincre de grands groupes de monter une usine de production de pneus au Maroc.

Silhouette du segment B-Hatch

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PSA Peugeot Citroën a enclenché la partie construction des bâtiments de son usine dans la zone franche de Kénitra. Le site nécessite un investissement global qui s'élève à 557 millions d'euros. Forte d'une capacité de production de 90.000 moteurs, l'usine devra monter progressivement en cadence pour atteindre 200.000 véhicules à terme et autant de moteurs par an. Le site devra entrer en production dès début 2019. Il commencera par la production de véhicules à motorisation essence. Ce sera une silhouette du segment B-Hatch, soit l'équivalent de la Peugeot 208.

Repères

• 19 juin 2015: Signature de l'accord industriel entre le groupe PSA et l'Etat marocain

• Investissement global: 557 millions d'euros (environ 5,6 milliards de DH)

• Production: 200.000 unités et 200.000 moteurs par an, à terme

• Intégration locale: 60% au démarrage, 80% à terme

• Emplois: 4.500 directs et 20.000 indirects

• Un approvisionnement à l'export (composants et pièces) d'un volume de 1 milliard d'euros

• Démarrage de l'usine: Début 2019

 

 

 

 

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