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Enquête

Une histoire d’hommes et de tôle

Par Franck FAGNON | Edition N°:4984 Le 20/03/2017 | Partager
Bilal, Chinwi, Mouloud et les autres
Ferraille et pneus dans un désert à 400 km de Dakhla
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Chinwi (avec la casquette) est l’un des anciens gardiens de «Kandahar» (Ph. Bziouat)  

De Dakhla à Guarguarate. L’Economiste a parcouru plus de 400 km pour faire son constat sur l’opération d’assainissement qui a porté sur les parkings de «Kandahar» basés à la frontière maroco-mauritanienne (voir aussi suivante ).
Nous nous sommes «promenés» en long et en large dans un cimetière de métal. L’état général des 192 véhicules recensés par la Douane laisse à désirer. De grands chiffres teints en blanc ou en bleu marquent leurs vitres avant ou arrière. Certaines voitures et camionnettes n’ont pas de plaques. Mais la plupart sont immatriculées en France, Espagne, Mauritanie et Sénégal. Les véhicules ont été parqués dans un terrain nu pas très éloigné du poste frontière de Guarguarate. Des militaires sont postés à proximité du site non clôturé. Des pierres badigeonnées à la chaux et ceinturées de pneu marquent l’entrée.  

Une Peugeot blanche 806 sort du lot. Elle est installée au milieu d’une allée quadrillée d’épaves. Le monospace s’est trouvé une nouvelle vie. Il sert à la fois d’abri contre un soleil brûlant et de guérite pour les 4 gardes qui y ont pris place. A quelques pas de là, une vielle tente jaune est plantée au milieu de ce tas de ferraille improvisé.
Des pneus usés jonchent le champ de tôle. Ce n’est pas pour autant le grand bazar.

 

Chaque véhicule a été inventorié et des gardes veillent jour et nuit sur le «trésor» récupéré de la zone tampon dite «Kandahar». Le mur de sécurité édifié en 1987 par l’armée n’est pas très loin. Le risque de déperdition ou d’égarement est omniprésent de ce côté-ci de la frontière marocaine: pièces mécaniques, pneus, châssis... Avec en prime l’éventuelle réclamation d’un propriétaire voulant récupérer son véhicule saisi. «Une procédure administrative a été mise en place depuis un mois», selon les autorités locales.

«Kandahar» est une histoire de métal et de chair! Les 4 parkings qui avaient pris place étaient gardés par des hommes du nom de Bousda, Machdoufi, Chinwi ou encore Bilal. «N’ayant pas dépassé la cinquantaine, ce personnage de Kandahar est mort il y a quelques années. Il était le premier à s’y installer. Bilal était un homme d’une confiance légendaire», se remémore Mouloud Adaraâ, dit «la mémoire de Guarguarate».  D’où l’autre appellation moins connue de Kandahar, «le royaume de Bilal». Notre témoin, Mouloud est devenu écrivain public après une vie passée dans le négoce de voitures. Une vie qui l’a poussé à sillonner plusieurs régions du Maroc: «J’ai vécu cinq ans à Tétouan, trois ans à Casablanca...». Aujourd’hui, il remplit pour quelques dirhams les fiches de police que lui remettent les voyageurs en transit vers la Mauritanie, le Sénégal, la Côte d’Ivoire...

Nous avons retrouvé aussi la trace d’un des anciens gardiens de Kandahar. Vous l’auriez deviné: Chinwi est surnommé ainsi pour ses traits d’asiatique. Du commerce, il est passé au gardiennage: «Je me suis retrouvé naturellement dans ce pétrin. J’ai passé 14 ans en Libye et 12 ans à Kandahar. Je n’ai rien gagné en fin de compte», lâche le vieux bonhomme avec regret. Un journal obscur l’aurait présenté comme «le grand trafiquant»  du royaume de Bilal. Face à nous, Chinwi rumine encore sa colère. «Lui qui se trompait en rendant la monnaie à ses clients», le taquine l’un de ses anciens compagnons. Chinwi s’est recyclé dans le change: dirham marocain contre ouguiya mauritanienne.

 

 

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