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Culture

Casablanca interdit la rue à ses musiciens

Par Amine Boushaba | Edition N°:4983 Le 17/03/2017 | Partager
Une interdiction justifiée par les «nuisances sonores»
Un sit-in de protestation prévu ce samedi
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La  présentation  dans l’espace public de la pièce de théâtre-forum, intitulée B7al B7al (on est tous pareils), visant à sensibiliser l’opinion à la cause des migrants subsahariens avait été interdite par les autorités de plusieurs villes (Ph. Racine)

L’annonce a eu l’effet d’un mini-séisme dans le monde de la culture à Casablanca : L’interdiction faite à des musiciens d’exercer dans la place des Nations Unies au cœur de la métropole. Une décision qui a été attribuée au wali de Casablanca. Ce que dément formellement Mohamed Fadel chargé de communication de la wilaya: «La wilaya n’a jamais donné d’instruction à ce sujet. Il s'agit d'une action qui a été menée par l'autorité locale, le caïd, de qui dépend le secteur, suite à des réclamations de riverains. Le voisinage s’est plaint des nuisances sonores jusqu'à des heures tardives, d’autant plus que le nombre des musiciens devenait de plus en plus important», précise-t-il.

Mais au-delà de qui a pris la décision d’interdiction, c’est la question de l’accès des artistes à l’espace public qui se pose encore une fois. Et de là celle de la régulation et de l’organisation des performances de rue. Car il faut préciser qu’au Maroc, un artiste risque fort de se faire embarquer au poste de police le plus proche s’il lui prend l’envie ou le besoin de s’exprimer sur la voie publique sans autorisation administrative. C’est ce qui est arrivé le 5 mars dernier. «Les musiciens ont été emmenés au poste de police où il leur a été demandé de signer une décharge et de s’engager à ne plus se produire sur la place pour pouvoir récupérer leur matériel  réquisitionné», confirme Mehdi Azdem le coordinateur de l’initiative Fadae «Free Access and Diversity for All and Everyone», au sein de l’association Racines pour la culture, qui dit ne pas être étonné de cette interdiction: «chez nous, toute manifestation publique, même artistique, est assimilée aux manifestations sociales et politiques qui font redouter aux autorités des débordements». Et c’est justement ce distinguo que veut établir l’association qui a lancé une pétition nationale pour  «le libre accès à l’espace public par les citoyens».

La pétition demande «la mise en place de politiques de sécurité publique et de plans d’aménagement urbains qui permettent la libre exploitation de l’espace public, pour toutes et tous, sans exclusion». La pétition qui sera soumise au chef de gouvernement si le nombre de signatures escomptées est atteint, c'est-à-dire 5.000 signatures. En effet, l’association s’appuie sur la loi organique n°44.14 relative aux pétitions ainsi que la loi organique n° 64.14 concernant la présentation de motions en matière de législation promulguées au Bulletin officiel en août dernier.

Cette loi est la concrétisation de l’esprit de la Constitution de 2011, qui stipule que les Marocains ont le droit de présenter des pétitions aux pouvoirs publics ainsi que des motions en matière législative. Il s’agit pour les initiateurs de la pétition  «de permettre tout simplement aux artistes marocains de se produire librement dans la rue, comme dans beaucoup d’autres pays». D’un côté cela permettrait à des artistes (circassiens, comédiens du théâtre de rue, conteurs, danseurs ou performeurs…) de vivre de leur art et en même temps de créer des animations culturelles qui soutiendraient le tourisme et aussi d’envoyer une image d’ouverture et de liberté d’expression à l’international.

L’idée de cette pétition est d’ailleurs issue d’une mauvaise expérience vécue par l’association qui, avec la troupe du théâtre de l’opprimé Casablanca et du collectif d’artistes subsahariens The Minority Globe, avait initié une pièce de théâtre-forum, intitulée B7al B7al (on est tous pareils), visant à sensibiliser l’opinion à la cause des migrants subsahariens (cf www.leconomiste.com). Elle a été jouée dans plusieurs régions du Maroc dans l’espace public, mais la représentation a été interdite par les autorités de 4 villes: Agadir,  Nador, Rabat et Tanger, et ce malgré le dépôt d’une demande d’autorisation. En attendant, la riposte s’organise et plusieurs collectifs d’artistes et membres de la société civile appellent à un sit-in de protestation le samedi 18 mars à la place des Nations unies sous le slogan «La création n’est pas un crime». Au menu, concerts improvisés, danses et autres performances artistiques.

 

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