Politique

Qui succédera à Benkirane?

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:4983 Le 17/03/2017 | Partager
La carte Rabbah est sur la table
Le PJD convoque le Conseil national ce samedi
Basculer dans l’opposition n’est pas exclu
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Après plusieurs mois d'impasse politique, le PJD présidé par Abdelilah Benkirane jouera ses dernières cartes ce samedi lors de son conseil national (Ph. Bziouat)

«La réaction du secrétariat général par rapport au communiqué du cabinet royal a été positive. Mais en respectant les institutions du parti, nous avons décidé de convoquer le Conseil national pour débattre de ce sujet. Un communiqué détaillé sera publié dans les heures à venir». Après une réunion de plus de trois heures de cette instance du PJD, c’est la seule déclaration faite par Abdelilah Benkirane qui a refusé de répondre aux questions des journalistes qui ont fait le déplacement au siège du parti. Visiblement, le secrétaire général a maintenu le suspense jusqu’à la tenue du Conseil national ce samedi.

Que fera ce conseil si le Souverain nomme une personnalité pour former le prochain gouvernement? Imposera-t-il au nouveau chef du gouvernement désigné des conditions dans la conduite des négociations? En attendant, il a beau fait semblant d’être normal, voire délivré par la décision royale de le décharger de la mission de former le prochain gouvernement, il n’était pas dans son jour. L’initiative du Souverain est motivée par l’échec de Benkirane à constituer une majorité politique, plus de 5 mois après sa nomination. Les regards sont braqués sur le cabinet royal pour découvrir l’autre personnalité politique du PJD qui sera désignée pour constituer une majorité politique pour gouverner.

Une solution en phase avec la Constitution et la méthodologie démocratique puisque le parti arrivé en tête des élections est chargé de constituer l’exécutif. Le communiqué du cabinet royal a bien reconnu au PJD son statut de premier parti. Il a également respecté les formes en saluant «le haut sens de responsabilité et de patriotisme sincère dont a fait preuve Abdelilah Benkirane tout au long de la période durant laquelle il a assumé la présidence du gouvernement, en toute efficacité, compétence et abnégation».
Certes, même si le parti de la lampe ne sort pas perdant de cette opération, puisque la Primature restera entre ses mains, il n’en demeure pas moins que plusieurs de ses responsables ont ressenti l’éloignement de leur chef comme un coup de massue. Une équipe resserrée de responsables de Rabat avait rejoint Benkirane dans sa résidence pour lui remonter le moral. Ils ont surtout abordé le développement de cette question de formation du gouvernement de manière informelle, laissant le plus sérieux au lendemain avec une réunion officielle du secrétariat général au siège du PJD.

Reste que plusieurs scénarios sont sur la table. En effet, l’un consiste à décliner poliment l’offre d’une deuxième désignation pour former le prochain gouvernement (Benkirane n’ayant pas réussi à rassembler les autres partis autour de lui). Dans ce cas, le PJD basculera dans l’opposition, avec comme chef de file Abdelilah Benkirane d’ici le congrès prévu en juin prochain. Mais attention, le parti supportera-t-il les tensions consécutives à cette décision, avec l’apparition de contestations internes?
L’autre scénario serait de valider l’option royale, en favorisant un profil de compromis, capable de travailler avec tout le monde et faire les arbitrages nécessaires. Même si Benkirane a demandé à ses troupes de s’abstenir de commenter le communiqué du cabinet royal, des noms de possibles successeurs de Benkirane circulent. Celui qui a le plus de chance de l’emporter est incontestablement Aziz Rabbah. L’ancien ministre de l’Equipement et du Transport n’avait pas caché la possibilité de dépasser le blocage de l’entrée de l’USFP dans le prochain gouvernement quitte à prendre la responsabilité de défendre cette option devant les militants du parti et devant l’opinion publique.

Cette déclaration, faite devant le secrétariat général du PJD, a été interprétée comme une offense à Abdelilah Benkirane et une offre de services en cas de persistance du blocage. L’autre nom avancé est celui du président du Conseil national du PJD, Saâdeddine Othmani. Cet ancien secrétaire général du parti est connu pour sa pondération dans les prises de positions politiques. Ce psychiatre avait occupé le poste de ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Benkirane I. De bourde en bourde, au premier remaniement, il est passé à la trappe. S’il est désigné, il aura le parti derrière lui. C’est une sorte de soutien décisif pour redevenir secrétaire général du PJD lors du prochain congrès du parti en juin prochain. Mustapha Ramid est également en piste. Le ministre de la Justice et des Libertés est considéré comme un faucon dans le parti.

Dans le gouvernement, il a mené une partie de la réforme de la justice, chantier complexe. Lors de la période de froid entre le Maroc et la France, à la suite de l’affaire de l’interpellation de Abdellatif Hammouchi à Paris, il avait joué le jeu. Ramid a dernièrement fermé les portes en refusant d’être l’alternative à Benkirane, usant de la formule: «je ne serai pas le Ben Arafa», en référence à celui que les Français avaient choisi pour remplacer feu Mohammed V. Autre nom cité, Lahcen Daoudi. L’ancien ministre est actuellement vice-président de la Chambre des représentants. Il pourrait être l’une des options les plus consensuelles.

 

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