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Analyse

Cinéma en péril: Vivement un «plan Emergence»

Par Ali ABJIOU | Edition N°:4981 Le 15/03/2017 | Partager
Avec des incitations fiscales pour les investisseurs
L’art et la culture devraient être exonérés de taxes!
Une crise intellectuelle et de compétences aussi
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Jamal Souissi, producteur et réalisateur, vice-président de la chambre marocaine des producteurs de films. Il préside depuis quelques semaines la Fondation film commission de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma. Il a participé à la production de plusieurs longs-métrages, dont Black Hawk Down de Ridley Scott. Souissi est aussi enseignant et conférencier (Ph. JS)

- L’Economiste: Cela fait des années que nous entendons parler de la crise du cinéma au Maroc, qu’en est-il réellement?
- Jamal Souissi:
A travers le monde, le secteur vit depuis toujours dans la crise. Mais il est vrai que cela se ressent beaucoup plus chez nous. Comble du paradoxe, nous restons l’un des pays qui produisent le plus de films au monde arabe et dans le Maghreb. Nous sommes aussi parmi les meilleurs en Afrique.  

- La crise est-elle seulement économique?
- Elle n’est pas uniquement économique. Elle concerne aussi l’écriture, la production et le savoir-faire. Il faudrait revoir la législation et mettre en place une véritable politique pour le secteur, à l’image de celles pour le tourisme, ou encore, l’agriculture.

- Qu’en est-il des aides du Centre cinématographique marocain?
- C’est un point très important qu’il faut souligner en gras: Il ne s’agit pas d’aides, mais d’avances sur recettes, une sorte de crédit sans intérêt que le producteur doit rembourser. Alors que dans un pays comme le nôtre, où il n’existe pas réellement d’industrie cinématographique, cela ne devrait pas être le cas. Il n’y a pas de marché pour un film à produire. Certains films se distinguent au box-office, en effet. Cependant, cela reste insuffisant. Ce n’est pas de cette manière qu’un film peut être rentabilisé.
Il faut savoir que la plupart des producteurs et réalisateurs restent endettés. Ce ne sont pas les quelques millions de DH que la commission prête qui font la différence dans la production. Le producteur lui-même doit donner une avance d’au moins le tiers de ce qui lui sera prêté.
C’est un système à réviser. Pourquoi d’autres secteurs sont-ils subventionnés sans avoir à rembourser quoi que ce soit?

- Quelle serait l’alternative?
- Il faut d’abord revoir les supports de diffusion en dehors des salles. Comment se fait-il que dans un monde qui évolue, nous ne puissions pas avoir une plate-forme marocaine de streaming? Il est aussi nécessaire d’instaurer une politique d’encouragement fiscal pour inciter les investissements dans ce sens. Il est temps de commencer à parler du secteur comme d’une industrie et non comme d’une activité artisanale.
Nous pourrions alors avoir des joint-ventures entre professionnels et investisseurs. Un environnement juridique adéquat pourrait attirer ces bailleurs de fonds en leur assurant une sécurité et un encouragement qui manque actuellement. L’Etat ne doit pas pour autant se retirer. Il est important qu’il continue à soutenir l’art et la culture.
Nous souffrons également du problème du paiement de la TVA, ce n’est pas normal. Aujourd’hui, des salles ferment car elles ne peuvent pas aussi payer les taxes. L’art et la culture devraient être exonérés. Le cinéma encore plus, parce qu’il s’agit d’un patrimoine national, un archivage de la société marocaine.

- Cela pourrait-il aider à sortir le secteur de sa léthargie?
- S’il y a bien un secteur qui assure l’archivage de l’histoire et la société marocaine c’est bien le cinéma. Mais pour parler chiffres, l’apport du secteur à l’économie du pays ou de la région peut être grand. Ce n’est pas un hasard si nombre de pays comme en Europe ont bien développé ces secteurs, et ont concédé des encouragements importants. Les retombées du secteur, même avant de rentrer en salle sont notables. Il faudrait voir l’effet économique des tournages sur certaines régions, comme aux Iles Canaries ou en Andalousie, nos premiers concurrents.

Ça craint pour Ouarzazate…

C’est un cri d’alarme que vient de lancer Jamal Souissi dans le cadre du festival du film de Tanger. La montée en charge de l’industrie cinématographique aux Iles Canaries ne sera pas sans conséquences au Maroc. Ces îles proches des côtes marocaines se sont positionnées en l’espace de quelques années en concurrentes directes de Ouarzazate. Avec une géographie et des paysages assez similaires, les Canaries, du fait de leur appartenance à l’espace Schengen, n’exigent pas d’autorisations de tournage ni d’import temporaire de matériel. Des formalités qui, en général, agacent les producteurs étrangers au Maroc. En revanche, elles offrent une grosse ristourne allant jusqu’à 40%, dans certains cas.

Propos recueillis par Ali ABJIOU

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