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Analyse

Cinéma en péril: Une cinquantaine de salles pour tout le Maroc!

Par Ali ABJIOU | Edition N°:4981 Le 15/03/2017 | Partager
Désertées, elles vivotent à peine
Les collectivités locales sauveront-elles les cinémas?
Tanger compte mener une étude afin de lancer un plan d’aide
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Le nombre de salles de cinéma s’est réduit comme peau de chagrin au Maroc. Quelques-unes ont su rebondir, comme Cinéma Rif à Tanger, transformée en Cinémathèque (Ph. CDM)

Il est loin le temps où les Marocains se bousculaient devant les guichets des cinémas pour admirer les derniers blockbusters. Sur les trente années écoulées, les salles de cinéma ont été désertées, une à une, petit à petit. Du côté des exploitants des salles, l’on a assisté à une véritable hécatombe. En 30 ans, les fréquentations se sont effondrées, passant de plus de 31 millions à un peu plus de 1,5 million (voir illustration). Il n’existe plus aujourd’hui qu’une cinquantaine de salles, y compris les récents multiplex. «Cette situation est d’autant plus paradoxale que la population a augmenté», s’étonne Jamal Souissi réalisateur et producteur, qui assistait récemment à une table ronde organisée en marge de la 18e édition du Festival national du film de Tanger. «Avant il y avait peu de gens, mais beaucoup de salles. Aujourd’hui, c’est l’inverse», poursuit-il.

Les nouvelles technologies et l’évolution des modes de consommation y sont pour beaucoup, mais il existe aussi des facteurs essentiellement culturels, selon Souissi. «Il faudrait s’étonner des salles en activité et non de celles fermées», ironise, quant à lui, Omar Belkhemmar, critique de cinéma. Ces salles arrivent tant bien que mal à sortir la tête de l’eau même si certaines, continuent de se leurrer. Pour lui, dans cette crise, ce ne sont pas les cinémas qui sont à blâmer, mais leur entourage. Les aides étatiques, comme celles mises en place par le Centre cinématographique marocain (CCM), sont les bienvenues. Cela dit, elles donnent l’impression de traiter «une fracture avec des aspirines».

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Les cinémas ne vendent plus que près d’un million et demi de tickets chaque année, contre plus de 31 millions dans les années 80 (plus de 2,5 millions en 2010). Contrairement à d’autres pays, les petits écrans, ordinateurs et autres smartphones ont, presque, fini par avoir la peau des salles de cinéma au Maroc

Latif Lahlou, cinéaste, pour sa part, estime que la solution pourrait passer par la Région et les collectivités locales. «La culture et le cinéma en particulier doivent faire partie de la politique des régions dans le cadre de la régionalisation avancée», insiste-t-il. Chaque commune pourrait, en fonction de sa taille, mettre en place une salle polyvalente qui pourrait servir à la projection, et qui serait mise à la disposition d’un privé via un contrat de gestion.
La coopération pourrait même aller plus loin. «La Région utiliserait le pouvoir de communication des films de manière intelligente», avance Lahlou. L’équipement, quant à lui, serait subventionné par le CCM dans le cadre de sa politique d’appui au secteur. «Il serait même possible d’organiser des séjours d’écriture de scénarios, ou même des tournages ou de la post-production, sur la base de contrats de coopération», suggère le cinéaste.

Des propositions qui ne semblent pas déplaire du côté de la Région. C’est le cas à Tanger et ses environs, où Ilyas El Omari, président du conseil de la Région a fait part de sa volonté de s’impliquer davantage dans l’industrie cinématographique, «dans le cadre des attributions que lui confère la régionalisation avancée». La Région compte déjà lancer, avec la collaboration des professionnels, une étude sur les salles de cinéma existantes, afin de déterminer l’offre actuelle et décider des actions à mener.

Tanger-Tétouan-Al Hoceïma a également connu le lancement de la fondation Film Commission. Créée à l’initiative d’un groupe de professionnels du cinéma de la Région, elle a pour objectif de développer et d’enrichir l’industrie cinématographique locale. Ceci en y attirant des sociétés nationales et internationales de production, en les accompagnant, en les orientant dans leurs tournages, en leur faisant découvrir des paysages naturels, et en leur proposant des compétences professionnelles et logistiques. La structure est présidée par Jamal Souissi, avec comme secrétaire général, Khalil Damoun. Elle s’ajoute à d’autres fondations similaires, initiées dans d’autres régions du Maroc.

 

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