Competences & rh

Insertion professionnelle: Franchir le mur de l’inadéquation

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:4980 Le 14/03/2017 | Partager
Une meilleure adéquation formation/emploi baisserait le taux de chômage de 1 à 2 points
La faible maîtrise des langues, ce frein que l’on peine à faire sauter
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Pour cette rencontre entre l’université et le monde socio-économique récemment organisée à Marrakech, le ministre de l’Emploi et des Affaires sociales, Abdeslam Seddiki, a lâché ses fiches pour «parler à coeur ouvert». Pour lui, le vrai problème réside dans notre système productif. Si le système universitaire a des lacunes, les entreprises aussi doivent ouvrir leurs portes aux jeunes travailleurs, seule condition à une meilleure expérience terrain (Ph. Jarfi)

Excédent ou pénurie de compétences, surqualification, sous-compétences… l’inadéquation a plusieurs visages. L’université Cadi Ayyad (UCA), comme la majorité des universités des pays émergents, cherche à offrir une formation en adéquation avec les attentes des acteurs socio-économiques.
L’avenir de ses 85.000 étudiants, dont la majorité est issue de milieux modestes, en dépend. La maîtrise des langues ou le faible développement des soft skills chez les lauréats constituent toujours les grands défis à relever. L’UCA a donc initié une rencontre avec le monde socio-économique, imposant un véritable dialogue pour des réponses concertées et innovantes.

Même si ce dialogue, pour être efficace, doit s’inscrire dans une stratégie nationale permanente, le sujet n’allant pas se résoudre d’un claquement de doigts, la démarche est à saluer. Son président, Abdellatif Miraoui, plante le décor. «Nos jeunes apprennent par cœur, ingurgitent les contenus, mais manquent d’esprit d’analyse», regrette-t-il, pointant également du doigt «leurs paralysantes lacunes dans la maîtrise des langues étrangères». En effet, les étudiants peinent à suivre les cours en français, après l’héritage délicat des différentes réformes du secondaire. Et face à cela, pour cette rencontre dans la 1re université francophone du pays, Jamila El Moussalli, ministre déléguée auprès du ministre de l’Enseignement supérieur, préfère mener son discours en arabe.

La vision stratégique de la réforme de l’enseignement 2015-2030 met clairement en avant la priorité de l’amélioration du système pédagogique pour offrir une meilleure qualité de formation et assurer sa bonne adéquation avec les besoins de l’environnement socio-économique. Pour le ministre de l’Emploi et des Affaires sociales, Abdeslam Seddiki, «arriver à résoudre l’inadéquation formation/emploi revient à baisser le taux de chômage, actuellement à 10%, de 1 à 2 points». La moitié des chômeurs dans notre pays ayant entre 15 et 25 ans. Pour lui, le manque de systèmes de suivi des lauréats par les universités est également problématique. «Certes, le système universitaire a des lacunes, mais le vrai problème réside dans notre système productif», rajoute-t-il. Demandant aux entreprises d’ouvrir leurs portes aux jeunes travailleurs, seule condition à une meilleure expérience terrain. Evident.

Pour le PDG de Hightech Payment Systems (HPS), Mohamed Horani, «l’inadéquation dont il est question ici n’est pas un problème propre au Maroc, mais bel et bien universel. La mondialisation de l’économie et la digitalisation des sociétés créent des ruptures dans tous les secteurs et donnent naissance à une nouvelle économie». Le triste constat du 1% de la population la plus riche, qui possède plus de 50% de la richesse mondiale, «montre clairement les limites de notre modèle économique».

Travailler sur une meilleure adéquation formation/emploi doit donc reposer sur ce nouvel élan, encore timidement amorcé, mais plein d’avenir, qui devrait voir l’économie d’aujourd’hui basée sur le profit se transformer en une économie collaborative. Toutefois, avant de vivre dans ce «meilleur des mondes», reste à structurer notre tissu économique, à faire de l’école un pilier de l’égalité des chances, à élever le niveau général des connaissances des populations, à voir nos entreprises créer des postes de qualité et anticiper leurs besoins futurs, à long, moyen et même à court terme. Un sacré défi.

Le fragile capital humain marocain

Le dernier indice de l’Unesco parle d’un nombre moyen d’années d’études au Maroc de 4,4 ans par personne pour la population âgée de 25 ans et plus, contre une moyenne mondiale de 7,7 ans et de 6,3 dans le monde arabe, soit un peu plus que la moyenne de 4,1 ans pour les pays à faible développement humain. Dans la dernière étude sur le capital immatériel commandée par le Souverain, la proportion de la population âgée de 25 ans et plus, ayant un niveau d’études collégiales, secondaires ou supérieures, a été d’à peine 29,9% en 2013. Ce qui place le Maroc bien en deçà de la moyenne mondiale (63%), et de celle des pays à développement humain moyen (47,5%).
La dernière note du HCP sur la qualité de l’emploi au Maroc a, pour sa part, relevé que seuls 12,4% des actifs possèdent un diplôme supérieur, et que 60,4% n’en détiennent aucun.

 

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