Société

Oualalou analyse le succès du modèle chinois

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:4980 Le 14/03/2017 | Partager
Un livre pour réveiller les consciences
Il veut faire entrer la Chine dans l’agenda du Maroc
Rabat pourrait profiter des opportunités chinoises
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On l’attendait sur le registre politique, une analyse de son parti l’USFP qui plonge dans l’abime, à la rigueur son expérience en tant que ministre de l’Economie et des Finances pendant deux mandats. Et bien non, Fathallah Oualalou a surgi sur un autre sujet inattendu: «La Chine et nous». Le livre, écrit en français et en arabe, a été présenté jeudi fin d’après midi à la BNRM de Rabat. D’emblée, l’auteur a tenu à remercier «l’OCP Policy center qui a accompagné l’édition du livre». Pour lui, l'objectif de ce travail est de «réveiller les consciences pour une relecture du succès chinois, qui tient compte de notre spécificité géographique à proximité de l’Europe».

  Mais attention, prévient l’ancien maire de Rabat, il s’agit d’un «livre politique qui interpelle mon pays, notre région maghrébine, arabe et africaine pour répondre à ce que j’appelle le second dépassement. Nous avons été dépassés par l’Occident depuis le 18e siècle. Maintenant, la Chine est en train de distancer l’Occident et nous avec. Il est impératif d’être présent et de répondre au dépassement par le dialogue, la coopération et la création de partenariats», soutient Fathallah Oualalou lors de la présentation de son livre. Pour lui, le sujet est tellement important qu’il tire la sonnette d’alarme pour que le Maroc ne rate pas le coche. «Nous sommes en train de vivre un virage international.

La visite royale en Chine en 2015 a été un tournant. Aujourd’hui, il s’agit de passer, sans tarder, à l’implémentation, dit-il. L’ancien ministre montre deux directions dont l’une est d’ordre alimentaire. Rabat et Pékin doivent travailler ensemble sur la stratégie de la sécurité alimentaire dans le monde et notamment en Afrique, avec la prise en compte du potentiel marocain en matière de phosphates et ses dérivés comme les engrais. Ensuite, il faudra mettre en œuvre une stratégie de co-production industrielle à partir du projet chinois à Ain Dalia, dans le nord du Maroc.

La Chine a défini une stratégie pour la région dévoilée à Johannesburg lors du sommet sino-africain en décembre 2015. Celle-ci vise à délocaliser plusieurs industries,  susceptibles de générer 85 millions d’emplois. «Nous devons avoir notre part de ces opportunités», a affirmé Fathallah Oualalou. D’autant que cela concerne 54 pays. Le Maroc doit bouger pour avoir sa part, «ne serait-ce que quelques centaines de milliers d’emplois, c’est pas mal». Les Chinois  sont actionnaires dans Peugeot PSA qui s’installe au Maroc. Ils sont en train de construire une usine d’équipements pour Renault. Ils peuvent être présents dans le textile, l’aéronautique, les énergies renouvelables…
L’ancien ministre rappelle d’autres opportunités d’affaires avec «les Chinois qui sont le premier marché émetteur de tourisme. Nous pouvons facilement recevoir 1 million de touristes. Il faut travailler dans ce sens», recommande  l’ancien ministre.
En d’autres mots, Oualalou prône de «faire entrer la Chine dans notre agenda, dans une perspective triangulaire avec l’Europe et l’Afrique. Dans son livre, Oualalou parle de «la verticale, Afrique-Méditerranée-Europe. La Chine est prête à épouser cette verticale». 

Le livre rappelle que la Chine est le premier élément de la demande dans le monde. Traversant la crise économique avec beaucoup de sérénité, elle est en train de changer son modèle de développement. Avec un taux de croissance, même en baisse, il reste à 6,5%, le plus élevé dans le monde après l’Inde. Sa stratégie à l’international, que les médias appellent la nouvelle route de la soie, traverse toute l’Afrique, passe à côté du Maroc (Tanger Med), de l’Algérie, de l’Egypte et vise l’Europe. Selon Oualalou, «la Chine a gagné beaucoup de la mondialisation et appelle à plus de libre-échange contrairement aux Etats-Unis qui s’isolent un peu».  Aujourd’hui, la Chine invite à une mondialisation  homogène  qui ne doit pas être gérée par les groupes, mais par les cultures et civilisations fortes. Et chaque civilisation doit s’imprégner des autres (occidentale, asiatique et arabo-islamique), laisse entendre Oualalou. Mais attention, la priorité économique doit se baser sur le travail et l’innovation. La région arabe a vécu les hausses des prix de pétrole en 1973, 1979 et 2007. «Mais cela a abouti à l’émergence d’une économie de rente».

Les leçons d’une expérience

Le livre tire des leçons de l’expérience chinoise. Ainsi, il est impératif d’avoir des institutions fortes. L’intégrité territoriale est une donne indiscutable. D’ailleurs, Pékin est sur la même longueur d’onde avec Rabat au sujet de la marocanité des provinces du sud. Autre leçon, l’importance accordée à l’économie, avec une intégration régionale qui doit être inclusive sur le plan territorial et social. Dernière leçon, le monde sera multipolaire.

 

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