Culture

Cinéma marocain: Le miroir trompeur du grand écran

Par Jaouad MDIDECH | Edition N°:4978 Le 10/03/2017 | Partager
91 millions de DH investis en 2015 dans la production
De 3 longs-métrages aux années 1980, le cinéma marocain est passé à 25 actuellement
L’âge d’or des salles et du film marocain coïncide avec la décennie 1990
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Des films cultes ont marqué le paysage cinématographique marocain. Parmi eux, Amok de Souhail Benbarka, Le coiffeur du quartier des pauvres de Mohamed Reggab ou encore Alyam Alyam, d’Ahmed al Maanouni, ainsi que Ali Zaoua, de Nabil Ayouch

Avec sa 18e édition qui prend fin le 11 mars, le Festival national du film (FNF) fête sa 35e année. De 1982, date de la 1re édition, à aujourd’hui, le cinéma marocain revient de loin. Au plan quantitatif d’abord, la production nationale a fait un bond extraordinaire, elle est passée de 3 films au début des années 1980 à 25 films en 2016. 15 films, entre fiction et documentaire, d’un total de 22 visionnés par la commission d’organisation, ont été sélectionnés pour participer à la compétition de cette 18e édition. Et autant de courts-métrages.

Sans parler des opus projetés hors compétition. Pour  2015, le CCM a recensé, dans son bilan rendu public en février de l’année dernière, 28 longs-métrages et pas moins de 123 courts-métrages. Les deux jurys présidés pour le long métrage par l’écrivain Fouad Laroui, et pour le court par Mohamed Oulad Mohand, décernent samedi 11 mars, les 16 prix programmés dans cette édition.
Généreuse en quantité, cette production filmique l’est beaucoup moins en qualité. Mais c’est le cas partout au monde, arguent les professionnels et les critiques. Dans des pays comme l’Inde ou les Etats-Unis, si 100 films sont produits par an, il n’y en a pas plus de 5 ou 6 qui brillent par leur qualité scénographique, esthétique et dramatique. Produire 25 films par an, au-delà de la qualité, serait un signe de bonne santé du cinéma marocain pour nombre de critiques.

«Oui, un signe de bonne santé, si tant est que ces films dépassent l’étape de la production pour arriver au grand public.  Le fait que l’Etat subventionne cette production est un acquis indéniable en soi, mais la production n’est qu’un maillon de la chaîne. Il faut que les autres maillons fonctionnent aussi, la distribution, l’exploitation et des salles avec de bonnes conditions de projection pour que ces films arrivent aux spectateurs», nuance Adil Semmar, critique de cinéma. En effet, le Maroc ne compte pas plus de 40 écrans, concentrés dans quelques grandes villes comme Casablanca, Marrakech, Fès, Rabat  et Tanger.

Les petites villes, elles, n’ont plus de salles. Quelques-unes emblématiques ont fini par baisser le rideau les unes après les autres. L’époque des salles remplies à ras-bord où les spectateurs vont spécialement regarder leur production nationale est révolue. En 1991, la sortie en salles de «Un amour à Casablanca» du réalisateur Abdelkader Lagtaâ était un événement national. C’est le premier d’une série de longs-métrages qui ont réconcilié, pendant la décennie 1990, le public avec la production nationale, «l’époque faste des salles du cinéma marocain», confie Mohamed Bakrim, critique de cinéma, où ce film «a battu au box-office une production internationale aussi prestigieuse que «L’exorciste» projetée à la même époque au Maroc». Viendront par la suite d’autres films de la même trempe: «A la recherche du mari de ma femme», de Abderrahmane Tazi, «Femmes et femmes» de Saâd Chraïbi, pour que la décennie soit  clôturée avec un autre film-culte, «Ali Zaoua» (sorti en 1999) de Nabil Ayouch. Tous ces films avaient battu les records du box-office marocain.

44 millions de dirhams comme aide en 2015

Côté aide à la production, communément appelée avance sur recette, le bond est significatif aussi par rapport au premier festival de 1982. Le fonds d’aide avait subventionné cette année 1 seul film, 11 longs-métrages en ont bénéficié en 2015, soit l’équivalent de 44 millions de dirhams. La production nationale a nécessité cette année, entre subvention du fonds d’aide et les fonds propres des sociétés de production, la bagatelle de 91 millions de dirhams et des poussières. L’année 2016 en fera presque autant, le président du CCM, Sarim Fassi Fihri en présentera un bilan lors de la soirée de clôture du festival samedi 11 mars.

Le rôle de ce dernier festival dans tout cela, événement cinématographique national par excellence, organisé annuellement et sans discontinuer depuis 2010 à Tanger?  «C’est un miroir tantôt fidèle, tantôt grossissant, d’autres fois trompeur du cinéma marocain. Mais au-delà de la qualité de l’organisation, il est utile, et beaucoup d’observateurs internationaux du secteur ambitionnent d’y participer», répond Mohamed Bakrim, président  de l’Association «Forum culture et cinéma», créée en 2013 pour débattre du spectre cinématographique marocain.

                                                                     

 «Lagtaâ, cinéaste de la modernité»

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Mohamed Bakrim est le plus prolifique des critiques de cinéma marocain en termes d’écriture. Après «Le désir permanent» sorti en 2007, «Impressions-itinérances» publié en 2011, et «Le plus beau métier du monde, critique de cinéma» sorti en 2015, le voilà qui récidive, toujours en tant que journaliste et critique averti du cinéma marocain, par un nouvel ouvrage intitulé «Abdelkader Lagtaâ, cinéaste de la modernité» (éditions Kalimat 2017). Outre les entretiens qu’il reproduit dans ce livre, il y a ses impressions sur ce personnage cinématographique qu’est Lagtaâ, qui a marqué par sa trilogie sur Casablanca, avant que Nour-Eddine Lakhmari ne revienne sur le même thème avec «Casanegra», toute une génération de cinéphiles. «Rencontrer Lagtaâ relève du plaisir, enchaîne Bakrim. Ouvert, sympathique et, vertu rare, disponible au dialogue et à la discussion.»

Non seulement Abdelkader Lagtaâ faisait preuve d’une disponibilité constante et d’une sincère générosité, c’est aussi un vrai interlocuteur, un camarade, un citoyen, au sens plein du mot, écrit Bakrim. Et de rappeler qu’il a été d’un grand investissement dans l’organisation de l’un des festivals nationaux du film, celui de 1995, à Tanger, et qu’il joua un rôle important dans la décision historique permettant aux cinéastes de la diaspora de participer aux activités du cinéma au Maroc. Les textes que rassemble ce nouveau livre de Bakrim est une référence précieuse à l’attention des cinéphiles, des étudiants du cinéma et de l’ensemble des professionnels du cinéma.

 

 

 

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