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Entreprises

Les Fablabs, tremplins et pépinières de l’innovation

Par Reda BENOMAR | Edition N°:4972 Le 02/03/2017 | Partager
Celui de Casablanca connaît un succès croissant
Un vivier de jeunes talents y expriment leur ingéniosité
Robotique, domotique, I.A, impression 3D… de nombreux domaines sont abordés
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Fabriquer des robots, connecter des appareils ménagers ou autres, un des plus grands dadas des chercheurs en herbe (Ph. Fablab)

Le mythe du geek qui bricole dans son garage et connaît un succès planétaire est populaire dans l’imaginaire collectif. De Steve Jobs à Bill Gates, en passant par Palmer Luckey récemment, les exemples ne manquent pas. Le concept du Fablab Casablanca s’inspire de cet esprit de handmade. Structure affiliée au MIT (Massachusetts institute of technology) avec pour devise prototyper, fabriquer, rencontrer, Fablab est ouvert à tous les porteurs d’idées qu’ils soient artistes, ingénieurs ou étudiants. Situé dans le quartier de Hay El Quods à Casablanca, le laboratoire offre une communauté bienveillante de praticiens qui mettent le pied à l'étrier aux nouveaux venus.

«Avec un investissement initial en matériel de 700.000 DH, la force du Fablab est sa communauté, ses makers. Grâce à ce lieu, l’on bascule du «faites-le vous-même» au «faites-le ensemble», confie Yassine Abbouch, initiateur du projet et ingénieur en système électronique embarquée. Parmi les domaines abordés figurent la robotique, l’internet des objets, les drones, les objets connectés et la domotique. Une équipe d’accompagnement, composée d’ingénieurs chercheurs, est présente sur place pour coacher et initier à ces techniques. La section robotique et impression 3D est fortement plébiscitée au sein de l’atelier casablancais. Créé en octobre 2015, c’était le premier endroit du genre en Afrique. Entre temps, d’autres Fablabs ont vu le jour au Maghreb. Un autre laboratoire devrait voir le jour à Oujda incessamment, le temps de trouver les locaux adéquats.  Mais celui de Casablanca reste reconnu pour son expertise.

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L’équipe du Fablab Casablanca est composée d’ingénieurs, d’auto-entrepreneurs et d’étudiants de tous bords. Ce sont eux qui coachent les nouveaux venus et supervisent les travaux (Ph. Fablab)

Preuve en est le récent partenariat conclu avec l’OFPPT afin que ses étudiants en électronique soient préparés aux WorldSkills, les olympiades des métiers, qui se tiendront à Abu Dhabi en octobre 2017. Ou encore l’Université Al Akhawayn qui y a envoyé, depuis 4 semaines, ses 3 étudiants qui participeront à la Nasa Robotic Mining Competition, un concours rassemblant les 500 meilleurs espoirs en robotique venus de 50 universités à travers le monde. Cette année, l’objectif sera de pouvoir réaliser, sur place, un robot sous marin doté d’intelligence artificielle et capable de manœuvrer en étant immergé. L’équipe du Smartilab, qui représentera le Maroc à la coupe du monde de l’innovation au MWC 2017 dans quelques jours, a, elle aussi, bénéficié de cette expertise. Le prototype de sa solution de stationnement connecté a été développé et prototypé en collaboration avec l’équipe du Fablab (cf. L’Economiste N°4967 du 23/02/2017).

Plusieurs autres startups ont vu le jour au sein même des locaux de l’atelier. Pour les plus chanceux, les premières étapes ont été franchies et ils ont pu se lancer sur le marché. A l’instar de Assani3, jeune entreprise de fabrication d’imprimantes 3D. Inscrite au registre du commerce depuis un peu moins d’une semaine, la startup a déjà une commande à honorer auprès de l’Ecole centrale de Casablanca. «La conception de nos imprimantes est un pur produit du Fablab et du savoir-faire marocain»,

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Les imprimantes 3D made in Morocco ont été pensées, prototypées et montées au sein du laboratoire (Ph. Fablab)

confie Faycal Guennoun, DG de la startup. Ouistiti, entreprise qui crée des jouets pour enfants, ou encore Shem’s (ndlr: à ne pas confondre avec l’agence de communication), qui conçoit et commercialise des ampoules solaires, sont autant d’exemples de réalisations concrètes qui voient le jour dans cet espace de création.

L’atelier accueille aussi des accélérateurs et incubateurs de startups, tels que Espace Bidaya, qui s’y est rendu le mois dernier, pour des journées initiatiques et d’inspiration. «L’idée est d’encourager la fabrication locale, de ne pas rester bloqué à l’étape de concept», déclare Abbouch. Ambitieux, il n’hésite pas à mentionner la reconnaissance faciale et des émotions, la transcription de la parole en texte, le traitement du langage naturel et l'analyse des sentiments, comme futurs projets potentiels. Ce qui semblait l'apanage d'institutions inaccessibles devient à la portée d'un nombre croissant d'anonymes. Mais le Fablab ne se cantonne pas à un rôle d’accompagnateur. Ses membres fondateurs n’hésitent pas à sillonner le Royaume afin de se rendre dans les universités. Ils ont déjà rendu visite à l’Ensem (École nationale supérieure d'électricité et mécanique), l’Ensias (École nationale supérieure d'informatique et d'analyse des systèmes) et Al Akhawayn, entre autres.

Des workshops ainsi que des ateliers d’initiation y sont organisés en attendant que ces prestigieuses universités marocaines se dotent de leur propre matériel. l’Ensem prévoit d’ailleurs d’ouvrir un centre de R&D, premier du genre en Afrique, dans les mois à venir. Ce dernier abritera un parking intelligent, des panneaux photovoltaïques et data centers et couvrira des secteurs tels que l’aéronautique, l’automobile et l’impression 3D (cf. notre Dossier RH du 4/10/2016). Qu'un bricoleur, fusse-t-il de génie, puisse fabriquer, tout seul dans un atelier, un robot rivalisant avec les meilleurs inventions du moment en dit long sur un phénomène avec lequel on n'a pas fini de compter: la professionnalisation des amateurs et leur irruption dans des champs hier réservés aux spécialistes.

La communauté des «makers» prend de l’ampleur

Les makers sont cette communauté de bricoleurs férus de technologies évoluant dans les Fablabs. Ils partagent leurs créations et leurs avancées à travers un réseau mondial d’échange. Le développement des Fablabs et des Maker Fair (rencontres/exposition de makers) va-t-il changer la donne? Pour beaucoup d’observateurs, ils seront à la base de la 3e révolution industrielle. Tous les animateurs de ce nouvel écosystème en sont persuadés. «Dans la ligne de la micro-informatique, qui a favorisé l'émergence de nouveaux métiers, et du Web, qui a permis la production de contenus entre pairs, aujourd'hui les Fablabs donnent à chacun l'accès aux machines: prototypage électronique, découpe laser, impression 3D...», souligne Yassine Abbouch, initiateur du Fablab Casablanca. Plus de barrière de coûts à l'entrée donc, et plus besoin non plus d'être un expert avant de commencer à concevoir.

Fous de Raspberry

Pour leurs créations, le Raspberry Pi est l’outil de prédilection des makers. Le but premier de ce nano-ordinateur, au prix plus qu’abordable, apparu en 2012, était d’encourager l’apprentissage de la programmation. Mais le Raspberry ne se limite pas à cela et, grâce à une forte communauté de makers passionnés et créatifs, il est devenu la clé de voûte de nombreux projets tous plus fous les uns que les autres. De la robotique à la domotique, en passant par l’automatisation des tâches et la technologie wearable ou encore l’intelligence artificielle, tous les domaines passionnent les makers. On trouve donc de nombreux projets d’assistant personnel développés à l’aide du Raspberry Pi et ceux-ci bénéficient de plus en plus d’attention de la part des grands. Amazon a par exemple partagé son Alexa Voice Service avec la communauté Raspberry, Microsoft a adapté son Windows 10 IoT au nano-ordinateur, et Google prévoit de partager, entre autres, des outils de machine learning qui devraient permettre à la communauté d’aller encore plus loin.

 

 

 

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