Analyse

Anti-terrorisme: Comment s’organise la traque

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:4972 Le 02/03/2017 | Partager
Privilégier une approche d’anticipation pour neutraliser les terroristes avant passage à l’acte
Les réseaux sociaux, principaux canaux d’endoctrinement et d’embrigadement
La force de frappe marocaine articulée autour d’une stratégie multidimensionnelle

La menace terroriste est réelle. La dernière cellule démantelée il y a quelques semaines par le Bureau central des investigations judiciaires (BCIJ) montre l’ampleur du danger. Ses membres prévoyaient de mettre en place une véritable base arrière de Daesh au Maroc. Les armes saisies constituent un véritable arsenal de guerre. Des pistolets, une mitrailleuse, de grandes quantités de munition, des armes blanches, des gilets dotés de ceintures explosives… C’est dire l’importance de l’approche d’anticipation privilégiée par le Maroc dans sa lutte anti-terroriste.

Depuis la création du BCIJ, les coups de filet se sont multipliés, préservant le pays d’attentats sanguinaires. Sur cette période, 42 cellules terroristes ont été démantelées et plus de 548 personnes ont été arrêtées. La centralisation de la bataille anti-terroriste au niveau de ce Bureau a permis d’atteindre de meilleures performances. Pour son directeur, Abdelhak Khiam, «le BCIJ est le résultat d’un processus de renforcement de l’appareil sécuritaire depuis les attentats du 16 mai 2003». Pour lui, il s’agit d’une «expérience unique au Maroc, dans la mesure où le législateur a jugé utile d’accorder la qualité d’officier de la police judiciaire aux cadres qui travaillent dans cette direction». Cette entité est dotée de tous les moyens logistiques, humains et juridiques pour faire face à la progression de ce fléau.

Dans cette bataille, Internet et les réseaux sociaux constituent une véritable source de préoccupation. C’est l’un des principaux canaux d’endoctrinement et d’embrigadement des jeunes par les groupes terroristes. C’est aussi un moyen pour prêter allégeance à Daesh et entrer en contact avec ses responsables dans les zones de combat. Un constat confirmé suite au démantèlement de plusieurs cellules.
Le défi est de pouvoir identifier ces potentiels terroristes et les neutraliser avant qu’ils ne passent à l’acte. Le choix des recrues obéit à une logique simple: choisir des personnes ayant un faible niveau scolaire, afin de les soumettre facilement au lavage de cerveau. D’ailleurs, les profils des personnes arrêtées durant les différentes opérations du BCIJ l’attestent. Ils sont généralement des artisans, des journaliers, des chômeurs, des commerçants dans l’informel…

Aujourd’hui, la force de frappe marocaine en matière de lutte anti-terroriste se base sur le caractère multidimensionnel de l’approche adoptée. Au-delà de l’action sécuritaire, il est aussi important de «combattre cette idéologie avec l’implication des oulémas et des hommes de la pensée», a expliqué Khiam. Dans ce cadre, la Rabita Mohammedia des oulémas mène un travail remarquable en matière de lutte contre l’intégrisme, l’obscurantisme et les interprétations erronées des préceptes religieux (cf.www.leconomiste.com).

Les citoyens sont aussi appelés à une plus grande implication dans les efforts de préservation de la sécurité du pays. Cela passe par l’encadrement de certaines pratiques qui constituent une véritable menace sécuritaire. C’est dans ce cadre que s’inscrit la dernière circulaire du ministère de l’Intérieur, relative aux locations des maisons et appartements meublés. Désormais, leurs propriétaires sont tenus d’aviser les autorités de l’identité des locataires. Toute omission les expose à une interpellation judiciaire en tant qu’éventuels complices. Il faut dire que la menace est importante vu que, dans plusieurs cas, les membres de cellules démantelées faisaient de ce type de location des «safe house» pour dissimuler des personnes suspectes ou préparer des actes de sabotage.

Quid de la Salafia jihadia?

Au-delà des cellules ayant prêté allégeance à Daesh, le Maroc doit aussi faire face à la menace que laisse planer certains anciens détenus de la Salafia jihadia ou ceux qui sont encore incarcérés. Certains d’entre eux ont annoncé des révisions doctrinales, ce qu’ils appellent les «mourajaâte». Mais quel crédit accorder à ces actions? Pour Abdelhak Khiam, «si les personnes qui étaient derrière l’endoctrinement et l’embrigadement dans le cadre de ce qu’on appelle la Salafia jihadia ont fait une révision d’opinion, pourquoi vont-elles continuer à constituer une menace». L’essentiel pour lui est qu’elles «se sont rendu compte qu’elles étaient dans le tort». Globalement, il a estimé qu’il «est temps pour eux de revenir à la raison. L’Islam n’a jamais été une religion pour anéantir les autres».

Le terrorisme au Maroc en chiffres depuis 2002

167 cellules démantelées

46 d’entre elles étaient étroitement liées aux groupes actifs dans les zones de combat

341 tentatives déjouées

2.963 individus déférés devant la justice

42 cellules démantelées depuis la création du BCIJ

584 personnes arrêtées durant les deux dernières années

78 personnes interpellées à leur retour des zones de combat

553 Marocains ont péri dans les zones de conflit

 

 

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