Economie

Flexibilité du dirham: BAM donne des gages

Par Hassan EL ARIF | Edition N°:4971 Le 01/03/2017 | Partager
Les opérateurs économiques s’interrogent
Envolée des cours, couverture contre les risques de change…
Le risque d’inflation importée est maîtrisé

Opérateurs économiques, pouvoirs publics, citoyens… Tous sont concernés par la flexibilisation du régime de change. Bank Al-Maghrib déroule son plan de communication pour sensibiliser aux enjeux du réaménagement de la cotation du dirham(1). Le cours de la monnaie nationale flottera un peu plus, mais à l’intérieur d’une bande fixée par les autorités monétaires.

Dans ce schéma, la Banque centrale gardera toujours la main sur l’évolution des prix des monnaies étrangères que ce soit à la hausse, ou à la baisse (intervention aux extrémités de la bande) en intervenant directement comme elle le fait pour le dirham lorsqu’il y a un problème de rareté des liquidités. Les ajustements se feront via l’injection de devises sur le marché de change ou l’adjudication d’un montant de devises prédéterminé (en euros ou en dollars) pour les céder au plus offrant des banques. Dans le système actuel, BAM répond aux besoins des opérateurs en devises sans limite et sans ajustement des prix.

Invité par la Fédération du commerce et des services, Mounir Razki, directeur des Opérations monétaires et des changes à Bank Al-Maghrib, n’a pas donné de détail sur l’échéancier de la réforme. «Le processus de transition sera progressif et ordonné pour permettre à tous les intervenants de s’adapter à cette évolution», assure-t-il.
Il faut dire que tout le monde commence à s’interroger sur les implications du changement. L’une des premières questions concerne la possibilité que l’inflation s’emballe. «Le Maroc est un gros importateur de produits finis, mais aussi d’intrants. Aujourd’hui, avec un régime de change fixe, nous avons de la visibilité par rapport à l’évolution des prix. N’y a-t-il pas un risque d’inflation sur nos intrants?» se demande Khalid Dahami, président de la Fédération du commerce et des services.

La question revêt une grande importance sachant que certains opérateurs économiques s’engagent dans des marchés publics avec des prix fermes. Là encore, le directeur des Opérations monétaires et des changes à Bank Al-Maghrib s’est voulu rassurant: «Il n’y a pas de risque d’inflation si le chantier est géré correctement. Le risque de change doit être apprécié de manière globale car il ne sert à rien de maîtriser ce risque si on ne peut pas couvrir les autres».

Ainsi, si les prix restent stables et que les avoirs extérieurs ne suffisent pas à financer les importations, cela ne sert à rien de maîtriser le risque de change», explique Razki. Décréter une subvention pour soutenir les prix serait une fausse-bonne idée. «En fait, un tel financement ne serait pas gratuit. Il serait prélevé sur le budget de l’Etat au lieu d’être consacré à une réduction des exigences fiscales», signale le directeur des Opérations monétaires de Bank Al-Maghrib.
Dans tous les cas, le risque d’inflation serait compensé par l’amélioration de la compétitivité, la création d’emplois, des gains de parts de marché… Y a-t-il une corrélation entre la flexibilisation du régime de change, l’investissement et l’attractivité du Royaume de manière générale? En fait, les investisseurs étrangers intéressés par le Maroc sauront que les risques de change sont «une problématique de marché et intégreront cette donne dans leurs calculs».

Garde-fous contre la spéculation

UNE fois que le Maroc aura achevé la réforme du régime de change, la tentation pour spéculer sur certaines devises pourrait gagner certains opérateurs. Bank Al-Maghrib appréhende le risque sous deux angles distincts: la spéculation faite par un résident et celle émanant d’un non-résident. Ainsi, un résident qui décide de miser sur un placement spéculatif en devises n’est pas sans rappeler celui qui investit dans n’importe quel actif qu’il revend une fois que sa valeur s’est appréciée dans un délai donné. Mais dans le cas d’une devise, «c’est un pari sur une évolution qui peut se concrétiser comme elle peut ne pas se matérialiser. Il faut avoir les moyens pour pouvoir faire correctement ces prévisions et être sûr que le prix va augmenter», temporise Razki. Le scénario cauchemardesque serait une surabondance d’une devise qui entraînerait la chute de son cours. Ce qui signifierait de grosses pertes en cas de spéculation.
Pour les non-résidents, des mécanismes réglementaires sont en train d’être mis en place avec le système bancaire. Concrètement, lorsqu’un flux financier entre au Maroc, à l’exception des investissements économiques, son transfert ne sera autorisé que dans un délai de trois ou six mois, par exemple. Une échéance trop courte pour pouvoir spéculer par des investissements en capital.

Le marché de change en janvier 2017

bam_dirham_071.jpg

+0,67%
Appréciation de l’euro par rapport au dollar entre décembre 2016 et janvier 2017

-0,34%
Dépréciation du dirham vis-à-vis de l’euro

+0,51%
Appréciation du dirham vis-à-vis du dollar

289 millions de DH
Le montant de devises cédées par BAM aux banques

14,1 milliards de DH
Le montant des échanges de devises sur le marché interbancaire

13,5 milliards de DH
Le volume des opérations de vente avec la clientèle

 

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(1) C’était lors de l’assemblée générale tenue le 28 février par la Fédération du commerce et des services.

 

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