Habillage_leco
Culture

Fondation des musées: Le soutien royal décisif

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:4968 Le 24/02/2017 | Partager
Les talents de lobbyiste mis à contribution
La Fondation passe sa première commande auprès d’artistes marocains
Le défi de Qotbi: un musée dans chaque ville
mehdi_qotbi_068.jpg

 «J’ai pris la décision de ne jamais me servir car j’ai été nommé pour servir. Et de ce fait, je me suis exclu de toutes les expositions qui se feront au nom du Maroc tant que j’ai la responsabilité de la Fondation nationale des musées», souligne Mehdi Qotbi, président de la Fondation nationale des musées (Ph. Bziouat)

- L’Economiste: Cinq ans après votre nomination à la tête de la Fondation nationale des musées, quel bilan tirez-vous?
- Mehdi Qotbi:
Pour reprendre une expression des années 70, le bilan est globalement positif. Sérieusement, je suis très heureux de la place prise aujourd’hui par les musées du Maroc. Dans la rue, parfois, les gens m’arrêtent pour me remercier d’avoir mis ce nouveau nom dans notre langage. Ceci prouve que le travail réalisé par toute l’équipe de la Fondation parle à tous les Marocains et à toutes les catégories sociales. Il s’agit de démocratiser l’art, le rendre accessible à tout le monde pour que chaque marocain puisse s’approprier son propre patrimoine.
Nous faisons découvrir aux Marocains eux-mêmes le rayonnement de leur l’histoire et de leur culture à travers le monde. Le Marocain doit prendre conscience qu’il a une culture très ancienne. J’insiste sur le «très», parce que nous avons une culture qui est beaucoup plus ancienne par la découverte des objets datant de 6.000 ans av. J.-C. La culture marocaine est plus ancienne que celle des pharaons d’Egypte. Nous avons des objets qui seront de plus en plus exposés afin de souligner cette profondeur des racines dans l’histoire.

- Quelles sont les structures de gouvernance que vous avez mis en place pour la Fondation?
- Nous nous sommes rendu compte qu’il n’était pas nécessaire d’être une pléthore mais seulement quelques personnes avec deux qualités, la passion et la rigueur. La Fondation est comme une chaise à quatre pieds. Si vous lui en rajoutez, elle perd l’équilibre et la stabilité. Et de ce fait, je pense sincèrement que ce n’est pas le nombre qui compte mais plutôt la qualité des personnes. Chacun doit être conscient qu’il s’agit d’un projet commun, voulu par SM le Roi. Nous n’en sommes que les porteurs. Sur le plan culturel, rien sans le Roi n’aurait été possible.

- Vous êtes combien?
- A la Fondation, nous sommes 12. Avec les musées, nous arrivons à un effectif de 63 personnes. Je considère que c’est un miracle de voir ce que nous sommes arrivés à donner comme visibilité à la culture sur les plans national et international.
 

fondation_des_musee_068.jpg

Mehdi Qotbi met les dernières touches pour l’organisation d’un évènement de grande envergure à Rabat, baptisé «l’Afrique en Capitale», une manifestation multidisciplinaire d’un mois à Rabat (Ph. L’Economiste)

- Quel est le budget de la Fondation et comment sont financées  ses multiples initiatives?
- Le budget de la Fondation en 2016 s’élève à 50 millions de DH. Cette enveloppe englobe les salaires, les déplacements des 63 personnes,... Nous faisons beaucoup appel au privé. Même l’exposition inaugurale du Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain était totalement privée, à l’exception de quelques œuvres prêtées par le ministère de la Culture. Nous impliquons tout le monde par ce qui se passe au Maroc. De ce fait, j’ai été heureux que beaucoup aient répondu présents pour prêter les œuvres. Je donne l’exemple du musée de Tanger qui a été payé à hauteur de 80% par un Français. Nous avons rénové le musée de Dar Al Bacha à Marrakech par des fonds privés. Un amoureux du Maroc a donné 500.000 euros et d’autres marocains ont également contribué. Pour la scénographie, deux personnes ont décidé de mettre 5 millions de DH dans cette aventure.

- Où en est votre plan de rénovation des musées?
- Je suis fier de la rénovation du musée de Tanger. Nous avons changé son identité. Avant notre arrivée, les musées étaient soit ethnographiques soit archéologiques. L’équipe de la Fondation s’est dotée d’une véritable vision stratégique qui commence par la restauration et la visibilité des objets et des œuvres. Dans la même optique, nous allons doter chaque ville du Maroc de musées avec une thématique spécifique. Celui de Rabat, l’un des premiers construits par les Français, sera ouvert au public dans quelques jours. Il s’appellera le Musée de l’histoire des civilisations. Vous allez voir la qualité avec laquelle son histoire sera racontée par une très belle scénographie et un vrai parcours de tous les visiteurs. Nous avons également le musée du palais Batha qui va être le Musée des arts de l’islam et dont la restauration a été prise en charge par un privé de Fès. Nous sommes en train de restaurer le musée de Meknès. Nous avons passé un accord avec l’OCP pour le musée céramique de Safi et rénover celui de Dar Si Said à Marrakech qui sera consacré au tapis.
- Giacometti, César, prochainement Picasso,… Pensez-vous que le public marocain est sensible à la culture des beaux-arts?
- Je suis convaincu que les musées attirent et le nombre des demandes des personnes qui veulent créer des musées dans leurs régions augmente de plus en plus. Malheureusement, la Fondation ne peut pas y faire face. Le coup d’envoi donné à la Fondation est aussi un appel à développer la culture pour la mettre à la place qu’elle doit occuper dans une société moderne, pour l’ouverture des esprits et la formation des jeunes.
- Quelle relation entretenez-vous avec le ministère de la Culture dont la vocation est aussi de promouvoir les musées?
- Je pense sincèrement que le ministère de la Culture lui-même a constaté la nécessité d’avoir une Fondation dédiée aux musées. Cela allège sa responsabilité et lui permet de se consacrer à d’autres aspects de la culture comme la musique, le théâtre, les livres,… Aujourd’hui, avec le ministère de la Culture, nous avons des rapports de convivialité et complémentarité. Je suis un homme qui a toujours eu un souci de dialoguer et ne jamais entrer dans aucune confrontation. Je crois beaucoup à la valeur du dialogue. Je peux vous assurer que la nécessité de la Fondation est admise par tout le monde.

- Ce n’était pas le cas au début!
- C’est comme quelqu’un qui arrive. Au début, c’est normal qu’on ait des frictions comme dans n’importe quel couple. Avec le temps, on s’habitue à l’autre, on accepte qu’il puisse exister et avoir son territoire. Il n’y a rien qui puisse être choquant dans cela. Pour vous dire une chose claire, on est chargé d’organiser une manifestation sur l’Afrique du 28 mars au 30 avril. Nous sommes en train de travailler la main dans la main avec  notamment le ministère de la Culture, celui de la Communication,  le CNDH, la Fondation ONA, la Fondation CDG et le musée de la Banque du Maroc. Tout le monde a pris la mesure de la responsabilité que nous avons tous pour faire avancer la culture.

- A l’ouverture du Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain, beaucoup d’œuvres étaient des prêts. Vous aviez annoncé le projet de constituer un fonds propre. Où en êtes-vous?
- Nous avons obtenu du ministère des Finances l’accord de créer une commission d’acquisition. Aujourd’hui, nous allons petit à petit commencer la constitution d’un fonds, en allant vers le plus urgent. Aussi, c’est la première fois que la Fondation a passé des commandes à des artistes marocains pour le musée à l’occasion de l’exposition en hommage à l’école de Tétouan.

- A quand une exposition de Qotbi au Musée Mohammed VI?
- J’ai pris la décision de ne jamais me servir car j’ai été nommé pour servir. Et de ce fait, je me suis exclu de toutes les expositions qui se feront au nom du Maroc tant que j’ai la responsabilité de la Fondation nationale des musées. C’est un engagement, une éthique. Il serait ridicule de penser un instant que je fais tout ce travail pour présenter ma peinture au musée.

Juba II, Maroc médiéval...

La Fondation et le Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain ont décidé d’organiser 2 à 3 expositions importantes par an sur le plan international comme celle de l’année dernière avec Giacometti, souligne Mehdi Qotbi.  La Fondation avait commencé par monter une exposition de bronze à Marseille, provenant des fouilles de Volubilis. «Les Marocains doivent savoir que leur pays dispose d’une des plus belles expositions au monde. Elle est considérée comme la 3e  collection de bronze romain au monde», indique Mehdi Qotbi. Elle a été suivie par «le Maroc médiéval» qui avait drainé 170.000 visiteurs au Louvre à Paris. Cette exposition a été mise à la disposition des Marocains à Rabat, pour que le succès obtenu à l’étranger soit partagé localement. Après l’Institut du monde arabe et Abou Dhabi en 2015, la Fondation a monté une exposition à Moscou au musée de Pouchkine en 2016. «Nous avons également prêté le buste de Juba II au Métropolitan museum of art. Le New York Times, dans un article sur une page, a écrit que l’objet le plus émouvant a été le buste de Juba II qui provient du musée archéologique de Rabat», lance Qotbi avec des motifs de fierté. Pour lui, cela donne une belle visibilité de la vivacité de la culture au Maroc.

L’Afrique en Capitale

Aujourd’hui encore, Mehdi Qotbi met les dernières touches pour l’organisation d’un évènement de grande envergure, baptisé «l’Afrique en Capitale». Pendant un mois (du 28 mars au 30 avril), Rabat va vibrer au rythme du continent, dont «le sillage est tracé par le Souverain depuis qu’il multiplie les voyages en Afrique. Il s’agit de montrer notre appartenance et notre enracinement au continent», rappelle le président de la Fondation, qui s’est déjà entouré d’une équipe rompue au montage des grandes manifestations  culturelles. Dans cette entreprise, plusieurs institutions culturelles de la capitale ainsi que des ministères et établissements publics sont mis à contribution. Il s’agit d’une programmation multidisciplinaire qui réunit à la fois les arts plastiques, le cinéma, les débats d’idées, les conférences et les spectacles. Plusieurs murs de Rabat seront habillés aux couleurs africaines.

Propos recueillis par
Mohamed CHAOUI

Retrouvez dans la même rubrique

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc