Evénement

Spoliation foncière: La grande contre-offensive des victimes

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:4966 Le 22/02/2017 | Partager
Des dossiers poussiéreux déterrés
Des avocats portent plainte pour menaces

«Pas un jour qui passe sans que la spoliation foncière soit publiquement dénoncée. Il n’y a pourtant pas très longtemps, les victimes et leurs conseils rasaient les murs en s’échangeant les documents sous le manteau afin de défendre leur cause», témoigne le juriste Moussa El Khal devant une assistance stupéfaite en ce soir hivernal de mi-février 2017 à Casablanca. Anti-spoliateur de première heure, cet Ardéchois d’adoption a œuvré pendant des années pour déterrer les dossiers poussiéreux  de la Cour d’appel de Casablanca. Et pas seulement. C’était le temps où le procureur général près la Cour d’appel de Casablanca, Hassan Mattar, n’avait pas encore pris les commandes du plus grand parquet du Royaume.

La bataille contre les pratiques mafieuses est loin d’être terminée. Me Viviane Sonier et son confrère marocain, Me Massoud Leghlimi ont fait l’objet de menaces et d’intimidation. «Des photo-montages injurieux sont postés sur les réseaux sociaux», confient déconcertés les deux avocats. Des plaintes contre X ont été déposées depuis longtemps au parquet afin d’identifier les auteurs de ce forfait.

Avec ses 30 ans de barreau dédiés «aux procès conjugaux et conduite en état d’ivresse», voilà que la ressortissante française se retrouve «embarquée par son collaborateur (Moussa El Khal) dans des affaires à vous couper le souffle». Pour Me Sonier, le Maroc n’était plus seulement «le pays du soleil, de la gastronomie et de la générosité, mais aussi celui d’une justice où les audiences traînent incompréhensiblement d’année en année, de pratiques dilatoires». L’avocate du «petit» barreau de l’Ardèche a pris à bras le corps «ces dossiers qui l’ont poussée à traverser la Méditerranée» et «découvrir le droit marocain grâce à Me Leghlimi». L’avocate finira par être primée pour son engagement. L’Association droit et justice au Maroc lui a ainsi remis un trophée mi-février à Casablanca (cf. L’Economiste du 17 février 2017): «Le Maroc est un pays qui parvient toujours à vous étonner avec merveille», témoigne avec émotion Me Sonier.

Quant à son allié du sud, Me Massoud Leghlimi, il est l’un des rares avocats à défendre honnêtement (il faut le souligner) la cause des victimes. Quitte à supporter les susceptibilités et les attaques déloyaux de certains «confrères». L’avocat casablancais «a pris par hasard connaissance en 2012» de l’existence de la spoliation foncière: «Je croyais que c’était un dossier passager. Or, ce phénomène remonte déjà aux années 1940, 1950, 1960. Il faut reconnaître que des ambassades, des policiers, des auxiliaires de la justice et des fonctionnaires de la Conservation foncière nous ont aidés dans cette quête de justice».
Le Maroc ne finira jamais d’étonner même ses enfants!

Plus d’un demi-siècle de procédure!

Domingo Villaplana est le recordman des victimes: plus d’un demi-siècle de procédure et ça continue! «Je me bats en justice pour récupérer le patrimoine familial», nous déclare le vieil homme d’origine espagnole. Il est le porte-drapeau de la fameuse affaire San Victor qui va accoucher d’un inattendu séisme politique et judiciaire (voir page 2). Une autre victime se présente à nous. Abdelhay El-Okachi a vu sa carte d’identité falsifiée et utilisée dans la vente de deux terrains qu’il possédait à Casablanca. «Non seulement je peine à les récupérer, mais j’ai eu droit à un redressement fiscal et mes comptes bancaires sont saisis à ce jour», déclare, consterné, le propriétaire spolié.

 

 

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