Politique

Le dernier sage de l’Istiqlal tire sa révérence

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:4964 Le 20/02/2017 | Partager
M’Hamed Boucetta, décédé le 17 février à l’âge de 92 ans
Un hommage royal fort: sagesse, dextérité, intégrité… soulignées
Retrouvailles entre Chabat et ses adversaires
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Après la disparition de M’hamed Boucetta, le deuil rassemble Hamid Chabat et ses adversaires dont Karim Ghellab, suspendu pour 18 mois et écarté du prochain congrès de l’Istiqlal (Ph. Bziouat)

«Il nous a laissés orphelins». La phrase revient sur les  bouches des istiqlaliens. Responsables ou simples militants, ce sentiment est unanime au point que plusieurs d’entre eux avaient les larmes aux yeux. Même si M’hamed Boucetta, qui a rendu l’âme vendredi 17 février dans la soirée et enterré dimanche à Marrakech, s’était retiré de la vie politique, il restait disponible pour toute consultation partisane. Il y a près d’une année, il a été à l’origine de la conciliation entre «Bila Haouada» de Abdelouhad Al Fassi et Hamid Chabat. Cela renseigne sur la place qu’il a occupée dans l’histoire récente de l’Istiqlal qu’il avait dirigé de 1974 à 1998.

Au cours de cette période, le secrétaire général a eu «une trajectoire dense et mouvementée, sans toutefois enregistrer la moindre faute politique», souligne un de ses proches. Pour l’un d’entre eux, «le défunt a marqué son temps par l’abnégation, le dévouement et la crédibilité dans les positions». Ancien ministre des Affaires étrangères durant la période difficile qui avait suivi la récupération du Sahara marocain, Boucetta avait bataillé sur plusieurs fronts. Il reste un homme de principe dont le charisme et la clairvoyance étaient reconnus de tous. L’histoire retiendra aussi qu’il avait fait capoter les tractations pour la formation du premier gouvernement d’alternance, avant celui conduit par Abderrahman Youssoufi en 1998. Pour accepter le poste de Premier ministre sous feu Hassan II, l’ancien patron de l’Istiqlal avait exigé, en 1995, le départ du puissant ministre de l’Intérieur de l’époque, Driss Basri. Ce qui avait été refusé. Quand l’alternance eut lieu avec Youssoufi, Boucetta avait été marginalisé et a quitté l’Istiqlal pour être remplacé par Abbas El Fassi.

Mais l’hommage le plus marquant viendra du Souverain qui a adressé un message de condoléances et de compassion à la famille du défunt. SM le Roi a exalté «les qualités morales  du disparu, connu pour sa sagesse, sa dextérité et ses compétences, doublées d’intégrité et d’altruisme dans l’accomplissement des diverses responsabilités gouvernementales et hautes fonctions qui lui ont été confiées sous les règnes de feu Mohammed V, de feu Hassan II ainsi que sous l’actuel règne. Avec cette disparition, le Maroc perd l’un de ses grands hommes qui ont dédié leur vie au service des intérêts supérieurs du pays que le défunt a placés au-dessus de toute autre considération». Il y a un mois, jour pour jour, le Souverain a rendu visite à M’hamed Boucetta pour s’enquérir de son état de santé. Le vieux leader de l’Istiqlal, âgé de 92 ans, avait été admis à l’hôpital militaire de Rabat une semaine avant pour une bronchite aiguë. Une séquence qui a marqué les esprits et rappelé un geste similaire avec Abderrahman Youssoufi lorsque celui-ci était hospitalisé à Casablanca.

En outre, bien après son retrait de la politique, le Souverain avait fait appel en 2003 à Boucetta pour chapeauter la Commission en charge de la réforme de la Moudawana. Pour s’acquitter au mieux de cette mission complexe, M’hamed Boucetta avait fait preuve de beaucoup de diplomatie et de savoir-faire pour débloquer un dossier explosif qui avait scindé la société entre les modernistes et les conservateurs, y compris les islamistes.  
En tout cas, à la tête de l’Istiqlal, il avait instauré une discipline, avec des valeurs pour resserrer les rangs du parti, sans le moindre grabuge, souligne un ancien ministre. Une manière de faire allusion aux dissensions internes qui ravagent actuellement le vieux parti. Quoique le deuil impose de la retenue et une suspension provisoire des hostilités. Cependant, cette trêve ne peut escamoter le dernier acte politique de M’hamed Boucetta fait en direction de Hamid Chabat. Pour lui, «le secrétaire général n’est plus apte à diriger l’Istiqlal. Il doit donc partir». Une position exprimée suite à la sortie de Hamid Chabat sur la Mauritanie.  Après cet intermède, les animosités reprendront de plus belle. Et pour cause, le congrès de l’Istiqlal aura lieu en mars, avec de fortes probabilités que Hamid Chabat rempile.

Défaut de relève

Avec la disparition de M’hamed Boucetta, c’est une nouvelle page de l’histoire politique du Maroc qui se tourne. Une génération de dirigeants historiques qui s’en va. Des calibres  qui sont loin des hommes politiques actuels. L’écart entre ces générations, qui se creuse de plus en plus, s’explique notamment par l’incapacité des partis à produire une relève à la hauteur des ambitions du Maroc, souligne un responsable politique.

 

 

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